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Entretien

Afghanistan: «Sans droits humains, il n’y a pas de paix»

Sima Samar, lors de son intervention à Sciences Po Paris le 5 mars 2020.
Sima Samar, lors de son intervention à Sciences Po Paris le 5 mars 2020. RFI/Romain Mielcarek

En visite à Paris, Sima Samar, ministre afghane des Droits humains, est intervenue dans l’enceinte de Sciences Po. Alors que les États-Unis viennent d’annoncer leur retrait prochain et que les négociations avec les talibans semblent ne pas avancer, elle revient pour RFI sur la place accordée à la protection des libertés dans ces discussions.

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Le docteur Sima Samar est médecin. Militante historique en faveur des droits, elle a commencé sa carrière en montant l’association Shuhada, qui a apporté des soins aux réfugiés afghans au Pakistan, et notamment aux femmes, pendant la guerre avec les Soviétiques, dans les années 1980. Cette ONG s’occupe aujourd’hui d’une soixantaine d’écoles réparties entre les deux pays. Entre 2001 et 2003, elle rejoint le gouvernement intérimaire en tant que ministre des Femmes. Depuis, elle ne cesse de militer dans son pays, mais aussi à l’étranger au profit des Nations unies, où elle a été rapporteuse pour les droits humains au Soudan de 2005 à 2009.

RFI : Le 28 février, les États-Unis et lestalibansont signé un accord à Doha, au Qatar. Il prévoit que toutes les troupes étrangères aient quitté l’Afghanistan d’ici 14 mois, tandis que les insurgés s’engagent à ne plus menacer les États-Unis et leurs alliés. Que pensez-vous de ce document ?

Sima Samar : Cet accord a été signé et je soutiens le dialogue. Nous devons parler avec nos amis, mais aussi avec nos ennemis. C’est beaucoup moins coûteux et c’est plus facile que de se battre. Mais nous ne connaissons pas tous les détails de cet accord. De ce qui a été rendu public, malheureusement, nous constatons que sur les quatre pages présentées les mots « droits humains » n’apparaissent nulle part. Pour moi, c’est inquiétant. Car s’il n’y a pas de droits humains, il n’y a pas de paix.

Comment décririez-vous la situation des Afghans sur le plan des droits humains aujourd’hui ?

Nous avons beaucoup progressé. Il suffit de regarder la question de la liberté d’expression. Elle est plutôt bonne aujourd’hui, alors que nous ne pouvions pas parler, sous les talibansou sous le régime qui les a précédés. La liberté des médias est bonne dans notre pays. Nous avons encore beaucoup de pauvreté, mais l’accès à l’éducation, à la santé, à un toit, à l’eau courante ont été pris en compte. Les droits humains sont devenus un sujet de discussion dans les familles afghanes.

Prenons le problème des détentions arbitraires, par exemple, qui était commun en Afghanistan. Cela n’arrive presque plus. La torture a été très largement réduite, faute d’être parvenu à l’abolir totalement. Même chose pour la peine de mort : il n’y en a pas eu beaucoup ces dernières années, alors que 700 personnes ont été condamnées à mort. Ce sont des sujets difficiles. En comparaison de certains de nos voisins, et malgré le fait d’être en guerre, nous avons fait des progrès indiscutables.

Comment faites-vous, justement, pour convaincre votre propre gouvernement, les forces de sécurité, les Afghans en général de faire évoluer leurs positions sur des sujets aussi sensibles en période de guerre ?

Nous l’avons beaucoup fait à travers la Commission afghane indépendante pour les droits humains, que j’ai dirigée pendant dix-sept ans, en faisant du lobby et du plaidoyer sur ces sujets. Auprès du président et du gouvernement notamment, que nous avons encouragés à entreprendre un moratoire contre les exécutions pénales, car je pense que la peine de mort n’apportera ni paix, ni sécurité, ni stabilité au pays. Si tuer des gens apportait la paix, nous le saurions depuis les années 1980. Bien assez de personnes ont été tuées depuis.

Qu’en est-il des droits des femmes afghanes ?

Nous avons vu beaucoup de progrès sur ce front aussi. Malheureusement, à cause de la pauvreté et de l’absence de justice, les mariages forcés restent communs. Cela n’a pas été totalement aboli. Il reste beaucoup de chemin à parcourir. L’âge légal est toujours de 16 ans, ce qui en soi est une légalisation du mariage d’enfants. Nous nous battons contre cela. Parvenir à 16 ans a déjà été difficile, car d’autres voulaient mettre la limite à 10 ans.

Le gouvernement afghan, justement, est-il réellement convaincu de l’intérêt de ces efforts ?

Bien plus qu’en 2002 et 2003. Aujourd’hui, il ne peut plus l’ignorer. Même l’opposition et les talibans utilisent parfois les mots « droits humains ».

Si les forces étrangères quittent le pays, les ONG et les institutions qui travaillent en Afghanistan pourront-elles poursuivre leur action ?

Il y aura probablement des difficultés en termes de sécurité, mais oui, je pense que nos forces de sécurité sont suffisamment solides pour leur permettre de continuer leur travail. Mais c’est pour cela que j’insiste sur l’idée d’un retrait « responsable ». Il y a la question du retrait physique, des troupes, mais aussi celle du soutien aux forces de sécurité afghanes.

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