Accéder au contenu principal
Entretien

Report des législatives à Hong Kong: «l'exécutif et Pékin peuvent faire ce qu'ils veulent»

La cheffe de l'exécutif hong-kongais Carrie Lam lors d'une conférence de presse, le 31 juillet 2020.
La cheffe de l'exécutif hong-kongais Carrie Lam lors d'une conférence de presse, le 31 juillet 2020. REUTERS/Lam Yik

La cheffe de l'exécutif hong-kongais Carrie Lam a annoncé ce vendredi 31 juillet le report d'un an des législatives prévues en septembre, en raison de la hausse des cas de coronavirus. Ce report a été critiqué par l’opposition prodémocrate qui y voit un prétexte pour éviter une défaite dans les urnes au camps pro-Pékin. Entretien avec Bonnie Leung, avocate des droits de l’homme.

Publicité

RFI : Quelles sont les questions légales sur cette suspension du scrutin ? La mini Constitution de Hong Kong évoque la possibilité de reporter les élections de 14 jours et non d’un an...

Bonnie Leung : Toute élection est une question politique qui, par conséquent, n’a rien à voir avec la pandémie. Est-ce que le gouvernement a l’autorité légale de demander ce report ? Je dirais simplement que quand la loi fondamentale de Hong Kong a été promulguée, quand le modèle « un pays, deux systèmes » a été mis en place, rien ne prédisposait à cela. Mais parce que le texte de la loi est vague et parce que l’exécutif hong-kongais et Pékin ne veulent pas utiliser la loi comme les experts le souhaiteraient, ils peuvent l'interpréter. Et dans ces circonstances, ils ont le pouvoir de faire ce qu’ils veulent, comme en témoigne l’adoption de la loi sur la sécurité nationale au début du mois. Evidemment, de très nombreux Hong-Kongais aimeraient qu’il en soit différent.

► A lire aussi : Hong Kong: Carrie Lam annonce le report des législatives en raison du coronavirus

A la question « pourquoi des candidats prodémocratie ont-ils été disqualifiés à la veille du report », Carrie Lam a répondu qu’en raison du caractère « sensible » de la décision, les agents électoraux n’étaient pas informés. C’est sensible, en même temps l’opposition semble sonnée. Comment comptez-vous continuer à défendre vos idées ?

Beaucoup de gens se posent la question et, pour être honnête, nous n’avons pas encore la réponse. Tout simplement parce que tous nos combats passés ont été fait autour de l’idée que Hong Kong répondait au modèle « un pays, deux systèmes » et que notre société était basée sur le respect de la loi et des droits humains.

Mais aujourd’hui, et chaque jour le prouve un peu plus, nous avons des tonnes de signes qui montrent que ce modèle n’existe plus. Et quand nous voyons les militants interdits de participer aux élections et poursuivis en justice, on se demande où est la ligne rouge que nous ne pouvons pas franchir. Et on ne peut pas répondre, car il y a tellement de lignes rouges aujourd’hui et elles ne cessent de bouger. Donc nous n’avons plus aucune garantie, et cela quoi que nous fassions, de ne pas avoir de problèmes.

Avec la loi sur la sécurité nationale, nous avons fini de perdre nos certitudes. A moins que vous ne restiez dans votre coin à ne rien faire, vous ne pouvez pas échapper au risque d’avoir des problèmes. C’est le cas par exemple si vous faites campagne. Donc la question que nous nous posons est : « Quel prix sommes-nous prêts à payer pour nos engagements ? »        

Quel prix est disposé à payer le camp prodémocratie aujourd’hui à Hong Kong ?

Tout dépend des personnes. Chacun a une réponse différente, surtout ces trois dernières semaines. Prenez par exemple les primaires organisées dans le camp démocrate. Des professeurs, des politiques ont applaudi le fait que l’on puisse offrir aux Hong-Kongais une primaire. La campagne des primaires a été un succès. Des centaines de milliers de personnes se sont déplacées pour voter et donner un mandat à leur candidat pour remporter la majorité des suffrages. Mais aussitôt, le gouvernement hong-kongais et Pékin ont dénoncé ces primaires. Donc même le fait de faire campagne pour des primaires peut à leurs yeux être considéré comme illégal. Des activistes, des politiques et des universitaires ont donc dû dire qu’ils quittaient la campagne. La majorité des gens sont plus prudents, même si certains vont continuer à défier les lignes rouges. Mais globalement, les moyens d’actions se réduisent de jour en jour.

Quel est votre sentiment par rapport à ce rétrécissement des moyens d’actions et à l’augmentation des risques ? Allez-vous continuer à défendre vos idées ?

Tous les jours quand je lis les nouvelles, je suis horrifiée. En même temps, quand on aime cette ville, quand on voit sa maison brûler, on n’a pas d’autres choix que d’essayer de sauver ce qu’il y a à sauver. Si vous voulez mener une campagne qui ait un impact, forcément cela risque de vous mettre en danger. Et pour ma part, je ne veux pas, pour moi-même comme pour mes camarades activistes, prendre le risque de passer plusieurs années derrière les barreaux. Dans le même temps, je pense que nous devons au moins essayer de faire bouger les choses et continuer à espérer qu’à la fin cela permette d’obtenir la démocratie et le respect des règlements tels que promis dans la loi fondamentale.

Mais je vous l'ai dit, Hong Kong devient la Chine. C’est triste pour les Hong-Kongais, mais aussi pour les Chinois du continent. Hong Kong a en effet toujours été, depuis 1989, un bouclier pour des journalistes qui faisaient une excellente couverture de la Chine, ainsi que pour les activistes chinois. Aujourd’hui, le bouclier a disparu !

Comme Hong Kong ressemble de plus en plus à la Chine, nous devons prendre exemple sur les défenseurs des libertés sur le continent. Ces derniers prennent des risques considérables pour accomplir des choses dans le tout petit espace qui leur est concédé. Ce sont de véritables héros. Je pense par exemple à Liu Xiaobo (prix Nobel de la Paix décédé en prison, ndlr), ou aujourd’hui à Xu Zhangrun (professeur de droit constitutionnel limogé par l’université Tsinghua, ndlr). Ils ont continué à parler, à défendre leurs idées pendant des années, même dans des limites très étroites. Maintenant que nous vivons des situations semblables, nous devons nous inspirer de leur exemple et faire la même chose.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.