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En Malaisie, le boycott des produits français divise la classe politique

Le sénateur et vice-président du Parti islamiste malaisien (le PAS), Idris Ahmad lors de son discours devant l'ambassade de France à Kuala Lumpur le 27 octobre 2020.
Le sénateur et vice-président du Parti islamiste malaisien (le PAS), Idris Ahmad lors de son discours devant l'ambassade de France à Kuala Lumpur le 27 octobre 2020. RFI/Gabrielle Maréchaux

En Malaisie, pays où 60% de la population est musulmane, le discours prononcé par Emmanuel Macron durant l’hommage à Samuel Paty a suscité diverses réactions de la classe politique. Le parti islamiste a ainsi appelé au boycott des produits français, tandis que le ministre des Affaires religieuses a lui préféré mettre en avant les messages de paix proféré par le prophète musulman.

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De notre correspondante à Kuala Lumpur,

C’est le Parti Islamiste malaisien (PAS) qui a le premier pris la parole. Devant l’ambassade de France, les dirigeants de la troisième force politique du pays, actuellement membre de la coalition au pouvoir, ont appelé au boycott des produits français, à l’interdiction de Charlie Hebdo et à la mobilisation en ligne, coronavirus oblige, des musulmans de Malaisie sur ces questions. Sous les caméras d’une vingtaine de journalistes, les dirigeants du PAS ont ensuite posé avec dans leur main le mémorandum qu’ils ont annoncé remettre à la diplomatie française sur la question. 

Quelques instants plus tard, le Ministres des Affaires religieuses, convalescent du coronavirus, ripostait à son tour, en postant sur ses réseaux sociaux une lettre envoyée à l’Ambassadeur de France. C’est en citant le Coran, « Quiconque tuerait une personne (...) c'est comme s'il avait tué tous les hommes », qu’il commence celle-ci, en commentant ainsi ce passage du livre sacré des musulmans : « les actes terroristes et extrémistes ne sont représentatifs d’aucune religion au monde ». 

S’il se dit ensuite blessé par les caricatures du prophète, il appelle cependant rapidement à la coexistence pacifique des différentes communautés religieuses en citant différents événements de l’histoire de France, comme l’alliance franco-ottomane de 1536, pour rappeler les liens séculaires qui lient la France et différents pays musulmans, pour appuyer son propos. 

Une lettre en forme de main tendue

Sa lettre prend alors la forme d’une main tendue. Il rappelle le calendrier musulman actuel, avec la célébration imminente de la naissance du prophète pour inviter le diplomate français à connaitre en détail le message de celui-ci, en lisant par exemple le livre consacré à Mahomet qu’il joint à cette lettre, avant de conclure en incitant à la paix plus qu’au boycott : « En tant que musulmans, nous ne vengerons pas cette caricature provocatrice (...) et nous n'exprimerons pas notre mépris (...). Nous nous accrochons fermement à la parole du prophète : "Le meilleur d'entre nous  est celui qui ne fait pas de mal aux autres avec sa langue et ses mains" ».

Accompagné de tweets rappelant les liens franco-malaisien avec notamment l’installation d’une ambassade de France en Malaisie avant toute autre délégation étrangère, cette prise de position d’un Ministre affilié à aucun parti s’est succédé par celle du chef de l’opposition malaisienne, Anwar Ibrahim. Notoirement proche du président turc Recep Tayyip Erdoğan, premier dirigeant musulman à critiquer le discours d’Emmanuel Macron, l’homme politique malaisien n’a cependant pas suivi l’appel au boycott des produits français lancé par celui qu’il appelle « son ami ».

Si les mots d’Emmanuel Macron enjoignant à continuer de dessiner des caricatures sont sans doute ceux qui furent les plus repris dans les pays musulmans ces derniers jours, c’est sur un autre passage de son discours que l’homme politique malaisien s’attarde dès le début de son communiqué de presse. « La déclaration du président français Emmanuel Macron selon laquelle l'Islam est confronté à une crise dans le monde entier est choquante car elle est déraisonnable. Elle favorise l'impasse même qu'elle cherche à dénoncer. Plus important encore, elle fait du "problème" une affaire exclusivement musulmane plutôt qu'une perspective pernicieuse ancrée dans la laïcité doctrinaire française ».

Anwar Ibrahim dénonce la pensée de Macron

Si le député de l’opposition Anwar Ibrahim poursuit en se disant « en deuil » de toutes les victimes du terrorisme, et donc de Samuel Paty, il continue ensuite en dénonçant ce qu’il considère comme du simplisme dans la pensée du président Macron. « Étendre le diagnostic raisonné d'une frange radicale pour ensuite impliquer l'ensemble non seulement des communautés musulmanes du monde entier mais aussi le caractère de l'Islam lui-même est une ignorance flagrante », écrit ce dernier avant d’évoquer la Terreur qui advient en France après la Révolution Française pour rappeler « qu’aucune société, idéologie ou religion n'est à l'abri d'une brutalité bornée et d'un plongeon dans la barbarie ».

Aucun appel au boycott cependant dans le discours de l’opposant politique, qui conclut en appelant de ses voeux « un débat ouvert, une compréhension mutuelle et une lutte commune contre le mal du terrorisme ».

Si le discours du Président Macron a donc bien occupé la classe politique malaisienne une semaine après la cérémonie d’hommage à Samuel Paty, elle n’a cependant pas été grandement commenté par la societé civile jusque-là, les hashtags appelant au boycott des produits français n’étant pas présents ce mardi 27 octobre parmi les vingt plus partagés sur Twitter en Malaisie, malgré l’appel du parti islamiste à manifester en ligne sa colère contre la France.

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