Hong Kong: Pékin intensifie sa répression avec un vaste coup de filet contre l'opposition

Les militants hongkongais pro-démocratie arretés le 6 janvier 2021 sont accusés de subversion, en lien supposé avec les primaires non officielles organisées par l'opposition démocrate en 2020. Ici le groupe de candidats à ces primaires, dont Joshua Wong (à g.), élus le 15 juillet 2020.
Les militants hongkongais pro-démocratie arretés le 6 janvier 2021 sont accusés de subversion, en lien supposé avec les primaires non officielles organisées par l'opposition démocrate en 2020. Ici le groupe de candidats à ces primaires, dont Joshua Wong (à g.), élus le 15 juillet 2020. AP - Kin Cheung
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Une cinquantaine de figures de l'opposition pro-démocratie ont été arrêtées ce mercredi 6 janvier à Hong Kong en vertu de la récente loi sur la sécurité nationale, dans le plus grand coup de filet mené à ce jour contre les détracteurs de Pékin au nom de ce texte drastique. L'Union européenne a réclamé mercredi leur «libération immédiate».

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Le gouvernement chinois a défendu ce mercredi l'arrestation d'une cinquantaine de figures de l'opposition pro-démocratie à Hong Kong, les qualifiant de « forces extérieures et individus » qui sapent la stabilité du territoire autonome et de la Chine.

Interrogée lors d'un point de presse, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying, a assuré que la liberté des Hongkongais ne serait pas affectée. Ce qui l'est, « c'est seulement la liberté de certaines forces extérieures et individus à Hong Kong, qui s'associent les uns aux autres pour tenter de saper la stabilité et la sécurité de la Chine », a affirmé la porte-parole.

Primaires des partis pro-démocratie 

Toutes ces interpellations et perquisitions qui ont eu lieu ce mercredi matin semblent liées avec l’exercice des « primaires », rapporte notre correspondante à Hong Kong, Florence de Changy. Ce scrutin non officiel  avait été organisé le 11 juillet dernier par le camp de l’opposition. Il devait préparer les élections législatives du 6 septembre - lesquelles ont depuis été reportées d'un an au prétexte de l'épidémie de Covid-19. 

Ces primaires n’avaient pas été formellement interdites. Elles s’étaient déroulées paisiblement et avaient mobilisé plus de 600 000 participants. Leur objectif était d'éviter un éparpillement des votes de l'opposition et de désigner les 35 candidats qui brigueraient ceux des sièges du Conseil législatif (Legco, le parlement local) qui sont attribués au suffrage universel. Les autres sont attribués selon un système alambiqué qui garantit presque à coup sûr la majorité au bloc pro-Pékin.

L'opposition espérait rafler les 35 sièges en question, et être ainsi pour la première fois majoritaire dans la législature, afin de constituer un contre-pouvoir réel à l'exécutif hongkongais qui est aligné sur Pékin.

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« Organiser des primaires ne peut pas être illégal »

Mais, à l’époque la cheffe de l’exécutif hongkongais Carrie Lam avait estimé que cet exercice de démocratie spontanée « pourrait être considéré comme un acte de subversion » et les personnes qui ont été interpellées ce mercredi l’ont effectivement été pour incitation à la subversion. 

Pour Ronnie Tong, qui est un ancien membre de l’opposition mais qui siège aujourd’hui au Conseil exécutif donc au gouvernement, « organiser des primaires ne peut pas être illégal », selon ces déclarations après le coup de filet. 

Cependant, le problème avec la nouvelle loi de sécurité nationale en place depuis le 30 juin, c’est qu’elle est tellement vague que tout peut devenir illégal si cela fâche Pékin. Le texte s'attaque à quatre types de crimes : la sécession, la subversion, le terrorisme et la collusion avec les forces étrangères. Il prévoit des peines de perpétuité.

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« Attaque contre » les défenseurs des « droits universels »

Ce coup de filet matinal a été rapidement condamné par Antony Blinken, l'homme choisi par le président élu américain Joe Biden pour diriger sa diplomatie et qui a dénoncé une « attaque contre ceux qui défendent courageusement les droits universels. L'administration Biden-Harris se tiendra aux côtés du peuple de Hong Kong et contre la répression de la démocratie par Pékin. »

De son côté, l'Union européenne a réclamé mercredi la «libération immédiate» des 53 figures de l'opposition pro-démocratie arrêtées, a annoncé le porte-parole du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell. « Nous appelons à la libération immédiate des personnes arrêtées (...) et nous allons réagir contre l'utilisation de la loi sur la sécurité pour étouffer les libertés politiques à Hong Kong en utilisant des sanctions, si cela est accepté par les États membres », a déclaré Peter Stano, rappelant que l'unanimité est nécessaire pour l'adoption de telles mesures.

C'est un spectre très large de la mouvance pro-démocratie qui a été visé mercredi, qu'il s'agisse d'ex-parlementaires comme James To, Andrew Wan, Lam Cheuk Ting ou Claudia Mo, ou de militants plus jeunes. Parmi ces derniers, figurent notamment Gwyneth Ho, une ancienne journaliste de 30 ans passée dans le militantisme, et Tiffany Yuen, une conseillère de district de 27 ans.

Des proches de Joshua Wong, l'un des visages les plus connus de la mouvance pro-démocratie, actuellement incarcéré, ont affirmé sur son compte Facebook que son domicile avait été perquisitionné.

Un avocat américain parmi les personnes arrêtées

La police a aussi réalisé une perquisition dans un cabinet d'avocats engagé dans la défense des droits de l'Homme. L'avocat américain John Clancey, qui travaille pour cette entreprise, a été arrêté, a appris l'AFP de sources proches du dossier. Il est le premier Américain interpellé au nom de la nouvelle loi.

L'opération de police a aussi ciblé les médias. Trois groupes de presse - Stand News, Apple Daily et Inmediahk - ont dit avoir reçu la visite de policiers.

(et avec AFP)

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