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Portrait

Jacinda Ardern, Première ministre solide et progressiste qui séduit la Nouvelle-Zélande

Jacinda Ardern, le soir de sa victoire à Auckland, le 17 octobre 2020. C'est la plus grande victoire du parti travailliste depuis 1946 en Nouvelle-Zélande.
Jacinda Ardern, le soir de sa victoire à Auckland, le 17 octobre 2020. C'est la plus grande victoire du parti travailliste depuis 1946 en Nouvelle-Zélande. AAP Image/David Rowland via REUTERS
9 mn

La Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern a été réélue triomphalement samedi 17 octobre. Une victoire éclatante qu'elle doit en partie à sa gestion des nombreuses crises traversées par le pays durant son premier mandat.

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On la disait « plus populaire à l’étranger que dans son propre pays », et pourtant. Jacinda Ardern a démenti toutes les prévisions en remportant samedi la plus grande majorité jamais obtenue en Nouvelle-Zélande depuis la réforme du système électoral en 1996. La voici donc à nouveau Première ministre pour trois ans, avec les mains exceptionnellement libres : son parti de centre-gauche, le parti travailliste, a remporté 64 sièges sur les 120 que compte le Parlement. De quoi « accélérer [la] réponse et la relance, et [commencer] demain », a-t-elle annoncé dans son discours de remerciement.

Jeune, féministe, progressiste, moderne, charismatique… Jacinda Ardern est la coqueluche de la presse internationale depuis son accession au pouvoir en 2017, et collectionne les « premières fois ».

Élevée dans la foi mormone, elle y renonce pour défendre les homosexuels, et participe publiquement à une gay-pride en 2018, devenant la première Première ministre de Nouvelle-Zélande à afficher de cette façon son soutien à la communauté LGBT+.

Féministe et moderne

Elle est également la deuxième dirigeante à accoucher en plein mandat, 28 ans après la Pakistanaise Benazir Bhutto. Une image de jeune mère qu'elle assume et dont elle sait jouer, puisqu’elle est également la première chef d’État à amener son enfant à l’Assemblée générale des Nations unies, déclarant simplement aux journalistes : « J'ai choisi d'allaiter ma fille donc il faut bien qu'elle soit là, avec moi, pour que je la garde en vie. […] J'ai décidé de combiner ma vie de mère avec ma vie professionnelle. Comme quoi, on peut faire les deux. ».

« Jacinda Ardern est en phase avec son électorat, et particulièrement avec les jeunes, développe David Camroux, chercheur franco-australien et professeur à Sciences Po. Elle incarne un féminisme moderne, proche de la vague MeToo. Son compagnon est homme au foyer, tandis qu’elle continue à travailler comme Première ministre, tout en s’occupant de leur petite fille. »

Une première coalition bancale 

Pourtant, tout n’était pas gagné pour cette jeune femme catapultée en 2017 à la tête du parti travailliste, sept semaines à peine avant les élections. Son parti est alors au plus bas dans les sondages, et elle ne parvient au pouvoir qu’en formant une coalition bancale avec le parti de droite populiste New Zealand First et les Verts – bien plus à gauche que le parti travailliste sur l’échiquier politique néo-zéladandais.

Femme de consensus, diplômée en science politique et en relations publiques, « Jacinda Ardern a une vraie capacité de communication et sait contrôler son image », analyse David Camroux.

Mais cette alliance miraculeuse lui cause aussi du tort. « On lui a longtemps reproché de n’être parvenue à rien accomplir de concret durant ses trois premières années de mandat », reprend le chercheur. Ses principales promesses de campagne, la lutte contre la pauvreté infantile, la construction de 100 000 logements sociaux et le relogement des sans-abris, sont en effet restées lettre morte jusqu’à aujourd’hui, bloquées par leNew Zealand First.

Une excellente gestion de crise 

Plus que ses réformes, c’est donc surtout de sa capacité à gérer les situations de crise que Jacinda Ardern tire sa popularité, en Nouvelle-Zélande comme à l’international. Éruption volcanique, tremblement de terre, massacre ou pandémie, la cheffe du gouvernement s’est distinguée par ses réactions rassurantes et efficaces à chaque bouleversement d’ampleur. Loin de l’image de la jeune femme sensible que les médias lui reprochaient au début de sa carrière politique, son stoïcisme et son sang-froid impressionnent, comme lors de ce tremblement de terre en plein direct télé. 

Plus tristement, les images de Jacinda Ardern voilée, serrant dans ses bras une femme musulmane après l’attentat de Christchurch, ont fait le tour du monde. « Son discours, lorsqu’elle a dit lors de la cérémonie d’hommage aux victimes musulmanes, "vous êtes nous et nous sommes vous", a énormément marqué les esprits », reprend David Camroux.

New Zealand Prime Minister Jacinda Ardern speaks to representatives of the Muslim community at Canterbury refugee centre in Christchurch, New Zealand March 16, 2019.
New Zealand Prime Minister Jacinda Ardern speaks to representatives of the Muslim community at Canterbury refugee centre in Christchurch, New Zealand March 16, 2019. New Zealand Prime Minister's Office/Handout via REUTERS.

Unanimement saluée, sa gestion de la crise suivant le pire attentat connu par la Nouvelle-Zélande depuis 1806 au cours duquel 51 musulmans ont perdu la vie, assassinés par un terroriste d’extrême droite – a su articuler empathie et fermeté.

La Première ministre fait alors preuve d’une capacité de réaction rapide : dix jours après l’attaque, l’ensemble du Parlement vote une loi interdisant la vente et la détention de fusils d'assaut et semi-automatiques. Pour faciliter sa mise en place, un système de Buy-Back est adopté, l’État rachetant les armes à la population.

25 morts du Covid-19 pour 5 millions d'habitants

Mieux encore, sa gestion de la crise du coronavirus fait figure d’exemple pour beaucoup d’autres pays. La Nouvelle-Zélande ne compte en effet que 1 900 cas de Covid-19, dont 25 morts, pour 5 millions d’habitants. Déconfiné en mai 2020, le pays a connu une nouvelle vague en août, maîtrisée en trois semaines.

« Encore une fois, Ardern a fait preuve d’une grande réactivité, analyse David Camroux. Elle a imposé un confinement très strict dès les premiers cas et a fermé les frontières. » Et cela tout en conservant un lien de confiance avec la population, dont témoigne aujourd’hui son succès à l’élection.

« Elle a fait de la pédagogie sans tomber dans le populisme », décrypte David Camroux. Durant les sept semaines de confinement, elle anime en effet des « Facebook Live » quotidiens et explique dans une langue simple l’état de la pandémie dans le pays et les mesures à suivre, sans lésiner sur l’humour et l’auto-dérision. Elle déclare ainsi, par exemple, « le lapin de Pâques et la petite souris » travailleurs essentiels pendant le confinement. 

Entre libéralisme et protectionnisme 

Transparence, pragmatisme, calme et charisme semblent ainsi caractériser son style politique. Jacinda Ardern alterne entre mesures libérales et mesures protectrices, alliant les valeurs du centre gauche à celle du centre droit, dans l’esprit du New Labour. Elle a ainsi dépénalisé l'avortement, et proposé deux référendums pour légaliser le cannabis et l’euthanasie, dont les résultats seront connus le 30 octobre.

Mais elle sait aussi se montrer protectrice. Face à la pire récession connue par la Nouvelle-Zélande depuis 1930, Ardern lance une politique volontariste de soutien des salaires, et annonce baisser ses revenus et ceux du gouvernement de 20% pendant six mois pour soutenir les plus touchés par la crise. La réduction de la semaine de travail à quatre jours et la création de nouveaux jours fériés sont également à l’étude pour relancer les secteurs du tourisme et de l’hôtellerie.

« Jacinda Ardern est de ces dirigeants qui ont l’empathie nécessaire pour dire aux gens "je suis comme vous". », reprend David Camroux. Un post viral sur les réseaux sociaux néo-zélandais montre ainsi Jacinda Ardern et son compagnon refusés à l’entrée d’un café populaire de Wellington, car il n’y avait plus de place en raison des mesures de distanciation physique. « Dans la tradition égalitariste de la Nouvelle-Zélande, le fait qu’elle soit refusée comme n’importe qui est très bien accueilli par la population », analyse le chercheur.

Une solide carrière politique 

Mais son charisme et ses qualités personnelles ne doivent pas faire oublier qu’elle est « une vraie bête politique ». Jacinda Ardern a en effet commencé sa carrière politique à l’âge de 17 ans, comme leader des jeunes travaillistes de Nouvelle-Zélande. Elle devient, à la fin de ses études, attachée parlementaire de l’ancienne Première ministre Helen Clark (au pouvoir entre 1999 et 2008), et poursuit ensuite sa carrière à Londres, comme conseillère de Tony Blair, alors au pouvoir en Angleterre. En 2008, à son retour au pays, elle entre au Parlement et devient la porte-parole chargée de la jeunesse du parti travailliste.

« Nous avons besoin d’héroïnes, conclut David Camroux. En ce moment, il n’y a pas beaucoup de femmes politiques charismatiques de gauche dans le monde. Jacinda Ardern remplit un vide. »

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