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Inde

Inde: les fondements laïcs de l'État menacés par la loi sur la citoyenneté?

Un manifestant contre la loi sur la citoyenneté est arrêté par les policiers devant le parlement indien. Le 12 décembre 2019
Un manifestant contre la loi sur la citoyenneté est arrêté par les policiers devant le parlement indien. Le 12 décembre 2019 REUTERS/Jayanta Dey

Le Parlement indien vient d’adopter une importante loi sur la citoyenneté. Une réforme qui facilite la naturalisation de personnes originaires des trois pays voisins, mais exclut les musulmans. Une mesure discriminatoire qui remet en cause les fondements laïcs de l’État indien, selon l’opposition, et mènerait le pays vers la constitution d’un État hindou.

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De notre correspondant à New Delhi,

Cette réforme permet à tout Afghan, Pakistanais ou Bangladais de devenir Indien s’il a vécu en Inde pendant 6 ans, contre 11 ans pour tout autre étranger. Mais cela uniquement si cette personne est hindoue, bouddhiste, chrétienne, jaïne, sikhe ou zoroastrienne. L’islam est ainsi la seule grande religion régionale exclue. Le gouvernement affirme que l’objectif est d’offrir un refuge aux minorités religieuses qui seraient persécutées dans ces trois pays musulmans.

Des Rohingyas renvoyés en Birmanie

Cet argument est toutefois rejeté par l’opposition. En effet, selon le gouvernement lui-même, Il y aurait à peine 31 000 personnes qui seraient aujourd’hui réfugiées en Inde pour raisons religieuses et pourraient bénéficier de cette loi. Un tout petit nombre qui ne justifie pas un tel effort donc.

Il s’y ajoute que si le gouvernement était vraiment préoccupé par le sort de ces minorités persécutées, pourquoi a-t-il récemment renvoyé des dizaines de Rohingyas musulmans en Birmanie, où ils font face à une répression proche du génocide ?

Pour l’opposition, cette loi est sélective, islamophobe, et surtout, elle violerait la constitution laïque de l’Inde, qui proscrit toute discrimination religieuse. Certains ont prévu de la contester devant la Cour suprême.

Violentes manifestations

Des manifestations populaires ont également éclaté dans le nord-est du pays, où l’essentiel des immigrés hindous pourraient être naturalisés ; la population manifeste violemment depuis plusieurs jours, car elle accuse le gouvernement de vouloir « hindouiser » cette région. Des véhicules ont été incendiés dans plusieurs villes, un couvre-feu imposé, l’internet coupé, et l’armée a dû être envoyée en renfort.

C’est d’ailleurs cette région du nord-est de l’Inde qui pourrait observer les premières conséquences de cette loi. En effet, dans la région de l’Assam, les autorités viennent de terminer un énorme recensement qui avait pour but d’identifier les immigrés illégaux venus du Bangladesh. Au final, 1 millions 900 mille indiens n’ont pas réussi à prouver leur ascendance indienne et pourraient être déchus de leur nationalité.

Musulmans apatrides ?

La majorité, soit environ 700 000 personnes, sont des musulmans, et 500 000 sont hindous. Grâce à cette nouvelle loi, les hindous pourraient garder leur nationalité alors que les musulmans seraient renvoyés devant les tribunaux et menacés de devenir apatrides. Cette loi créé donc une discrimination légale en faveur des hindous et permet d’avancer vers la création d’un État religieux hindou, où les musulmans seraient des citoyens de seconde zone.

Le parti nationaliste hindou au pouvoir prévoit maintenant d’étendre ce recensement des immigrés illégaux à tout le pays, et les musulmans indiens commencent à avoir peur.

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