Afghanistan: attaque d'envergure contre une prison dans l’est du pays

Des policiers afghans à Jalalabad, le 26 septembre 2019 (image d'illustration).
Des policiers afghans à Jalalabad, le 26 septembre 2019 (image d'illustration). REUTERS/Parwiz

Des combattants de l'Etat islamique ont lancé dimanche 2 août une attaque d'envergure contre une prison de l'est de l'Afghanistan, aux dernières heures d'une trêve de trois jours globalement respectée entre les Talibans et les forces afghanes, sur fond d'espoir de pourparlers de paix. L'attaque a fait au moins 20 morts, dont des civils et des prisonniers, ont annoncé les autorités locales lundi 3 août au matin, alors qu'elle était toujours en cours.

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Dimanche soir, après avoir fait exploser un véhicule des hommes armés ont pris d'assaut la prison de Jalalabad, où sont détenus de nombreux talibans et membres du groupe Etat islamique (EI). L'assaut a fait au moins 20 morts, dont des civils et des prisonniers, selon Zaher Adel, porte-parole de l'hôpital provincial. Un porte-parole du gouverneur de la province a de son côté fait état de 21 morts.

Dans un communiqué publié par son agence de propagande Amaq, l'EI a revendiqué l'attaque. Les jihadistes de l'Etat islamique n'étaient pas partie prenante de la trêve entre talibans et forces de sécurité.

« Les combats continuent » et « un certain nombre » d'assaillants « ont pris position sur un marché près de la prison et affrontent les forces de sécurité », a expliqué à l'AFP Attaullah Khogyani, porte-parole des autorités de la province de Nangarhar, dont Jalalabad est la capitale, assurant que les forces gouvernementales « contrôlent la situation ».

Un porte-parole des talibans Zabihullah Mujahid a nié toute responsabilité du groupe dans cette opération. « Nos moujahidines ne sont pas encore autorisés à mener des attaques », a-t-il assuré à l'AFP, à quelques heures de la fin d'une trêve de trois jours, décrétée jusqu'à dimanche à minuit (19h30 GMT) à l'occasion des festivités musulmanes de l'Aïd al-Adha.

Selon un haut responsable sécuritaire afghan ayant requis l'anonymat, certains assaillants ont réussi à prendre position dans l'un des miradors, et empêchent les forces de sécurité d'entrer dans l'enceinte de la prison.

Un nombre - variable, selon les sources - de prisonniers sont parvenus à s'échapper dont certains ont été repris. « Environ 100 prisonniers, probablement plus, ont tenté de s'échapper de la prison » mais la plupart ont été rattrapés, a assuré Tareq Aziz, porte-parole de la police du Nangarhar.

Une autre source sécuritaire s'exprimant sous le couvert de l'anonymat a elle dénombré « au moins 300 » détenus évadés, estimant qu'environ les deux-tiers avaient été à nouveau capturés. Selon cette source les assaillants ont distribué des armes à des prisonniers.

Même revendiquée par l'EI, cette attaque sanglante a de fait interrompu trois jours de calme relatif à travers le pays, les autorités n'ayant fait état d'aucun heurt majeur depuis le début vendredi de la trêve, troisième pause seulement en 20 ans de combats entre talibans et forces afghanes.

« Cet Aïd semble différent, les parcs sont remplis de gens (...), vous oubliez presque qu'il y a une guerre dans ce pays depuis 40 ans », avait expliqué dimanche à l'AFP Shahpoor Shadab, un habitant de Jalalabad, la grande ville de l'Est du pays.

Avant l'attaque, Sediq Sediqqi, porte-parole du président afghan Ashraf Ghani, avait émis le voeu d'une prolongation du cessez-le-feu au-delà de dimanche. « Nous espérons que les talibans ne vont pas reprendre les violences » après la fin de la trêve, avait-il déclaré.

Le respect de la trêve a aussi fait espérer une avancée dans le timide processus de paix récemment entamé. Le président Ghani et les insurgés ont laissé entendre que des pourparlers sans cesse repoussés entre gouvernement et talibans pourraient débuter après l'Aïd.

Les autorités afghanes ont libéré depuis vendredi 300 détenus talibans supplémentaires, portant leur total à plus de 4 900 dans le cadre d'un échange de prisonniers considéré par les talibans comme un préalable à toute négociation de paix avec Kaboul, qui refuse toujours d'en libérer des centaines d'autres considérés comme trop dangereux par le président afghan.

(Avec AFP)


Quelques mois après la signature de l'accord de Doha entre les talibans et les Américains, le Conseil de sécurité nationale annonce par ailleurs la libération de 300 prisonniers talibans supplémentaires. Il s'agit d'un des points de l'accord de Doha, un préalable à l'ouverture des négociations entre les insurgés et Kaboul. Mais le chercheur associé à l'IRIS, Karim Pakzad, estime que le gouvernement afghan ne répond pas pleinement aux attentes.

Karim Pakzad

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