Accéder au contenu principal

Les «Abenomics», un plan de relance aux résultats contrastés pour l’économie japonaise

Employé de l'usine Mitsubishi de Kawasaki, au Japon, portant une visière et un masque de protection (photo d'illustration).
Employé de l'usine Mitsubishi de Kawasaki, au Japon, portant une visière et un masque de protection (photo d'illustration). REUTERS/Issei Kato
Texte par : Patricia Lecompte
4 mn

La démission du Premier ministre japonais, pour des raisons de santé, provoque un coup de tonnerre au Japon. Durant ses huit années au pouvoir, Shinzo Abe a marqué son empreinte par sa politique économique. Pour mettre fin à la spirale déflationniste dans laquelle se trouvait l’économie nippone depuis 20 ans, il a mis en œuvre une politique de relance novatrice baptisée « Abenomics ».

Publicité

« Abenomics »est la contraction du nom du Premier ministre Abe et de « nomics » pour économie. Le terme résume le programme de relance économique de Shinzo Abe qui se compose de trois flèches. La première vise une politique budgétaire généreuse, la deuxième une politique monétaire extrêmement souple, et la troisième des réformes structurelles. Les trois flèches forment l’édifice imaginé par Shinzo Abe, mais qui ne peut réellement fonctionner que si elles sont toutes lancées.

En matière de politique monétaire, Shinzo Abe a réclamé un assouplissement. Après avoir passé un accord avec la Banque centrale japonaise, le Premier ministre a augmenté la masse monétaire, ce qui a permis de faire baisser le coût du crédit, donc de relancer l’activité des entreprises et la consommation des ménages. Par voie de conséquence, cela a eu l’effet de faire baisser le yen et de rendre les entreprises nippones plus compétitives à l’international. En revanche, cela n’a pas permis d’atteindre l’objectif du Premier ministre qui était une inflation a 2%.

Un plan de relance d’une ampleur inédite

Avec sa second flèche, Shinzo Abe s’attaque à la politique budgétaire en initiant un plan de relance d’une ampleur inédite. Depuis 2013, 175 milliards d’euros, soit 3% du PIB, ont été injectés dans l’économie. Le gouvernement a lancé de grands chantiers publics pour moderniser les infrastructures du pays, avec en toile de fond la perspective des Jeux olympiques de Tokyo 2020.

► À lire aussi : Japon: le Premier ministre Shinzo Abe démissionne pour raisons de santé

Le plan de relance comportait également des aides fiscales à l’achat immobilier, apportait des soutiens aux PME afin de relancer la consommation intérieure. Ces mesures ont dynamisé les investissements du secteur privé, conforté les marchés financiers et immobiliers, soutenu la croissance sans pour autant enrayer une contraction de l’économie. Là encore le résultat est mitigé : en raison du déclin démographique et d’une culture de l’épargne, la consommation intérieure n’a jamais vraiment décollé. Ce plan d’aide n’aura pas permis au pays d’éviter de plonger dans la récession cette année.

Un bilan global en demi-teinte

Reste la troisième flèche, celle des réformes structurelles, censées relancer la croissance à long terme et réformer le marché du travail, qui fonctionne encore sur le modèle du boom économique de l’après-guerre, avec des emplois garantis à vie dans les grandes entreprises et des services publics en sureffectif. Certes il y a eu des améliorations comme la hausse du taux d’activité des femmes et des séniors, ou le recours aux travailleurs étrangers, mais cela n’a pas été suffisant pour augmenter la productivité du travail. Le Premier ministre a aussi échoué à déréguler les marchés de la santé, de l’agriculture ou de l’énergie.

Si les deux premières flèches ont bien été lancées, la troisième n’est toujours pas décochée en raison notamment de la puissance de certains lobbies. Faute de n’avoir pas réussi à mettre en œuvre des réformes structurelles de grande ampleur, le bilan de la politique de relance économique de Shinzo Abe s’avère contrasté.

La dette publique du Japon n’a cessé d’augmenter - elle est proche des 250% du PIB - et la pandémie de coronavirus risque non seulement de balayer sur son passage les succès obtenus mais, en plus, de mettre en lumière la fragilité du secteur privé et le retard numérique des services publics.

►À lire aussi : Les Japonais déçus par les «Abenomics»

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.