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Loi sur la sécurité nationale et Covid-19: les universités sous tension à Hong Kong

Des manifestants se sont mobilisés le 2 septembre 2019 à l'occasion de la rentrée universitaire hongkongaise.
Des manifestants se sont mobilisés le 2 septembre 2019 à l'occasion de la rentrée universitaire hongkongaise. REUTERS/Kai Pfaffenbach
7 mn

Entre le Covid-19 et la loi sur la sécurité nationale renforçant la mainmise de Pékin sur Hong Kong, la rentrée des classes début septembre s'annonce d'ores et déjà difficile.

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La rentrée de septembre s’annonce difficile pour les universités hongkongaises. Comme dans de nombreux pays, les universités doivent composer leur rentrée avec les restrictions sanitaires liées à la pandémie de Covid-19. Mais surtout, la loi sur la sécurité nationale, promulguée le 30 juin dernier, fait craindre un recul inédit des libertés d’expression et académique dans les lieux d’enseignement de la région semi-autonome. Des libertés censées être garanties jusqu’en 2047 par l’accord de rétrocession de l'ex-colonie britannique à la Chine.

« On va voir ce qu’il va se passer mais évidemment il y a une pression très forte exercée sur les universités », commente Jean-Philippe Béja, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de la Chine. Depuis l’été, les premiers signaux envoyés par le gouvernement hongkongais sont loin d’être rassurants pour le monde académique. Le licenciement, fin juillet, de Benny Tai, un spécialiste du droit constitutionnel qui enseignait depuis 1991 à l’Université de Hong Kong, illustre parfaitement la menace que représente la loi sur la sécurité nationale pour les universitaires.

La veille, c’est Shiu Ka-chun, également universitaire et l’un des leaders du mouvement des parapluies, tout comme Benny Tai, qui a perdu sa place au sein de l’Université Baptiste de Hong Kong. Tous deux se sont vus déchus de leur fonction pour leur appartenance au mouvement de contestation à l’encontre de Pékin. Défenseur invétéré de la non-violence, Benny Tai a également été l’un des organisateurs des primaires prodémocrates.

« Lavage de cerveaux »

Le regard du parti communiste chinois est d’autant plus tourné vers les universités du fait de l’énorme mobilisation étudiante qui a élargi les rangs du mouvement pro-démocratie. Les manifestations monstres qui ont rythmé plus d’une année durant la province régie par le principe « un pays, deux systèmes » ont ravivé les velléités de souveraineté sur Hong Kong du pouvoir chinois. « Les autorités sont évidemment très inquiètes de la jeunesse qui a été très active pendant toute l’année 2019 », explique le sinologue qui a travaillé plusieurs années à Hong Kong.

Une inquiétude qui risque de se traduire par un contrôle accru de l’opinion des jeunes et des étudiants, « y compris sur les organisations étudiantes. Il y a des syndicats étudiants totalement autonomes à Hong Kong qui seront victimes sans aucun doute des pressions à la fois des autorités universitaires et des autorités politiques », détaille Jean-Philippe Béja. Plusieurs étudiants ont d’ores et déjà été arrêtés cet été à cause de leur participation au mouvement pro-démocratie, au nom de la loi sur la sécurité nationale.

Une manifestation du mouvement pro-démocratie le 4 octobre 2019 à Hong Kong.
Une manifestation du mouvement pro-démocratie le 4 octobre 2019 à Hong Kong. REUTERS/Jorge Silva

Dispensés dans les lycées pour forger l’esprit critique des jeunes Hongkongais, les cours de culture général, « Liberal Studies », se sont vus également remodelés par les autorités pro-Pékin de Hong Kong. Le 20 août, plusieurs médias ont rapporté que les éditeurs hongkongais avaient été priés de retirer certains contenus « sensibles » des manuels. Ainsi, la notion de « désobéissance civile », des photos de certains slogans du mouvement de contestation pro-démocratie ainsi que les noms de partis politiques ont disparus des ouvrages. Des « corrections » qui permettront aux étudiants de « développer des valeurs positives », selon le gouvernement.

Dès le plus jeune âge, les autorités pro-Pékin souhaitent donc éteindre les ambitions politiques contestataires. « Dans les lycées, la pression est encore plus forte pour interdire aux jeunes de faire de la politique », en conclut Jean-Philippe Béja. Dans l'expression « faire de la politique », il faut entendre : « émettre des opinions critiques envers le gouvernement », précise-t-il. Car à l’inverse, « le lavage de cerveaux » est totalement encouragé.

Crainte de l’autocensure

La proximité de Hong Kong, et surtout son statut, vis-à-vis de la Chine, ont permis aux universités hongkongaises d'offrir aux chercheurs le lieu idéal pour étudier la région librement. Elles ont ainsi bénéficié d’un collège d’experts internationaux faisant briller le monde académique de la région. Une position aujourd’hui très fragilisée.

Le retrait de certains livres décriés par Pékin des bibliothèques hongkongaises et l’ordre donné par le gouvernement de retirer des écoles des livres qui pourraient violer la loi sur la sécurité nationale sont des signes avant-coureur d’une censure qui pourrait toucher les chercheurs hongkongais. « À partir du moment où il y a des demandes de projet de recherche qui sont considérés comme sensibles par le gouvernement et par Pékin, il faudra voir si ces projets sont acceptés par l’organisme qui délivre les bourses de recherche », alerte Jean-Philippe Béja.

La crainte d’une autocensure des universitaires, qui ont peur d’enfreindre la loi sur la sécurité nationale, se propage. Notamment dans les les sciences sociales et politiques ou l’étude de l’histoire contemporaine chinoise, les domaines les plus sensibles vis-à-vis des autorités chinoises.

Appel du pied

Dans ce contexte d’incertitudes sanitaires et politiques, les universités hongkongaises, dont plusieurs figurent au prestigieux classement de Shanghaï, multiplient les appels du pied aux étudiants. L’Université de Hong Kong par exemple a lancé deux nouveaux programmes qui ont débuté en août 2020. Elle cherche ainsi à retenir les étudiants dont le départ à l’étranger se complique, ou inversement à attirer de nouveaux étudiants étrangers qui pourraient être devenus réticents à l’idée de s’installer à Hong Kong. D'une manière générale, la rentrée des classes aura lieu en ligne cette année, Covid-19 oblige.

Si la liberté académique hongkongaise se retrouve aujourd’hui menacée, sa fin est loin d’être annoncée. « Une partie des enseignants de Hong Kong sont bien décidés à parler librement », rappelle Jean-Philippe Béja. En témoigne la forte mobilisation – via des manifestations, prises de paroles fortes ou des pétitions – du corps enseignant suite aux licenciements des universitaires pro-démocratie.

Dès 2012, les Hongkongais manifestaient pour la protection de leur liberté académique et contre l'introduction de cours d'« éducation morale et nationale » s'inspirant d'un manuel intitulé Le Modèle chinois. Même si le poids de Pékin est de plus en plus lourd sur la région semi-autonome, le mouvement pro-démocratie ne devrait donc pas abandonner sa lutte de sitôt. L’attachement aux libertés hongkongaises s’est bâti sur de solides fondations.

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