Kirghizistan

Kirghizistan: l’ex-président Atambaïev arrêté après l'assaut des forces spéciales

Malgré la résistance des partisans d'Almazbek Atambaïev, la police a réussi à arrêter l'ex-président kirghize, le 8 août 2019. Photo prise dans son village de Koi-Tash, près de Bichkek, le 7 août 2019.
Malgré la résistance des partisans d'Almazbek Atambaïev, la police a réussi à arrêter l'ex-président kirghize, le 8 août 2019. Photo prise dans son village de Koi-Tash, près de Bichkek, le 7 août 2019. Vyacheslav OSELEDKO / AFP

La deuxième fois était la bonne. Au Kirghizstan, les services spéciaux ont arrêté ce jeudi 8 août l’ancien président Almazbek Atambaïev, après un premier assaut mercredi soir qui avait fait un mort. Accusé de corruption et en conflit avec son successeur, l'ancien chef d'État a été interpellé dans sa maison près de la capitale Bichkek. Une opération qui plonge le pays dans une crise politique à l’issue incertaine.

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Avec notre correspondante à Bichkek, Clara Marchaud

Almazbek Atambaïev, l'ancien président du Kirghizistan a été interpellé jeudi après-midi par les forces spéciales. Il aura fallu déployer plus d'un millier de policiers pour parvenir à déloger ses partisans qui s'étaient retranchés avec lui.

Depuis mercredi soir, « Acha », comme les Kirghiz l’appellent, se terrait dans sa résidence du petit village de Koï-Tash, dans la banlieue sud de la capitale Bichkek. Des centaines de ses partisans, armés de bâtons, de pierres, mais aussi de fusils d’assaut ont tenté jusqu’au bout de le défendre. Mercredi soir, ils ont même réussi à faire échouer le premier assaut des forces spéciales, prenant en otage des commandos. Cette opération avait fait un mort parmi eux et 52 blessés. Une opération qui avait inquiété la population comme le pouvoir en place.

Coupures des communications, magasins fermés et bus arrêtés : depuis le début des opérations policières, la capitale tourne au ralenti et les habitants craignent une nouvelle révolution.

Victime de son poulain…

Le spécialiste du Kirghizistan David Gaüzere, chercheur à l'Université Bordeaux 4, décrypte la situation dans ce pays d’Asie centrale. « Fin juin (2019), alors que les anciens présidents gardaient leur immunité présidentielle, une loi a été votée au Parlement pour que monsieur Atambaïev ne l’ait plus (l’immunité). On voit que la loi est appliquée, que les forces de sécurité obéissent à la loi, mais que cette loi a été plus ou moins détournée de façon à éliminer ses opposants. Tout d’abord, l’ancien Premier ministre, ensuite d’autres opposants politiques et maintenant l’ancien président Atambaïev. Sauf qu’il ne faut pas oublier qu’en son temps, le président Atambaïev avait mis quelques opposants politiques en prison. Durant sa présidence monsieur Atambaïev avait quand même pu développer les infrastructures publiques du pays, une classe moyenne a émergé. La crise actuelle a mis un frein à tout cela y compris aux investissements étrangers ».

Depuis plusieurs mois, « la guerre des présidents » occupe la vie politique kirghize. L’ancien chef d’État Almazbek Atambaïev, 62 ans, président de 2011 à fin 2017, accuse son successeur de manipuler la justice pour le faire tomber. Inculpé en juin pour corruption, Atambaïev avait refusé de se présenter aux convocations de la justice kirghize, déclarant qu’il était armé et qu’il se battrait « jusqu’au bout ».

A la fin de son mandat, Almazbek Atambaïev avait pourtant réussi au prix de manœuvres politiques à imposer la candidature de Sooronbaï Jeenbekov, qui était alors son poulain, mais les relations se sont rapidement dégradées entre les deux hommes.

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