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Coronavirus: en Inde, sur fond de crise humanitaire, reprise de l'activité économique

Comme sur une grande partie de la planète des mesures de confinement ont été prises en Inde pour lutter contre la propagation du coronavirus.
Comme sur une grande partie de la planète des mesures de confinement ont été prises en Inde pour lutter contre la propagation du coronavirus. AFP/Diptendu Dutta
Texte par : David Baché
5 min

L’Inde est soumise à un confinement très strict depuis le 25 mars. Plus de 1,3 milliard d’habitants ont interdiction de sortir de chez eux jusqu’au 3 mai prochain. Selon le dernier bilan, plus de 14 000 Indiens ont été contaminés par le coronavirus, près de 500 sont morts. L’activité économique du pays est paralysée, le rythme de la croissance pourrait être divisé par quatre cette année. Pour tenter de limiter la casse, les autorités autorisent la reprise de certaines activités, notamment agricoles. 

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Ce n’est qu’une reprise partielle des activités qui est autorisée à partir de ce lundi. Avec pour consignes le respect des règles de distanciation et le port d’un masque ou d’une protection sur le visage. Cette reprise concerne une petite partie de l’industrie - dans les secteurs de l’énergie, de la pharmacie et de la construction -, mais c’est surtout le secteur agricole et ses activités connexes qui sont visées. Il faut rappeler que près des deux tiers de la population active en dépend.

Période de récolte

« La colère a commencé à monter dans la région du Pendjab, qui est le grenier à blé et à riz de l’Inde, explique Bruno Dorin, économiste et agronome au Cirad, affecté au Centre des sciences humaines de New Delhi. Nous sommes en période de récolte, donc il faut que les agriculteurs puissent livrer et qu’on leur achète leur production. Parallèlement, poursuit-il, il faut mettre en place les cultures suivantes donc il faut pouvoir acheter des engrais pour la prochaine saison, des pesticides et des semences. Le plus embêtant aurait été de ne pas pouvoir moissonner, et a priori ces moissons vont pouvoir s’effectuer, concède le chercheur, mais d’une façon générale on ne peut pas dire que la crise du Covid soit un problème d’offre. C’est plutôt un problème d’accès. »

Le problème, c’est surtout l’acheminement des denrées alimentaires. Les transports publics sont à l’arrêt, même les camions de marchandises restent souvent bloqués entre les différents États indiens. Les boutiques, et donc les habitants, accèdent difficilement aux denrées de base. Quant aux agriculteurs, ils peinent à écouler leur production. En quelques semaines, le prix du poulet a été divisé par six.

Paranoïa et violence policière

Cette reprise partielle des activités permettra-t-elle de limiter la casse ? « J’ai des doutes, pose d’emblée Frédéric Landy, enseignant-chercheur en géographie à l’Université Paris-Nanterre, actuellement en poste à Pondichéry où il dirige l’Institut français. Ce n’est pas la première fois qu’on dit que ça devrait reprendre. New Delhi (le pouvoir fédéral, ndlr) ou les différents Etats n’arrêtent pas de répéter que la circulation des agriculteurs est prioritaire, qu’il faut laisser passer les moissonneuses-batteuses, qu’il faut rouvrir les boutiques d’engrais… Mais il y a une paranoïa aux échelles inférieures qui tendent à se refermer sur elles-mêmes de peur de l’arrivée de l’étranger. Je pense qu’il y a aussi une violence intrinsèque à la police : au niveau quotidien, sur le terrain, les gens sont beaucoup plus prisonniers que ce que n’exige la loi. »

Howrah, le 19 avril 2020: des policiers en civil armés de gourdins s'en prennent à un homme qui n'a pas respecté le confinement.
Howrah, le 19 avril 2020: des policiers en civil armés de gourdins s'en prennent à un homme qui n'a pas respecté le confinement. REUTERS/Rupak De Chowdhuri

Résultat, la situation humanitaire est grave, très grave. En Inde, malgré une forte croissance, plus de 80% de la population active travaille toujours dans le secteur informel, avec de nombreux migrants économiques internes. Aujourd’hui, les premières victimes collatérales du coronavirus, ce sont eux.

« La crise du Covid montre combien les agriculteurs des campagnes qui ont dû migrer en ville pour des petits boulots se retrouvent finalement dans ces villes sans nourriture et sans salaire, se désole Bruno Dorin, économiste du Cirad à New Delhi. La situation est aussi dramatique dans les bidonvilles, dont ils ne peuvent sortir et où ils manquent de nourriture. Il y a également des problèmes d’accès à l’eau, ce qui est dramatique ne serait-ce que pour se laver les mains et éviter la propagation du virus... Donc l’essentiel du drame se joue évidemment sur ces millions d’emplois très précaires qui du jour au lendemain ont dû s’arrêter. »

Aides… et limites de l’aide

Un problème majeur que le coronavirus ne fait que rappeler aux Indiens : le Premier ministre Narendra Modi avait été élu en 2014 puis réélu l’année dernière grâce à sa promesse de créer des millions d’emplois formels. 

En attendant, les autorités ont mis en place des aides, pour surmonter les conséquences économiques du confinement. « Au niveau fédéral, il y a un train de mesures d’environ 1% du PIB, poursuit Frédéric Landy, pour donner une aide alimentaire subventionnée, davantage de jours de travail dans des chantiers publics, et aussi pour verser un peu d’argent sur les comptes en banque des gens. Sauf que les grains subventionnés ne sont pas donnés à tout le monde, que les plus pauvres n’ont parfois pas de compte en banque, ou alors ils ne savent pas s’en servir… et puis il y a tous ces migrants (travailleurs migrants le plus souvent internes à l’Inde, ndlr) : entre 100 et 150 millions de personnes, qui du fait même de leur éloignement n’ont pas accès à leur banque ni aux boutiques d’alimentation subventionnée, et n’arrivent donc pas à obtenir ces maigres avantages. »

Résultat, des tensions sociales ont commencé d’apparaître, avec le risque qu’elles dégénèrent en émeutes. D’autant que le drame économique et humanitaire se double d’attaques communautaristes. Dans un pays déjà contrôlé par le parti nationaliste hindou, qui mène une politique anti-musulmane, cette forte minorité est aujourd’hui la cible de campagnes de désinformation, sur les réseaux sociaux, visant à faire croire que ce sont les musulmans qui propagent le coronavirus dans le pays.

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