Kazakhstan

Kazakhstan: le vrai-faux départ du président Noursoultan Nazarbaïev

Noursoultan Nazarbaïev, le 1er mai 2016.
Noursoultan Nazarbaïev, le 1er mai 2016. REUTERS/Shamil Zhumatov/File Photo
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Le 29 novembre, à Tachkent, capitale de l’Ouzbékistan, s’est tenu le sommet consultatif des chefs d’État des cinq républiques d’Asie centrale. Mais sur la photo immortalisant l’événement, seuls quatre chefs d’État figuraient, le cinquième étant Noursoultan Nazarbaïev, l’ancien président du Kazakhstan. Son successeur depuis mars dernier, Kassym-Jomart Tokaïev, a dû rester chez lui.

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De notre correspondant en Asie centrale,

Comment expliquer la présence de Noursoultan Nazarbaïev à ce sommet des chefs d’État de la région, sinon par l’incapacité de ce dernier à quitter la direction réelle du pays ? Il avait pourtant pris une décision rare en régime autoritaire, considérée comme sage, à savoir celle de quitter le pouvoir de sa propre volonté, et en préparant sa succession. Ce qui était perçu comme diminuant les risques d’instabilité, le jour de sa mort par exemple.

Le droit de veto de l’ex-président

Cette présence au sommet de Tachkent n’est pas qu’un caprice de la part de M. Nazarbaïev. Cela vient conclure une séquence par laquelle l’ancien président a gardé de larges pouvoirs en modifiant la Constitution ces dernières années. En s’octroyant le titre de « Leader de la nation » et en devenant chef d’un conseil de sécurité renforcé, Nazarbaïev a privé, début octobre, son successeur d’un certain nombre de prérogatives.

Il lui a fait signer un décret. Désormais, l’ancien président peut mettre son veto pour les nominations de nombre de personnages clés de l’État du Kazakhstan : certains ministres, les chefs des agences de sécurité ou le procureur général.

Perte du pouvoir égale perte de richesses….

Les observateurs de la politique kazakhe ont estimé que c’était le signe d’une lutte au sein du pouvoir qui de fait est dual, car depuis mars dernier, le scénario de la succession de celui qui aime à se présenter comme le « père de la nation » n’est pas complètement décidé.

Il ne faut pas oublier que, sitôt annoncée sa décision de quitter la présidence de la République, en mars dernier, M. Nazarbaïev a fait nommer sa fille Dariga à la tête du Sénat, ce qui fait d’elle le deuxième personnage de l’État et le potentiel chef de l’État en cas de vacance du pouvoir.

Au Kazakhstan, il est difficile (et risqué) de transmettre le pouvoir. D’une part, à cause des intérêts personnels engrangés au fil des ans ; la famille de Nazarbaïev détient des milliards d’euros. De l’autre, laisser le pouvoir à quelqu’un d’autre, c’est prendre le risque de tout perdre. Comme cela vient de se produire dans le pays voisin, l’Ouzbékistan, où la famille de l’ancien dictateur Islam Karimov a tout perdu après sa mort en septembre 2016.

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