Accéder au contenu principal

Afghanistan: difficile dialogue entre Kaboul et les talibans malgré l'accord de Washington

Le président afghan Ashraf Ghani lors de sa cérémonie d'investiture, le 9 mars 2020 à Kaboul.
Le président afghan Ashraf Ghani lors de sa cérémonie d'investiture, le 9 mars 2020 à Kaboul. WAKIL KOHSAR / AFP
5 mn

Les Américains sont parvenus à un accord avec les talibans le 29 février dernier pour mettre un terme à près de 19 ans de confit depuis l’intervention en 2001 des États-Unis pour mettre fin au régime des talibans. Le texte est censé ouvrir la voie à un processus de paix. Washington a accepté le retrait des troupes étrangères en échanges de garanties de la part des talibans. Elles portent sur la sécurité et sur des négociations inter-afghanes. Sur le plan interne, le pays est en plein marasme politique avec deux présidents, l’un officiel, l’autre auto-proclamé.

Publicité

de notre correspondante à Kaboul,

C'est la confusion. L’Afghanistan a deux chefs d’État. Le président élu est officiellement Ashraf Ghani. C’est lui que la commission électorale indépendante a désigné comme étant le vainqueur du scrutin de septembre dernier. C’est lui qui a aussi eu la reconnaissance la plus large de la communauté internationale : à savoir une trentaine de représentants de pays étrangers.

Il y a deux jours lors de la cérémonie d’investiture, dans l’assemblée face à lui se tenaient, entre autres, le chef des forces armées américaines en Afghanistan, le général Austin Miller, l’envoyé spécial des États-Unis pour la paix en Afghanistan, Zalmay Khalilzad, le chef de la mission de l’ONU dans le pays, Tadamichi Yamamoto. Dans 14 jours environ, a indiqué le président Ahsraf Ghani, un gouvernement d’ouverture sera formé.

Les électeurs entre dérision et frustration

En parallèle, le chef de l’exécutif Abdullah Abdullah a tenu sa propre cérémonie d’investiture. Il conteste les résultats du scrutin depuis le début. Il met en cause des fraudes massives comme en 2014. Le scénario s’est répété : tout le monde le craignait. En 2014 Abdullah Abdullah, arrivé second selon le dépouillement, avait fini par céder après l’intervention du secrétaire d’État américain John Kerry. Cette fois-ci il refuse, et beaucoup le comprennent. Il a commencé à envoyer ses équipes dans certaines provinces pour nommer ses propres gouverneurs.

Tout cela est pris avec beaucoup de dérision par une frange de la population. Il y a ceux qui en rient et ceux qui sont une fois de plus déçus, qui ne se sentent pas respectés en tant que citoyens. Voter signifie prendre des risques en Afghanistan, s’exposer aux attaques, aux répercussions des talibans. Ce marasme politique a généré une plus grande défiance vis-à-vis des institutions de la république d’Afghanistan, qui sont extrêmement fragiles. Cette crise politique le prouve encore une fois.

5000 prisonniers talibans libérés progressivement ?

À l'évidence, cette situation n’est pas favorable au dialogue inter-afghan qui a déjà du mal à se concrétiser. Les autorités doivent mettre en place une équipe de négociateurs composée de représentants de la classe politique, de membres de la société civile. Une tâche impossible si le dialogue est rompu avec une partie d’entre elle.

Des discussions vont certainement reprendre entre le camp d’Ashraf Ghani et celui d’Abdullah Abdullah. Mais l’incertitude est totale. D'autant que les autorités sont clairement en position de faiblesse face aux talibans qui apparaissent unis. À la table des négociations, cela jouera certainement en leur faveur.

Le dialogue inter-afghan devait commencer ce mardi 10 mars, une date repoussée à cause d’un désaccord. Les talibans avaient exigé la libération de 5 000 prisonniers. Les autorités afghanes ont annoncé ce mercredi qu’ils répondront à leur demande de façon progressive proposant de libérer 1500 prisonniers libérés à partir de ce samedi 14 mars au rythme de 100 détenus par jour. Les autres seront libérés par groupes de 500 une fois le dialogue inter-afghan entamé et à la condition qu’une reconduction des violences soit constatée. Une proposition rejetée par l'un des porte-parole des talibans ce mercredi.

Engagements invérifiables des talibans

Sur le terrain, le retrait des troupes étrangères d’Afghanistan a commencé. Les États-Unis honorent ainsi leur partie de l’accord signé avec les talibans le 29 février. D’ici au mois de juillet, il ne restera que 8 600 soldats américains sur les 12 à 13 000 déployés en Afghanistan. Les troupes de l’OTAN ne se retireront à leur tour qu’après cette première vague de retrait des troupes américaines, selon les confidences d’un diplomate.

Quant aux talibans, ils doivent également respecter tous leurs engagements. Ils ont notamment promis de couper tous leurs liens avec les groupes terroristes. Une promesse invérifiable, d'après plusieurs observateurs. À ce sujet, le démocrate américain Chris Murphy a même partagé ses inquiétudes sur Twitter. « Les garanties demandées aux talibans sont trop vagues, écrit-il. J'ai soutenu les pourparlers avec les talibans mais plus j’en apprends dessus, plus je suis inquiet. »

À lire aussi : Afghanistan: «Sans droits humains, il n’y a pas de paix»

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.