Coronavirus en Chine: déconfinement progressif à Wuhan, encore loin de «la vie d'avant»

Après 11 semaines de fermeture, la ville de Wuhan, dans la province de Hubei, connaît un déconfinement progressif et une reprise sous conditions des activités professionnelles.
Après 11 semaines de fermeture, la ville de Wuhan, dans la province de Hubei, connaît un déconfinement progressif et une reprise sous conditions des activités professionnelles. REUTERS/Aly Song

Mercredi 8 avril, c’est le jour de la « libération » pour Wuhan, la capitale de la province chinoise du Hubei, d’où est partie la pandémie du coronavirus. Un déconfinement après onze très longues semaines de fermeture, même si une partie de l’activité a déjà repris.

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De notre correspondant régional

Le 8 avril est une date officielle, mais en réalité les 11 millions d’habitants que compte la mégalopole du Hubei peuvent sortir de chez eux depuis quelque temps déjà, comme l’explique Jacky Raimbault, un entrepreneur français à Wuhan : « Il y a déjà 6 lignes de métro qui sont ouvertes depuis la semaine dernière et 152 lignes de bus. Moi, je sors dans la rue depuis deux semaines, je sors faire mes courses dans les magasins alimentaires, moyennant la présentation d'un code de bonne santé ». 

Chaque Chinois, dans toutes les villes, doit présenter avec son téléphone un « green health code », qui permet de rentrer dans le métro, dans les taxis et les lieux publics. « Il y a déjà beaucoup de monde dans les rues. Il y a des embouteillages le matin à Wuhan depuis une semaine ou deux. Ça veut dire que beaucoup d’activités industrielles ont repris dans la ville. Donc, il ne va pas se passer grand-chose le 8 avril », raconte encore cet entrepreneur français.

« La vie ne reprend pas comme avant »

La totalité des transports en commun doit reprendre du service le 8 avril. Et pour le reste, c’est une reprise très progressive. D’autres magasins en dehors de l’alimentaire doivent rouvrir, mais certains lieux resteront probablement fermés sauf exceptions, comme les bars, les restaurants, les salles de jeux, les KTV aussi, les karaokés en Chine. C’est la même chose pour les écoles qui, pour l’instant, restent fermées. 

« Cette date est importante sur le plan politique afin de mettre en scène le déconfinement progressif de l’ensemble du pays, affirme Antoine Bondaz, spécialiste du Nord-Est asiatique à la Fondation pour la recherche stratégique. On a commencé par les provinces, ensuite par le Hubei puis par Wuhan. Donc, c’est très important symboliquement. Après, dans les faits, la vie à Wuhan ne reprend pas comme avant, il y a encore des mesures importantes de distanciation sociale et de restriction des déplacements. Mais ce qui est très important pour les habitants du Hubei et notamment les habitants de Wuhan, c’est que le plus gros de la crise est derrière eux. »

À écouter aussi : Wuhan, ville martyre, se souvient de ses morts du coronavirus

La crise épidémique est derrière les habitants de Wuhan, mais cette crise va laisser des séquelles. Wuhan est une mégalopole traumatisée, comme l’ensemble de la province du Hubei, cadenassée depuis le 23 janvier dernier, les autorités espérant préserver le reste du pays et le monde de la pneumonie virale. Cela n’a pas fonctionné, puisque la pandémie est partout. Mais c’était, pour les autorités, la seule manière d’étouffer le coronavirus en le mettant sous cloche.

Ce qui veut dire aussi que la vie ne va pas reprendre comme avant. En tout cas, il faudra pour cela plusieurs mois. Les habitants de Wuhan sont restés 35 jours à la maison sans pouvoir sortir du tout. 

Prendre la température deux fois par jour

Jacky Raimbault a pu redémarrer son entreprise, qui fournit des pièces à l’industrie automobile, le 23 mars dernier, mais sous conditions. Les masques ne sont pas prêts de tomber à Wuhan.

« Aujourd’hui, on doit garder le masque en Chine. On reprend l’activité, mais avec énormément de conditions de sécurité et sanitaire, raconte Jacky Raimbault. On doit prendre la température deux fois par jour de tous les salariés, on doit transmettre cette température aux autorités locales. On impose à tous les salariés d’avoir deux masques par jour et on doit avoir un stock de masques d’avance de 5 jours de production. Ensuite, on fournit aux salariés des équipements pour pouvoir se désinfecter régulièrement, on désinfecte les locaux deux fois par jour. C’est un déconfinement progressif, parce qu’ils ont énormément peur qu’il y ait une rechute à cause des malades asymptomatiques. »

Les porteurs silencieux de la pneumonie virale sont désormais intégrés dans les bilans officiels chinois. Ces personnes, infectées par le coronavirus sans en présenter les symptômes, sont surveillées comme le lait de soja sur le feu par les autorités, qui craignent un rebond de l’épidémie en Chine. 

Le pays a recensé 32 nouveaux cas confirmés de coronavirus, mais aucun décès supplémentaire. L’épidémie a causé au total 81 740 cas de contamination et 3 331 décès en Chine.

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