Afghanistan: ouverture de pourparlers historiques entre les talibans et le gouvernement

Kaboul avait déjà libéré quelque 5 000 prisonniers talibans, comme à la prison Pul-e-Charkhi, à Kaboul, le 13 août 2020.
Kaboul avait déjà libéré quelque 5 000 prisonniers talibans, comme à la prison Pul-e-Charkhi, à Kaboul, le 13 août 2020. National Security Council of Afghanistan/Handout via REUTERS
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Le gouvernement afghan et les talibans entament ce samedi 12 septembre, à Doha, la capitale du Qatar, des négociations de paix historiques, en présence du secrétaire d'État américain Mike Pompeo. Les discussions s'annoncent laborieuses en raison des profondes divergences entre les deux belligérants.

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Ces pourparlers ont été retardés de six mois en raison de désaccords profonds sur un échange de prisonniers controversé entre rebelles et gouvernement. Ils interviennent au lendemain du 19e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, qui ont entraîné l'intervention internationale menée par les États-Unis ayant chassé les talibans du pouvoir en Afghanistan.

Les deux camps doivent trouver un moyen « de faire aller le pays de l'avant pour réduire les violences et accéder aux demandes des Afghans : un pays réconcilié avec un gouvernement qui reflète une nation qui n'est pas en guerre », a déclaré Mike Pompeo, à la veille de ces pourparlers.

Le secrétaire d'État doit participer à l'ouverture des négociations et est attendu plus tard ce samedi à Chypre. Le président américain Donald Trump, dont la réélection en novembre est incertaine, est lui déterminé à mettre fin coûte que coûte à la plus longue guerre de l'histoire des États-Unis. Mais un règlement rapide du conflit semble peu probable et la durée des négociations n'est pas connue.

Des objectifs inconciliables

Les talibans ont réitéré leur volonté d'instaurer un système dans lequel la loi serait dictée par un islam rigoriste. Ils ne reconnaissent pas le gouvernement de Kaboul, qualifié de « marionnette » de Washington. Le gouvernement du président Ashraf Ghani insiste de son côté pour maintenir la jeune République et sa Constitution, qui a consacré de nombreux droits, notamment pour les minorités religieuses et les femmes qui seraient les grandes perdantes d'un retour aux pratiques en vigueur sous le joug des talibans.

La question de l'échange de prisonniers, quelque 5 000 talibans, parmi lesquels des français, contre un millier de membres des forces afghanes, prévu par un accord historique entre les talibans et les États-Unis en février à Doha, avait constitué un premier obstacle, retardant les négociations. Après hésitation, les autorités afghanes ont fini par relâcher les 400 derniers insurgés.

Plusieurs pays, dont la France et l'Australie, avaient protesté contre leur libération. L'émissaire des États-Unis pour l'Afghanistan, Zalmay Khalilzad, a justifié vendredi 11 septembre depuis Doha ces libérations, affirmant que c'était « une décision afghane difficile mais nécessaire pour ouvrir les négociations ».

Les talibans en position de force

Les talibans sont toutefois en position de force depuis la signature de l'accord avec les Étas-Unis qui prévoit un retrait des troupes américaines et la tenue de ce dialogue interafghan.

Le Qatar s'est discrètement efforcé de mener une médiation, compliquée par la poursuite des violences en Afghanistan et la pandémie de Covid-19. Le négociateur en chef qatari, Mutlaq al-Qahtani, a toutefois mis en avant, jeudi 10 septembre, le «  pouvoir de la diplomatie ».

Le gouvernement afghan appelle à un « cessez-le-feu humanitaire »

Dès l’ouverture de ces pourparlers, le négociateur en chef du gouvernement afghan, Abdullah Abdullah, a appelé à un « cessez-le-feu humanitaire » avec les talibans. « Nous devons mettre fin à la violence et convenir d'un cessez-le-feu le plus rapidement possible. Nous voulons un cessez-le-feu humanitaire », a déclaré Abdullah Abdullah, un ancien ministre qui préside le Haut Conseil pour la réconciliation nationale.

De son côté, le négociateur des talibans a réitéré la demande de son groupe pour un « système islamique » en Afghanistan. « Je veux que tout le monde tienne compte de l'islam dans les négociations et accords et que l'islam ne soit pas sacrifié à des intérêts personnels », a déclaré Abdul Ghani Baradar, le chef politique des insurgés afghans.

Le secrétaire d'Etat américain, Mike Pompeo a exhorté le gouvernement afghan et les talibans à « saisir l'occasion » de faire la paix. « Nous allons sans aucun doute relever de nombreux défis dans les pourparlers dans les prochains jours, semaines et mois. N'oubliez pas que vous agissez non seulement pour cette génération d'Afghans mais aussi pour les générations futures, pour vos enfants et vos petits-enfants », a déclaré Mike Pompeo lors de la cérémonie d'ouverture.

Le chef de l’Otan, Jens Stoltenberg a, quant à lui, salué le début des pourparlers comme une « opportunité historique ». « L'Otan est aux côtés de l'Afghanistan pour préserver les acquis et faire en sorte que le pays ne devienne plus jamais un refuge pour les terroristes », a-t-il, déclaré sur son compte Twitter.

Le conflit afghan a tué des dizaines de milliers de personnes, dont 2 400 soldats américains, poussé des millions d'autres à fuir, et coûté plus de mille milliards de dollars à Washington. Beaucoup d'Afghans craignent le retour au pouvoir partiel ou total des talibans, qui accueillaient le réseau jihadiste Al-Qaïda avant le 11 septembre 2001.

(Avec AFP)

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