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Pékin prend son temps avant de féliciter Joe Biden

Joe Biden, lorsqu'il était vice-président, triquant avec le président chinois Xi Jiping le 25 septembre 2015 à Washington (image d'illustration).
Joe Biden, lorsqu'il était vice-président, triquant avec le président chinois Xi Jiping le 25 septembre 2015 à Washington (image d'illustration). PAUL J. RICHARDS / AFP

L’élection de Joe Biden ouvre beaucoup de questions concernant la relation sino-américaine. Pour l’instant, les autorités chinoises se font discrètes et analysent une situation américaine de plus près avant d’avancer leurs pions, notamment au niveau commercial.

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de notre correspondant à Pékin,

En termes de réaction publique, le pouvoir chinois est probablement ce qui existe de plus opposé à la frénésie de tweets de Donald Trump. La spontanéité n’est pas la première qualité des dirigeants communistes et, cette fois encore, Pékin se donne le temps de la réflexion avant de communiquer sur une élection encore contestée par le président sortant aux Etats-Unis. Xi Jinping connait pourtant très bien son nouvel homologue américain. C’est lui qui l’a invité en Chine, alors qu’il n’avait pas encore été désigné officiellement à la tête du parti communiste chinois en 2011. Une rencontre de vice-président à vice-président, pendant laquelle Joe Biden avait marqué l’opinion chinoise par sa simplicité en se rendant dans un petit restaurant de la capitale où il a commandé des zha jiang mian -les nouilles de Pékin-, un plat roboratif et peu coûteux apprécié des Pékinois pressés.   

De la « Chine prospère et intégrée » au « rival stratégique » 

A la suite de la victoire de Joe Biden, les correspondants américains et hongkongais se sont précipités dans l’estaminet pékinois visité autrefois par « le vainqueur prévu de l’élection présidentielle américaine 2020 » comme le qualifie le diffuseur de la Télévision Centrale de Chine vers l’étranger. Dix ans plus tard, pas de portrait, ni de « menu Biden » dans le restaurant des vieilles nouilles de Pékin, mais le souvenir attendri de quelqu’un de « gentil et plein d’humour » selon la patronne des lieux.

Mais cet engouement d’une partie de l’opinion chinoise pour le président américain élu n’est pour l’instant pas partagé par les médias d’État. Il faut rappeler que le discours de Joe Biden a changé depuis sa première visite en Chine en 2001. Il était alors vice-président de la commission des Relations étrangères du Sénat américain. Le temps où « les Etats-Unis se félicitaient de l’émergence d’une Chine prospère et intégrée sur la scène mondiale. » rappelle le New York Times. Sauf qu’en deux décennies, l’économie chinoise talonne celle des Etats-Unis et le discours de Joe Biden a changé. « Les Etats-Unis doivent être dur avec la Chine » écrivait-il l’hiver dernier considérant Pékin désormais comme un « rival stratégique ».  

Trump s’en va, mais le trumpisme reste

La victoire de Biden aurait-elle surpris le pouvoir chinois ? C’est ce que semble croire Wu Qiang. « La question des relations de long termes avec les Etats-Unis a fait l’objet d’études, de calculs et de prévisions lors du dernier congrès du parti à Pékin , confie cet expert indépendant à Pékin, mais les autorités chinoises n’étaient pas prêtes à cette victoire du camp démocrate. Le département de la propagande a critiqué de toutes ses forces l’administration Trump et des élections perçues comme le déclin de la démocratie et de l’Amérique. Mais en réalité tous les responsables que je connais étaient persuadés que Trump allait gagner. Pékin est donc en train d’évaluer la situation. »

Un attentisme qui contraste avec des réseaux sociaux chinois qui se sont passionnés pour l’élection américaine. Le hashtag #拜登向全国发表讲话 (« Biden s’adresse à la nation ») est encore ce lundi matin encore parmi les sujets les plus recherchés sur le réseaux sina-weibo avec 116 millions de clics.

Les universitaires et les éditorialistes sont généralement moins enthousiastes, où en tous cas plus méfiants. « Biden gagne, mais le trumpisme est toujours là » écrit ainsi le professeur Liu Yi dans une tribune publiée sur le compte WeChat de l’éditeur influent Sanlian Publishing. Pour ce responsable du Département d’études marxistes de l’université normale de Shanghai la période de transition à venir s’annonce  pleine « d’incertitudes ». Un discours qui entre en raisonnance avec celui de Lian Qingchuan. « Trump s’en va, mais le trumpisme plane encore au-dessus de la maison blanche, des Etats-Unis et du monde », affirme le rédacteur en chef du Financial Times en chinois, dans un post très « cœuré » également. 

Reprise du dialogue et renégociation à la marge

Il est urgent d’attendre pour Pékin, il est aussi urgent d’être prudent. Le  terme revient régulièrement dans les commentaires et notamment dans un post de Hu Xijing dimanche soir publié sur la plateforme sina-weibo. L’éditorialiste du Global Times estime que si la Chine doit rentrer en contact avec l’équipe de Joe Biden afin d’apaiser les relations sino-amériaines, il ne fait surtout pas « irriter Trump ». Le président américain sortant « n’accepte pas la défaite » constate encore l’éditorialiste, et celui-ci pourrait exprimer sa frustration à l’extérieur notamment contre Pékin.

Il s’agit donc de « se préparer à toutes sortes de changements ». Et des changements attendus notamment en matière commerciale. La Chine espère que la victoire de Joe Biden pourra permettre à Pékin de revenir sur certains alinéas de l’accord de phase 1 conclu entre Chinois et Américains après de long mois de négociation. La Chine s’est engagé à acheter pour 200 milliards de dollars de produits américains supplémentaires. Pékin devrait parvenir à 65 % de ses objectifs d’achats de produits agricoles aux Etats-Unis d’ici à la fin de l’année. Mais pour ce qui est des questions structurelles, les négociations sont dans l’impasse. « Biden lancera tôt ou tard une renégociation de l’accord commercial, car ce dernier est irréaliste » affirme ainsi le conseiller d’état chinois Shi Yinhong, dans des propos cités par le South China Morning. Tout en sachant qu’une renégociation ne peut se faire qu’à la marge et que la position de Joe Biden est de continuer à « être dur avec la Chine ».

Pour de nombreux analystes en Chine, l’élection de Joe Biden marque le retour des Etats-Unis dans le concert des nations avec la possibilité de faire pression ensemble avec les alliés retrouvés de Washington, sur des questions telles que Hongkong, Taiwan, le Xinjiang ou les mers de Chine.

►À voir aussi : La diplomatie selon Biden: America is back?

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