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Les réfugiés climatiques, des déplacés forcés sans protection

Les résidents se reposent dans un abri à côté du village de Lei Yu Mun lors du Super Typhoon Mangkhut à Hong Kong le 16 septembre 2018.
Les résidents se reposent dans un abri à côté du village de Lei Yu Mun lors du Super Typhoon Mangkhut à Hong Kong le 16 septembre 2018. Anthony WALLACE / AFP

Alors que certaines études prévoient 150 à 250 millions de réfugiés climatiques à l’horizon 2050, aucun statut international n’existe pour encadrer et protéger ces migrations, rappelle un rapport publié ce samedi 20 juin, à l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés.

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En 2019, près de 25 millions de personnes ont été déplacées au sein de leur pays à cause de catastrophes naturelles et du dérèglement climatique. À l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés, ce samedi 20 juin 2020, l’association Forum réfugiés-Cosi, avec l’aide de nombreux experts, a dévoilé son rapport annuel sur l’asile et sur le sort des réfugiés climatiques, dont la protection par le droit international reste très vague.

Des dizaines de millions de personnes risquent d’être concernées par les migrations forcées liées au dérèglement climatique dans les prochaines années. Mais dans certaines régions du monde, comme en Océanie ou en Asie, « ce n’est pas un problème futur, c’est un problème actuel », rappelle Bérangere Taxil. « Le Bangladesh, la Chine, l’Inde et les Philippines ont chacun enregistré plus de 4 millions de déplacements », explique le spécialiste François Gemenne dans le rapport, évoquant également le cas des pays d’Afrique de l’Ouest et de l’Est, susceptibles d’être victimes de troubles touchant fortement l’agriculture, secteur primordial dans ces pays.

« Le premier réfugié climatique »

En Océanie, c’est notamment sur l’archipel des Kiribati ou de Tuvalu que le réchauffement climatique et la montée des eaux inquiètent. Les habitants de ces archipels menacés par la montée des eaux sont de plus en plus nombreux à vouloir se réfugier, entre autres, en Nouvelle-Zélande. C’est d’ailleurs la justice néo-zélandaise, puis la Cour des droits de l’Homme de l’ONU, qui ont rendu la première jurisprudence sur le sujet des déplacés climatiques, lors de l’affaire Teitiota.

Ioane Teitiota est un père de famille de 43 ans originaire des Kiribati qui espérait devenir « le premier réfugié climatique ». En 2015, il a été expulsé de la Nouvelle-Zélande après avoir usé tous les recours juridiques. Il réclamait depuis quatre ans le statut de réfugié à la Nouvelle-Zélande, au motif que lui, son épouse et leurs trois enfants, couraient un péril mortel aux Kiribati.

En 2004 déjà, l'archipel polynésien de Tuvalu était confronté à des inondations telles que près de la moitié de la population de ses îles était affectée.
En 2004 déjà, l'archipel polynésien de Tuvalu était confronté à des inondations telles que près de la moitié de la population de ses îles était affectée. AFP PHOTO/Torsten BLACKWOOD

L'archipel des Kiribati est composé d’une trentaine d’atolls coralliens où 32 îles sur 33 dépassent à peine le niveau de l’océan (leur altitude maximale est inférieure à 12 mètres). Des zones entières y sont de fait régulièrement submergées. Il craignait donc de ne plus pouvoir vivre sur cette île menacée par l’érosion de ses rivages et l’infiltration d’eau salée dans ses réserves d’eau douce.

Dans son verdict, la justice néo-zélandaise a estimé qu'il ne répondait pas aux critères d’octroi du statut de réfugié, lequel doit être persécuté dans son pays natal. Cette affaire, largement médiatisée, a ensuite été portée devant la Cour des droits de l’Homme de l’ONU qui, en janvier 2020, a estimé que son expulsion était légale. L'organisation onusienne a toutefois reconnu la dimension humanitaire de sa demande. « Une décision historique », selon Amnesty International qui s’est réjoui que pour la première fois, le réchauffement climatique soit pris en compte comme une « grave menace » du droit à la vie.

Vers un traité international unique sur la protection des réfugiés climatiques ?

Un pas vers une plus forte reconnaissance des réfugiés climatiques mais pour autant, cette jurisprudence reste impraticable car « juridiquement, le droit d’asile est impropre pour les déplacés climatiques », confirme la professeure, reniant donc le terme « maladroit » de réfugiés climatiques. « Aucun des cinq motifs énoncés exhaustivement par la Convention de Genève de 1951 ne permet de protéger une personne fuyant son environnement. Ce n’est ni racial, ni religieux, ni national, ni une opinion politique, et les déplacés environnementaux ne forment pas un groupe social distinct du reste de la population », justifie le rapport.

Autrement dit, il n’y a aujourd’hui aucun texte universel qui rassemble les droits des déplacés climatiques. Faut-il donc un traité international unique et contraignant pour intégrer la protection des réfugiés climatiques dans le droit ? Cela pourrait être « intéressant afin de centraliser des processus » et pour que les États intègrent ces mesures dans leur droit commun mais la pertinence de ce traité serait « douteuse » et le temps d’élaboration trop long pour l’urgence actuelle, détaille Bérangère Taxil, estimant que « tout existe déjà dans le droit international ». Mais le caractère non contraignant des éléments existants fait que les États ,« prennent des engagements mais ne les mettent pas en pratique », regrette-t-elle.

Deux instruments posent le contexte actuel : l’Agenda pour la protection des personnes déplacées au-delà des frontières et dans le cadre de catastrophes et de changements climatiques ainsi que le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières adopté en 2018 par l’ONU (Organisation des Nations unies). Ces textes suggèrent « d’anticiper et de gérer les déplacements internes » pour les pays d’origine des migrations et les pays d’accueil eux, « sont invités à admettre les déplacés (en délivrant des visas ou suspendant l’obligation de visa) et à ne pas les expulser vers une destination environnementalement dangereuse ».

« Un problème mondial avec des solutions régionalisées »

« Il faut accoler des dialogues à l’échelle universelle car le réchauffement climatique est un problème mondial avec des solutions régionalisées », rajoutent les experts. Si la responsabilité commune des États dans le réchauffement climatique est reconnue depuis le sommet de la Terre de Rio en 1992, la réponse aux déplacements forcés par le réchauffement climatique doit se faire entre pays voisins. « La situation des Kiribati n’est probablement pas la même qu’au Texas, qui connait lui aussi des problèmes climatiques essentiels, donc la réponse apportée ne peut être similaire », illustre la professeure de droit international.

C’est ainsi que la Nouvelle-Zélande et les États avec lesquels elle coopère, qui font figure d’exemple sur la question étant donné l’immédiateté de la menace climatique qui pèse sur eux, ont opté pour une intégration par le travail. Les autorités néo-zélandaises ont refusé de créer un visa pour les réfugiés climatiques mais proposent des solutions bilatérales comme « un visa de travail durable » pour les habitants souhaitant rejoindre le pays. Ainsi, les réfugiés climatiques disposent d'une intégration dans une culture proche de la leur, favorisant ainsi leur réintégration dans un nouvel environnement.

Ces accords, mis en place par quelques pays dont l’urgence ne fait plus aucun doute, peinent à voir le jour dans d'autres régionqui ne subissent pas directement les conséquences du réchauffement climatique. Pourtant, « il est fallacieux de présenter les migrations et déplacements liés au changement climatique comme un risque futur. C’est déjà une réalité, qui demande à la fois l’examen des chercheurs, l’attention des médias et des réponses politiques », averti François Gemenne.

Aujourd'hui, la définition de la migration climatique comme une prochaine crise migratoire pousse davantage les pays « à renforcer encore la surveillance de leurs frontières et à durcir les politiques d’asile et d’immigration », plutôt qu'à opter pour l’anticipation et la lutte accrue contre le réchauffement climatique, faisant fi de la solidarité internationale pourtant prnée dans la lutte contre le réchauffement climatique. Une situation paradoxale étant donné que les premières victimes de ce réchauffement sont loin d'être les États les plus pollueurs.

 

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