Chine: le Parti communiste aurait infiltré des entreprises et des institutions étrangères

Au moins dix consulats à Shanghai emploieraient des membres du Parti communiste chinois.
Au moins dix consulats à Shanghai emploieraient des membres du Parti communiste chinois. REUTERS/Jason Lee

Près de deux millions de données concernant des membres du Parti communiste chinois (PCC) ont été extraites d’un serveur à Shanghai. Une fuite massive qui révèle que certains membres du PCC travaillent pour des entreprises et des institutions étrangères. La presse en Australie et au Royaume-Uni parle « d’infiltration » de plusieurs consulats étrangers à Shanghai.

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Avec notre correspondant à Pékin, Stéphane Lagarde

Selon The Australian, au moins dix consulats à Shanghai emploient des membres du Parti communiste chinois, certains depuis plus d’une décennie et parfois à des postes stratégiques en tant qu’experts politiques et économiques. Même constat pour le Daily Mail à Londres. « Cette fuite massive de données, affirme le quotidien conservateur britannique, montre que l’influence de Pékin s’étend désormais à presque tous les secteurs, y compris les entreprises de défense, les banques et les géants pharmaceutiques. »

Serveur à Shanghai

Au total, 1,95 million de noms auraient été extraits d’un serveur de Shanghai par un opposant chinois en 2016. La liste a atterri dans les mains de l’Alliance interparlementaire sur la Chine en septembre 2020, avant d’être confiée il y a deux mois à un consortium de trois médias australien (The Australian), belge (De Standaard), britannique (The Sunday Mail) et un éditeur suédois.

Ces révélations ne font que confirmer les inquiétudes des grandes entreprises étrangères en Chine qui, depuis quelques années, évoquent la présence croissante du parti dans leurs entités et des pressions pour que les cellules du parti y jouent un rôle dans les prises de décision.

Depuis l’arrivée au pouvoir du président Xi Jinping, le Parti travaille au renforcement de la présence et du rôle de ses 92 millions de membres à tous les échelons de la société. Selon The Telegraph, des membres du PCC figurent ainsi dans les organes de direction d’entreprises comme Boeing, la Deutsch Bank ou HSBC. Mais d’autres entreprises européennes pourraient sortir de ces « Shanghai Leaks » dans les prochains jours.

Le Parti, club d'affaires

Cette appartenance au parti est souvent inscrite sur les curriculum vitae, y compris de celles et ceux qui postulent à un poste dans une entreprise internationale. Appartenir au parti unique qui dirige la deuxième économie du monde, c’est aussi pour de nombreux étudiants entrer dans un club d’élite et ses réseaux qui facilitent les affaires, comme le décrivent Mathieu Duchâtel et Joris Zylberman dans Les Nouveaux Communistes, paru chez Armand Colin. 

Être membre du Parti communiste et travailler pour une entreprise étrangère ne veut donc pas dire être un espion, comme le laisse entendre l’Alliance interparlementaire sur la Chine, ce serait même probablement souvent le contraire. À cette partie visible de l’iceberg des candidats encartés et sorties des meilleures écoles, s’ajoutent probablement des candidats au parcours plus discret et non ouvertement affiliés à l’appareil dirigeant. Comme dans les romans de John le Carré, les agents du renseignement chinois ne portent pas leur carte du parti en bandoulière.

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