Inde

Cachemire: deux ONG documentent la politique de torture des forces indiennes

Sept cent mille militaires et policiers indiens sont déployés au Cachemire.
Sept cent mille militaires et policiers indiens sont déployés au Cachemire. TAUSEEF MUSTAFA / AFP

Un rapport produit par deux ONG du Cachemire démontre la politique systématique de torture pratiquée par les forces de sécurité indiennes dans la région.

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De notre correspondant à New Delhi,

Les deux organisations cachemiris de défense des droits de l’homme ont documenté plus de 400 cas de torture depuis 1990. Et certains cas récents font froid dans le dos. Comme celui de Feroz Ahmad Hajam, arrêté le 5 septembre dernier par les forces spéciales, qui l’ont attaché avant de lui trancher les cordes vocales pour qu'il ne puisse pas parler. Il y a trois ans, c’est un adolescent qui avait été arrêté par la police, torturé et forcé à boire du poison. Il était mort quelques semaines plus tard à l’hôpital après avoir raconté son calvaire.

Sur les 432 cas documentés, la moitié ont été électrocutés, généralement sur les parties génitales. Un quart ont été brûlés, pendus par les pieds ou ont subi des simulations de noyade. Les trois quarts des victimes sont des civils et 5 % des mineurs. Les auteurs du rapport comparent cette violence avec la torture systématique pratiquée lors de la guerre d’Algérie dans les années 1960 ou du récent conflit en Irak. Deux conflits pendant lesquels les armées française et américaine ont eu les mains libres et la torture est devenue une pratique courante pour soutirer des informations.

New Delhi nie tout recours à la torture

La situation au Cachemire s’envenime à partir des années 1990, après que New Delhi manipule les résultats d’élections régionales favorables à des partis islamiques. Le mouvement autonomiste se radicalise, les affrontements sont sanglants et le Pakistan attise ce feu en finançant ces rebelles. Les Cachemiris réclament depuis un référendum d’autodétermination, ce que refuse New Delhi qui envoie à la place des centaines de milliers de militaires. Plus de 700 000 militaires et policiers sont déployés au Cachemire, ce qui en fait l’une des zones les plus militarisées du monde.

La population locale considère l’armée comme une force d’occupation et les troupes suspectent chaque habitant d’être militant ou collaborateur. Ces militaires ont donc très peu de soutien localement et recourent à ces tortures pour essayer d’obtenir des informations ou terroriser la population.

Le gouvernement indien nie complètement la pratqiue de la torture et empêche toute poursuite judiciaire. Une loi d’exception offre une impunité quasi totale aux forces de sécurité au Cachemire et 75 % des demandes d’indemnisation de civils pour des violences ou destructions lors du conflit sont rejetées.

Le rapporteur de l’ONU sur la torture n’a pas eu le droit de visiter la région depuis près de trente ans, et New Delhi vient de couper toute communication avec le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, qui insistait pour obtenir des informations sur 76 cas de torture et meurtres de civils au Cachemire. Les militants locaux, comme les auteurs de ce rapport, sont sous une surveillance permanente et les journalistes étrangers ont de plus en plus de mal à se rendre au Cachemire. Un bilan bien lugubre, donc, pour un pays qui se targue d’être la plus grande démocratie du monde.

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