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Comment les Calédoniens réagissent-ils à la fermeture des frontières jusqu'en mars 2021?

Il faut maintenant justifier sa venue auprès du gouvernement et des compagnies aériennes pour pouvoir se rendre à Nouméa.
Il faut maintenant justifier sa venue auprès du gouvernement et des compagnies aériennes pour pouvoir se rendre à Nouméa. CC/Wikimedia
7 mn

Le 1er septembre dernier, le gouvernement de Nouvelle-Calédonie a annoncé la prolongation de la quatorzaine et la suspension de la majorité des vols internationaux vers l'archipel jusqu'au 27 mars 2021. Des mesures drastiques, mais plutôt bien vécues par les Calédoniens, qui reconnaissent l'efficacité de la gestion de la crise par le gouvernement, malgré son impact sur l'économie locale.

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« Nous sommes un petit village gaulois qui résiste. Nous avons la responsabilité de maintenir cette situation favorable » a déclaré Thierry Santa, le président du gouvernement calédonien, en annonçant le 1er septembre 2020 la prolongation de la suspension de la majorité des vols internationaux vers son territoire ainsi que celle des mesures de quatorzaine pour tous les arrivants jusqu'au 27 mars 2021.

L’archipel du Pacifique sud n’a enregistré à ce jour que 26 cas de contamination au coronavirus. Par cette mise sous cloche, l'exécutif entend préserver cette situation et éviter la propagation de l'épidémie sur son territoire.

Les voyageurs se rendant à Nouméa doivent ainsi passer 14 jours d’isolement à l’hôtel pour s’assurer qu’ils ne sont pas porteurs du Covid-19. Le gouvernement calédonien tient d’ailleurs un compte quotidien des cas et des personnes placées en quatorzaine sur son compte Facebook. Une mesure stricte pour certains et justifiée pour d’autres, malgré son poids sur l’économie locale.

« C’est une catastrophe » : pour cet employé d’une entreprise de plongée de la région de Nouméa, les mesures prises par le gouvernement calédonien sont « surréalistes ». L’activité de l’entreprise a chuté de près de 70 % pendant les mois d’été, qui comptent normalement parmi les plus touristiques. Les familles métropolitaines comme les touristes japonais, australiens ou encore néo-zélandais qui viennent habituellement découvrir la barrière de corail sont aux abonnés absents.

Un motif « impérieux » pour se rendre en Nouvelle-Calédonie

Il faut en effet justifier d’un « motif impérieux » pour obtenir une place sur un vol desservant la Nouvelle-Calédonie. Et le tourisme n’en fait évidemment pas partie. Thierry Santa, le président du gouvernement de l’île, a ainsi déclaré : « Nous sommes toujours dans une situation de crise. Il est de notre devoir de préserver la situation favorable de la Nouvelle-Calédonie. C’est pourquoi j’en appelle à la responsabilité et au civisme de chacun pour comprendre qu’il n’est pas question de reprendre les voyages d’agrément. »

Pour ne pas saturer les capacités d’accueil en quatorzaine hôtelière, les vols ont été réduits à trois par semaine, deux arrivant de Sydney et un en provenance de Paris via Tokyo. Le cahier de réservation est déjà complet jusqu’au mois de décembre, d’après un document mis en ligne par Aircalin, la principale compagnie aérienne calédonienne. Une liaison sans quatorzaine est également maintenue avec Wallis-et-Futuna, la seule collectivité d'Outre-mer ne connaissant aucun cas de Covid-19.

Et les conséquences ne se font pas attendre. « On va entrer dans la période hivernale, se lamente le plongeur. Je ne sais pas comment on va pouvoir tenir les prochains mois, j’ai l’impression d’être sous cloche. »

Des aides financières pour soutenir les entreprises

Le gouvernement calédonien a pourtant mis en place des aides financières à destination des entreprises touchées par ces mesures de protection. Financées par un prêt de 28,5 milliards de CFP, soit environ 240 millions d’euros, octroyé par l’Agence française de développement (AFD) et garanti par l’État français, elles peuvent être réclamées par les entreprises en fonction de leur taille et de leur situation.

Plombier-électricien à Nouméa, Julien a été surpris par l’efficacité de la prise en charge dont il a bénéficié : « Le gouvernement a été très rapide. En à peine 15 jours, j’ai touché une aide qui m’a permis de tenir à un moment où mon activité déclinait. » Pour lui, la fermeture des frontières de Nouvelle-Calédonie se révèle avantageuse : « les Calédoniens qui avaient prévu de partir en voyage reportent leur budget sur l’aménagement de leur habitat. Je n’ai jamais eu autant de commandes ! », se réjouit-il.

Tous les secteurs d’activité ne pâtissent donc pas de la même façon de la fermeture de l’île. Mais celle-ci bouleverse tout de même les plans de nombre d’habitants. Zoé Rogala avait prévu d’épouser son compagnon brésilien en organisant une grande cérémonie en Nouvelle-Calédonie : « On pensait inviter 90 personnes, venues du Brésil, de France, du Japon, de Nouvelle-Zélande et d’Australie. C’est devenu impossible, mais nous maintenons finalement une cérémonie plus modeste. Et nous ferons la fête au Brésil l’an prochain ! » espère-t-elle.

L’exemple-repoussoir de la Polynésie

La population semble accepter la décision du gouvernement, jugée légitime. L’exemple voisin de la Polynésie agite les esprits : miroir inversé de la Nouvelle-Calédonie, la collectivité d’Outre-mer adécidé de rouvrir ses frontières et de privilégier le tourisme face à l’épidémie. Résultat : si l’économie se maintient, les cas de Covid-19 explosent sur l’archipel, qui déplore son premier décès lié au virus.

« Quand on voit la trajectoire de la Polynésie, analyse Marie Chaumont, élève infirmière calédonienne en métropole, on ne peut pas contredire le gouvernement calédonien. En tant qu’étudiante infirmière, je ne peux que me réjouir de cette mesure, qui a protégé les anciens et les populations à risque. »

Et tant pis, si comme de nombreux autres Calédoniens et expatriés, elle a dû sacrifier deux semaines de vacances, passées en quatorzaine. « J’en garde une bonne impression, se souvient Alexia Bellucci, expatriée fraîchement installée sur l’archipel. Les repas étaient bons et les chambres spacieuses. Et tout était gratuit. »

300 chambres d’hôtel réquisitionnées par le gouvernement

Le gouvernement calédonien a en effet réquisitionné 300 chambres d’hôtel pour assurer la quatorzaine sur l’île, et prend en charge le séjour et la nourriture des personnes confinées pendant cette période. « Le personnel de l’hôtel a tout fait pour nous mettre à l’aise. Grâce à eux, ce nouveau confinement n’était pas anxiogène », ajoute Michel Ferrand, sortit de quatorzaine la semaine dernière.

Olivier Hamel est cuisinier à l’hôtel du Château Royal, réquisitionné par le gouvernement depuis déjà cinq mois pour accueillir les confinés. Il prépare environ 80 barquettes-repas trois fois par jour pour approvisionner les reclus. Grâce à cela, l’équipe du restaurant a repris le travail à temps complet. « Cette réquisition est finalement une vraie chance pour nous, confie-t-il. Contrairement à beaucoup d'autres, l’hôtel continue de tourner, même si nous ne faisons pas de bénéfice. » La direction de l’établissement vient d’annoncer à ses employés le prolongement de la réquisition.

Et ils accueilleront, dès la mi-septembre, de nombreux observateurs internationaux. Venus pour assister au référendum d'autodétermination, qui aura lieu le 4 octobre 2020, ils devront, eux aussi, passer la quatorzaine.

► À lire aussi : Un cas de coronavirus confirmé à bord d’un bateau de croisière en Polynésie française.

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