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ANALYSE

Comprendre le nouveau rapprochement entre la Chine et le Vatican

Le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi et son homologue du Vatican Mgr Paul Gallagher en marge de la conférence sur la sécurité à Munich, le 14 février 2020.
Le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi et son homologue du Vatican Mgr Paul Gallagher en marge de la conférence sur la sécurité à Munich, le 14 février 2020. VATICAN MEDIA / AFP

Les chefs de la diplomatie chinoise et vaticane se sont entretenus vendredi 14 février en marge de la Conférence sur la sécurité à Munich. Une première à ce niveau depuis 70 ans, alors que les deux États n’entretiennent plus de relations diplomatiques depuis 1951. Décryptage.

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La réunion entre le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi et son homologue du Vatican, Mgr Paul Gallagher, « s’est déroulée dans une atmosphère cordiale », rapportait le communiqué de la Secrétairerie d’État du Saint-Siège. Et de rappeler que les contacts entre les deux pays ont « évolué positivement au fil du temps ». « Jamais une rencontre à ce niveau-là n’avait eu lieu », souligne Dorian Malovic, chef du service Asie au quotidien La Croix. Pour comprendre l'importance de ce dernier épisode, il faut remonter le fil complexe de l'histoire des relations entre la Chine et le Vatican.

Des catholiques réprimés et une Église coupée en deux

Le pouvoir chinois a toujours vu d'un mauvais œil les religions étrangères, et le christianisme, hérité de la colonisation, ne fait pas exception. « Jusqu'à l'arrivée de Mao Zedong au pouvoir en 1949, le Vatican disposait d’une représentation diplomatique en Chine, avec un nonce apostolique installé à Pékin, rappelle cependant Dorian Malovic. Avec Mao, une répression générale s’abat sur toute l’Église catholique et protestante : les missionnaires étrangers sont renvoyés chez eux tandis que les prêtres et les séminaristes chinois qui restent sont réprimés. » En 1951, le nonce apostolique est contraint de se réfugier à Taïwan. La rupture des relations diplomatiques est alors consommée. Aujourd'hui, le Vatican est toujours le seul pays européen à reconnaître Taipei et non Pékin.

L'ère maoïste est une période noire pour les catholiques chinois. Mais si leurs églises sont détruites, ils ne disparaissent pas pour autant. Évêques, prêtres et nonnes vivent cachés et restent à l’écart de la vie religieuse. « Il faudra attendre l’arrivée de Deng Xiaoping et l’ouverture de la Chine sur le plan économique, politique et diplomatique dans les années 1980, pour que des églises rouvrent et que des prêtres puissent revenir dans leur paroisse », poursuit le journaliste. C’est aussi le moment où s’opère une séparation au sein de l’Église catholique locale : d’un côté l’Église « officielle » avec des prêtres qui doivent « faire allégeance » à Pékin et au Parti communiste chinois (PCC), tout cela sous la coupe de l’Association patriotique des catholiques chinois ; et de l’autre, des catholiques « clandestins » qui continuent à pratiquer leur religion dans le plus grand secret.

Dans les années 1990, Jean-Paul II essaie de mettre un terme à cette séparation. Désireux de « réunifier » cette Église coupée en deux, le Vatican va alors reconnaître certains évêques nommés par la Chine. Mais en 2000, un événement vient jeter un nouveau coup de froid sur les relations sino-vaticanes : la canonisation à Rome de 120 martyrs chinois le 1er octobre, jour de la fête nationale de la République populaire. De quoi provoquer l'ire de Pékin.

L'accord de 2018 décrié

L’élection du pape François, argentin, réputé plus ouvert, et l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2013 vont donner lieu à « une nouvelle phase de rapprochement », explique Dorian Malovic. Une phase qui débouche sur la signature en septembre 2018 d’un accord « provisoire ». Problème : le contenu du texte est resté secret. « On sait que le pape a fait une concession importante en reconnaissant sept évêques qui avaient été excommuniés auparavant, car nommés par Pékin, détaille le spécialiste de La Croix. Une concession en échange de la promesse que les prochains évêques nommés seraient proposés par Pékin à Rome, mais qu’ultimement c’est le pape qui aurait le dernier mot. »

Mais cet accord ne plaît pas à tout le monde. Une partie des catholiques y voient une trahison. « Certains ont eu l’impression que le Vatican avait sacrifié une partie de l’Église chinoise pour être du bon côté du manche avec les autorités de Pékin », souligne le journaliste, qui rappelle par exemple que Rome a alors demandé aux évêques « souterrains » de réintégrer les structures officielles, mais non sans avoir dû céder leur place aux « officiels ».

Diplomatie versus liberté religieuse

Cette rencontre de haut niveau à Munich, vendredi, marque donc une nouvelle étape dans le rapprochement entre la Chine et le Vatican. Mais pour Dorian Malovic, elle pose beaucoup de questions sur la stratégie diplomatique du pape vis-à-vis de Pékin. Car depuis l’arrivée de Xi Jinping, la situation des catholiques de Chine ne s’est pas améliorée, bien au contraire. « En termes de liberté religieuse, on est retourné à des temps de l'époque des années 1950 », estime le journaliste, qui voit dans cette rencontre pour Pékin « une façon de dire : si le Vatican dialogue avec nous et nous reconnaît comme un État de parole et voulant dialoguer, c’est que nous ne sommes pas si répressifs et méchants que cela. »

« Il y a une volonté claire, affichée par Xi Jinping de "siniser" les religions pour qu’elles soient compatibles avec la Chine, développe l'historien Thomas Tanase, qui vient de publier une Histoire de la papauté en Occident. Cette politique peut être très dure avec des fermetures d’églises, des restrictions de l’activité religieuse, la limitation de la présence de croix sur les bâtiments religieux ou encore l’obligation pour les prêtres ou les évêques de souscrire à des documents qui affirment leur compatibilité avec les valeurs de la République populaire de Chine. Par exemple, le fait de ne pas mettre de matériel religieux en ligne, de ne pas faire de prosélytisme religieux, ce qui signifie aussi d’interdire l’entrée des églises aux mineurs. »

« Le Vatican préfère-t-il remporter une victoire diplomatique plutôt que de demander plus de concessions à la Chine et plus de garanties sur la liberté religieuse pour les catholiques ? » s’interroge le journaliste de La Croix, qui note que les signaux envoyés par Pékin ne sont pas très encourageants ces derniers temps.

« Clairement, le pape François s’éloigne des États-Unis. Sa position est de plus en plus éloignée d’un monde atlantique ou occidental. Il cherche à trouver d’autres points d’appui, comme la Russie ou la Chine », commente Thomas Tanase.

Le spécialiste de l’histoire de la papauté et de ses relations avec l’Asie y voit aussi un rapport avec le protestantisme « très dynamique et lié à la Corée du Sud et aux États-Unis. Pour les autorités chinoises, le fait de se rapprocher du Vatican peut aussi être un point d’équilibre. Et dans l’autre sens, pour l’Église catholique qui a été un peu dépassée par l’essor du christianisme protestant en Chine, cela peut être une manière d’essayer de mettre un terme aux divisions au sein de l’Église catholique chinoise, d'entamer une politique avec le régime et d'ainsi favoriser son développement. »

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