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Covid-19: la diplomatie du vaccin de Pékin en Asie du Sud-Est

Face à la pandémie de Covid-19, la course au vaccin est lancée.
Face à la pandémie de Covid-19, la course au vaccin est lancée. ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP

Il n’a pas fallu attendre longtemps après la découverte du coronavirus pour que la course au vaccin soit lancée. Devenue de plus en plus géopolitique, elle est désormais un nouveau terrain de rivalité entre la Chine et les États-Unis, particulièrement visible en Asie du Sud-Est.

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De notre correspondante régionale à Kualu Lumpur

C’est une visite qui pourrait sembler anodine, si la situation ne l'était pas. Le ministre des Affaires étrangères chinois s’est rendu cette semaine à Kuala Lumpur pour s’entretenir avec son homologue malaisien. Si les deux hommes ont pu discuter et réaffirmer les liens économiques et politiques qui unissent les deux pays, l’annonce la plus importante était sans doute ailleurs: la Chine s’est engagée à donner la priorité à la Malaisie, lorsque ses travaux de recherches de vaccins contre le Covid-19 aboutiront. 

À lire: Coronavirus: la Chine teste des vaccins sur des personnes à risque

Une priorité qui n’est pas non plus une exclusivité, car la Malaisie n’est pas le premier pays à pouvoir se flatter de ce qui est présenté comme une faveur chinoise. Le chef du politburo chinois faisait une promesse similaire à Rangoon en Birmanie fin septembre. Mi-août en Indonésie, un échange de bons procédés était acté: le pays le plus peuplé d’Asie du Sud-Est acceptait notamment de faire office de cobaye avec une série de tests sur l’homme réalisés en Indonésie en échange de la formule d’un des vaccins chinois. Avant cela, aux Philippines le président Duterte demandait dès fin juillet à la Chine de l’aide, et plus concrètement un accès prioritaire au vaccin contre le coronavirus lorsqu’il serait disponible. 

Mais si l’on connaît aujourd’hui la détermination de la Chine, qui souhaite ardemment arriver en tête dans cette course au vaccin et ainsi rétablir sa réputation internationale, gravement mise à mal par l’apparition du coronavirus à Wuhan, son aide aux pays du Sud-Est asiatique apparaît également hautement stratégique.

Les conflits territoriaux autour de la mer de Chine 

Cette région du monde, en plus d’être, depuis plusieurs années maintenant, prise en étau entre la Chine et les États-Unis dans la guerre commerciale qui les oppose, est aussi une zone très convoitée, avec divers conflits territoriaux en mer de Chine, qui opposent Pékin à ses voisins mais aussi aux États-Unis.

Or, dans ce contexte-là, le vaccin chinois pourrait tout changer pour des pays en voie de développement pas suffisamment riches pour mener à bien leurs propres recherches de vaccin et dont les hôpitaux peinent grandement à endiguer le coronavirus.

Si les contreparties que peut attendre la Chine en échange d’un accès prioritaire au vaccin sont encore floues, et pas ouvertement explicites, il est en revanche aisé d’en deviner la nature. Sans doute économique d’abord, lorsque l’on entend le ministre des Affaires étrangères chinois se féliciter que l’Indonésie souhaite continuer à coopérer au projet chinois de route de la soie, dans les domaines du e-commerce, et de la 5G notamment, secteur où la Chine conserve de grandes difficultés à l'export.

Ou bien quand on lit par exemple le Premier ministre malaisien assurer via un post Facebook écrit après la visite diplomatique de la Chine « que les investissements chinois seront toujours les bienvenus en Malaisie ». Un point de vue qui n’a pas toujours été unanime en Malaisie. En 2018, l’ex-Premier ministre Mahathir annulait trois projets de chemins de fer et de gazoducs, qui nécessitait un endettement jugé excessif vis-à-vis de la Chine en mettant en garde Pékin contre « une nouvelle version du colonialisme ». 

Des eaux convoitées pour leurs ressources naturelles 

Mais les enjeux territoriaux de mer de Chine, où de multiples petits îlots très stratégiques, car au milieu d’eaux riches en ressources naturelles, sont convoités par les pays de la zone, semblent également refaire surface lorsqu’il est question du vaccin chinois. Ainsi par exemple, fin juillet, le président philippin lui-même prenait les devants en assurant à Pékin que les Philippines ne confrontaient pas la Chine sur ce terrain-là, juste après avoir dans le même discours demandé l’aide de Pékin pour combattre le coronavirus.

Quelques mois plus tard, le 16 octobre 2020, Manille lève le moratoire qui empêchait l’exploitation d’hydrocarbures dans la région depuis 2014, et le gouvernement philippin assure qu’il pourra désormais accélérer les discussions avec Pékin sur un projet énergétique commun.   

À lire: Les «petits» voisins de la «grande» Chine maritime

Mais tous les pays de la zone ne semblent pas prêts à laisser la détresse du coronavirus nuancer leur position vis-à-vis de la Chine. Le Vietnam, pays actuellement parmi les plus intransigeants sur la question de la mer de Chine s’est lui tourné vers la Russie. La Thaïlande est engagée auprès d’un essai de vaccin anglais, et l’Indonésie ne semble pas prête à miser sur un seul pays. La ministre indonésienne des Affaires étrangères en voyage diplomatique en Europe a ainsi annoncé à Londres avoir commandé 100 millions de doses de vaccins à un laboratoire anglais.

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