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Nouvelle-Calédonie

Nouvelle-Calédonie: il y a 30 ans Jean-Marie Tjibaou était assassiné

Jean-Marie Tjibaou, chef du Front de libération nationale socialiste kanak (FNLKS), indépendantiste calédonien le 24 juillet 1988.
Jean-Marie Tjibaou, chef du Front de libération nationale socialiste kanak (FNLKS), indépendantiste calédonien le 24 juillet 1988. © REMY MOYEN / AFP
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Figure emblématique de l’indépendantisme kanak en Nouvelle-Calédonie, Jean-Marie Tjibaou, le président du Front de libération nationale kanak socialiste (FLNKS), et son lieutenant Yeiwéné Yeiwéné sont assassinés le 4 mai 1989 sur l’île d’Ouvéa par un opposant. Trente ans plus tard, le souvenir de Jean-Marie Tjibaou est toujours présent dans la mémoire collective. Il reste, au-delà de sa contribution à l’histoire, un grand acteur de la reconnaissance du peuple mélanésien dans les îles françaises.

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Jean-Marie Tjibaou est né en 1936 à Tiendanite en Nouvelle-Calédonie. Fils aîné d’un chef de tribu Kanak également instituteur dans l’enseignement privé catholique, il suit une éducation religieuse (catholique) jusqu’en 1949 et entre au petit séminaire. Il fait son noviciat dans une école à l’île des Pins, au sud-est de la Grande Terre, est ordonné prêtre en 1965 et exerce son ministère à la cathédrale de Nouméa.

De 1968 à 1970, il se rend en France et suit les cours de l’Institut de sociologie de la Faculté catholique de Lyon et l’École pratique des hautes études de Paris en ethnologie. Il rédige une thèse à la Sorbonne sur le thème de l’identité culturelle qu’il ne finira pas et rentre en Nouvelle-Calédonie, où il décide d’abandonner le statut de prêtre et demande sa « réduction à l’état laïc ».

Très engagé sur le champ culturel, il conçoit et organise avec Jacques Lekawé, haut fonctionnaire et défenseur de l'identité kanake, le festival Mélanésia 2000. Jean-Marie Tjibaou participe également à la rédaction de « Kanake » et œuvre à faire connaître l’identité de son peuple jusqu'à ce qu’elle soit reconnue comme une culture centrale de la collectivité néo-calédonienne.

Des militants pour le «oui» de la Nouvelle-Calédonie devant le quartier général du parti indépendantiste Union calédonienne, après le référendum du 4 novembre 2018 à Nouméa.
Des militants pour le «oui» de la Nouvelle-Calédonie devant le quartier général du parti indépendantiste Union calédonienne, après le référendum du 4 novembre 2018 à Nouméa. Theo Rouby / AFP

Le combat pour l’indépendance

En 1977, il est élu coup sur coup maire de la commune de Hienghène et conseiller territorial de la côte est. Membre de l’Union des indigènes calédoniens amis de la liberté dans l’ordre (UICALO), il est l’un des principaux artisans de l’abandon du concept d’ « autonomie » pour celui d’ « indépendance », d’abord « pluriethnique » puis très vite « kanak ». En 1979, aux élections territoriales, il apparaît comme l'un des leaders du Front indépendantiste(FI) et réalise 34,5% des suffrages. En 1982, il est élu vice-président du Conseil de gouvernement de Nouvelle-Calédonie suite à un renversement d’alliances. Il le restera jusqu’au 18 novembre 1984, jour du « boycott actif » des élections territoriales par les indépendantistes. Jean-Marie Tjibaou prend alors la tête du FLNKS qui vient d’être créé et devient président du gouvernement provisoire de Kanaky.

En décembre 1984, dans une embuscade à Hienghène, dix kanaks sont assassinés par des «caldoches» (néo-calédoniens d’origine européenne) dont deux de ses frères, mais il demande malgré tout la levée des barrages. Les violences se multiplient de part et d’autre. L’état d’urgence avec couvre-feu est instauré en Nouvelle-Calédonie. Jean-Marie Tjibaou milite pour participer à nouveau aux institutions malgré les pressions de l’aile radicale du FLNKS (Palika, FULK) qui souhaite continuer la lutte clandestine et armée.

Le 2 décembre 1986, il obtient à l’Assemblée générale des Nations unies la résolution 41/41A affirmant « le droit inaliénable du peuple de la Nouvelle-Calédonie à l’autodétermination et à l’indépendance », qui inscrit l’archipel sur la liste des territoires non-autonomes selon l’ONU.

Le 13 décembre 1987, une consultation d’autodétermination est organisée par la France. Pour pouvoir y participer, une durée de trois ans de résidence est réclamée. Les indépendantistes trouvent que la restriction pour y participer est insuffisante et boycottent le référendum (98,3% des suffrages exprimés confirmeront la souveraineté de la France).

Novembre 2018: les électeurs de Nouvelle-Calédonie ont dit OUI, pour rester au sein de la République française.
Novembre 2018: les électeurs de Nouvelle-Calédonie ont dit OUI, pour rester au sein de la République française. RFI/Julien Chavane

Drames et réconciliations

Sur l’archipel, les violences se multiplient et culminent avec la double tragédie d’Ouvéa d’avril et de mai 1988. Le 22 avril, de jeunes militants indépendantistes décident d’occuper la gendarmerie de la localité de Fayaoué. L’opération tourne mal, quatre gendarmes sont tués et vingt-sept autres sont pris en otage et emmenés dans le sud de l’île, à Mouli, dans une grotte près de la tribu de Gossanah, un fief indépendantiste. Trois jours plus tard, onze d'entre eux sont libérés. Des négociations échouent et six membres du GIGN et un magistrat sont à leur tour fait prisonniers. Le secteur est alors coupé du monde et l’assaut, pour la libération des otages (opération Victor), est donné le 5 mai. Il fait deux morts chez les militaires et 19 morts chez les preneurs d’otages.

Ce bain de sang montre aux représentants du gouvernement à la fois les limites de la politique insurrectionnelle et la nécessité absolue de renouer le dialogue avec le FLNKS. Des négociations reprennent à Paris avec Jean-Marie Tjibaou pour le FLNKS, Jacques Lafleur pour le RPCR et le Premier ministre Michel Rocard. Elles aboutissent à l’accord de Matignon (juin1988) sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, qui sera complété par l’accord Oudinot en août.

L’assassinat des leaders du FLNKS

Le 4 mai 1989, les trois leaders du FLNKS, Jean-Marie Tjibahou, Yeiwéné Yeiwéné et Léopold Jorrédié viennent assister à la cérémonie de deuil pour les 19 militants, tués un an plus tôt lors de l’assaut de la grotte de Gossanah. L'ambiance est tendue. Au moment des salutations, Djubelly Wea (un membre du FUKLK, un mouvement en rupture avec le FLNKS qui n’a jamais accepté la signature des accords de paix de Matignon) s’approche, sort une arme et tire sur Jean-Marie Tjibaou et Yeiwéné Yeiwéné qui sont tués sur le coup.

Trente ans plus tard, la disparition du leader charismatique du FLNKS et de son lieutenant laisse toujours des traces dans l’histoire du mouvement indépendantiste.

À la veille de la signature des Accords de Nouméa, qui régissent l’avenir politique de la Nouvelle-Calédonie, et en hommage au leader indépendantiste Jean-Marie Tjibaou, le 4 mai 1998 a été inauguré un des plus importants ensembles culturels du Pacifique Sud, le Centre culturel Tjibaou dédié au patrimoine kanak. Géré par l’Agence de développement de la culture kanak (ADCK), cet ensemble architectural unique, construit par l’architecte Renzo Piano, s’étend sur huit hectares, sur une presqu’île à proximité de Nouméa.

Le dernier référendum sur l’autodétermination de la Nouvelle-Calédonie du 4 novembre 2018 a confirmé le non à l’indépendance et donc l’ancrage à la France avec 56,7% des suffrages (78 360 voix) contre 43,3% (60 573 voix).

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