Accéder au contenu principal

Coronavirus: en Chine, les inquiétudes pour la croissance et l’emploi

Les petites entreprises des sites touristiques de Pékin peinent à voir la reprise.
Les petites entreprises des sites touristiques de Pékin peinent à voir la reprise. REUTERS/Thomas Peter
Texte par : Agnieszka Kumor
7 mn

La Chine vit son pire cauchemar depuis près de trente ans. Le PIB du pays s’est effondré de 6,8% au 1er trimestre alors que l’épidémie du Covid-19 a paralysé la production, les services et la consommation. Un coup de frein inédit qui ne restera pas sans conséquences sur le reste du monde.

Publicité

Bien que sujet à caution, le chiffre du PIB de la Chine est toujours scruté de près, vu le poids du pays dans l’économie mondiale. Cette fois-ci, il s’agit en effet de la plus mauvaise performance depuis le début des publications trimestrielles du PIB par la Chine au début des années 1990. De nombreux analystes supposent que la contraction réelle au 1er trimestre pourrait s’avérer bien plus forte que ce que suggèrent les chiffres officiels. 

L’utilisation politique des statistiques

Depuis les réformes des années 1980 et 1990, la Chine a fortement amélioré ses méthodes de collecte des données grâce à la mise en place des services statistiques notamment avec l’aide de l’Insee et de la Banque mondiale. Problème  : Pékin utilise les statistiques qui l’arrangent. « Il y a en Chine une utilisation politique des chiffres. Cela ne veut pas dire forcement que le gouvernement central n’a pas de bonnes statistiques. Mais que ces chiffres ne sont pas forcément diffusés », estime Mary-Françoise Renard, professeure d’économie à l’Université Clermont Auvergne (UCA) et responsable de l'Institut de Recherche sur l'économie de la Chine au CERDI.

Parallèlement, la carrière politique des gouverneurs des provinces dépend des liens étroits qu’ils entretiennent avec le Parti communiste chinois (PCC) et de la façon dont ils appliquent les consignes du gouvernement central. « Et la consigne de Pékin est justement de ne pas noircir le tableau et de minimiser l’impact du coronavirus sur la croissance. Il faut montrer le côté positif de cette crise », note Mary-Françoise Renard. Pour cette spécialiste de la Chine, au-delà des chiffres, il faut considérer ce qu’ils représentent. 

Les petites et moyennes entreprises en danger

Pour ce qui est des effets du Covid-19 sur son économie, la Chine n’est pas du tout tirée d’affaire. L'activité peine à redémarrer à travers le pays et de nombreuses entreprises risquent une défaillance. Pas moins de 460 000 d’entre elles ont mis la clé sous la porte au premier trimestre de cette année. Leur situation s’aggravait ces derniers temps, le coronavirus fut le coup de grâce.

Depuis plus d’un an, les PME chinoises font les frais de la guerre commerciale entre la Chine te les Etats-Unis, rappelle Julien Marcilly, économiste en chef de Coface. « A cause de ces tensions, les risques ont beaucoup monté pour ces entreprises, notamment celles qui sont dans la construction ou la métallurgie. Il faut y ajouter les entreprises dont les activités relèvent de la consommation des ménages ou de l’électronique. Ces dernières ont en plus souffert des mesures protectionnistes mises en place par le gouvernement américain. A tout cela s’ajoute à présent ce choc systémique que représente la crise du coronavirus avec de très nombreuses fermetures d’usines. Certes, depuis début mars, les usines rouvrent progressivement. Mais il faudra beaucoup plus de temps pour qu’elles se remettent à produire comme avant », estime-t-il.

La pression sur les banques

Pour atténuer les conséquences de la pandémie du coronavirus sur l'économie du pays, Pékin a décidé de passer, d’un côté, par l’augmentation des dépenses budgétaires dans le but de financer notamment de grands projets régionaux, et de l’autre, par la politique monétaire. 

Afin de mettre en place la relance budgétaire, l’Etat chinois devra s’endetter d’avantage. Et il compte le faire surtout auprès des banques locales. Sur le plan monétaire, la Banque centrale chinoise a commencé à ajuster un certain nombre d'instruments et continuera de le faire, sans toutefois aller aussi loin que la Réserve fédérale américaine et son énorme plan de relance. Dans cet état d'esprit, la Banque populaire de Chine (BPC) a baissé un taux d'intérêt à moyen terme et réduit le montant des réserves que les banques commerciales doivent détenir auprès d'elle. Le but de la manœuvre est de rendre les banques locales inclines à prêter d’avantage, mais aussi de les inviter à être indulgentes vis-à-vis des entreprises ou des ménages qui auront du mal à rembourser leurs crédits. 

La plupart de ces mesures de relance passent par les petites banques locales avec un risque de les mettre sous pression. Car à travers elles, c’est tout le système bancaire chinois qui est en jeu. Pourquoi ? Julien Marcilly l’explique : « les grandes banques publiques, qui sont plutôt en bonne santé, ne représentent plus que 40% du secteur bancaire en Chine. Tout le reste ce sont ces banques commerciales de petite taille éparpillées dans les différentes provinces, et dont la situation financière n’est pas toujours nette. Le risque est que l’une de ces banques se trouve dans une mauvaise passe et que cela provoque la panique chez les épargnants qui se mettront à retirer leur argent tout de suite. » 

Si cela devait se produire, l’Etat chinois devrait jouer les pompiers en puisant dans ses réserves de change afin de recapitaliser les banques. A la fin décembre 2019, les réserves de devises de la Chine s’élevaient à 3 110 milliards de dollars. 

Le nerf de cette guerre, l’emploi

Un éventuel rebond de l’économie chinoise, l’an prochain, n’est pas à exclure. Mais le chemin qui y mène sera long et l’élément clé de cette reprise sera l’emploi, prévient Mary-Françoise Renard. Or, ces petites et moyennes entreprises, dont il était question plus haut et qui sont si fragiles, sont aussi celles qui sont les plus dynamiques en termes d’emploi.

Le taux de chômage est resté élevé au mois de mars (5,9%) après avoir atteint son niveau historiquement haut en février (6,2%). Il baisse un peu car l’activité reprend peu à peu. Mais ce chiffre officiel, quel réalité reflète-t-il ? « L’allocation de chômage est très faible en Chine et les démarches sont compliquées », précise Mary-Françoise Renard. « De ce fait, beaucoup de Chinois ne se déclarent pas chômeurs. » 

Aux yeux des autorités chinoises, le chômage menace la stabilité sociale du pays. « Il est impératif pour le gouvernement de maintenir l’emploi. Et parmi les mesures prises vis-à-vis des PME, l’objectif est clairement de diminuer le chômage de façon à ne pas entrainer de protestations de la population et des mouvements sociaux », estime la professeure de l’Université Clermont Auvergne. 

L’impact sur l’Europe et les Etats-Unis

La Chine est la deuxième puissance économique mondiale. Le ralentissement spectaculaire de sa croissance ne restera pas sans conséquence sur le reste du monde. Difficile de faire des prévisions à court terme, on peut en revanche s’interroger sur le moyen et le long terme. Dans cette perspective, l’Union européenne et les Etats-Unis devront impérativement revoir leurs politiques industrielles pour mettre fin à la dépendance de leurs chaînes de production à l’égard de la Chine. Le secteur de la santé est devenu ultrasensible avec les vaccins, les médicaments, les équipements en masques, etc…

Une nouvelle stratégie pour l’Afrique ?

De plus en plus dépendantes du géant asiatique, les économies émergentes, et notamment les pays africains s’inquiètent du ralentissement de la croissance chinoise. Certains de ces pays songent à revoir leurs relations avec Pékin. Il y a d’abord la question de la dette. Dernièrement, les grands créanciers publics ont accepté un moratoire pour 76 pays, dont 40 pays africains. Un report, à défaut d'une annulation de l'endettement total du continent estimé à 365 milliards de dollars, dont 40% sont détenus par la Chine.

Il est aussi question d’échanges marqués par un fort déséquilibre. Cela rend le continent particulièrement vulnérable, disent les spécialistes. « La Chine plaide pour le multilatéralisme, mais continue à défendre ses intérêts en Afrique. Aussi, cette crise du coronavirus pourrait-elle être une occasion pour les responsables africains afin qu’ils réfléchissent sur une nouvelle stratégie à adopter vis-à-vis de la Chine », conclut Mary-Françoise Renard.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.