Cambodge: procès d'un important leader syndical pour «incitation aux troubles»

Des prisonniers dont le leader syndical cambodgien Rong Chhun, arrivent dans un fourgon au tribunal municipal de Phnom Penh, le 15 janvier 2021, 2021,
Des prisonniers dont le leader syndical cambodgien Rong Chhun, arrivent dans un fourgon au tribunal municipal de Phnom Penh, le 15 janvier 2021, 2021, TANG CHHIN Sothy AFP
Texte par : RFI Suivre
4 mn

Un dirigeant syndical cambodgien a comparu ce vendredi 15 janvier devant un tribunal de Phnom Penh pour « incitation aux troubles sociaux » après avoir critiqué le régime du Premier ministre Hun Sen, qui musèle toute dissidence. Ce jeudi, un autre procès, celui de 150 opposants avait repris, malgré les critiques d'organisations des droits humains qui dénoncent une procédure viciée et politiquement motivée.

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Le dirigeant de la Confédération cambodgienne des syndicats, Rong Chhun, n'avait pas retenu ses critiques. En juillet dernier, il avait accusé  le gouvernement d'avoir commis des « irrégularités » concernant la frontière du Cambodge avec le Vietnam. Résultat, avait-il dénoncé, des paysans locaux avaient perdu leurs terres.

Les leaders de l'opposition accusent de longue date le Premier ministre Hun Sen de céder du territoire au Vietnam, utilisant les différends frontaliers entre les deux pays pour canaliser le sentiment nationaliste contre son administration.

Placé en détention provisoire début août, Rong Chhun risque jusqu'à deux ans de prison s'il est reconnu coupable. Il est poursuivi pour incitation à commettre un crime ou à provoquer des troubles sociaux. Deux autres personnes, arrêtées lors de manifestations demandant sa libération et faisant face aux mêmes accusations, ont comparu à ses côtés.

« Rong Chhun a déclaré au tribunal qu'il avait "le droit d'exprimer des opinions sur les questions sociales", et a démenti avoir commis une quelconque infraction », a affirmé à l'AFP son avocat Sam Sokong.

Soutiens de Sam Rainsy

Depuis les législatives de 2018 à l'issue desquelles le parti de Hun Sen, au pouvoir depuis 36 ans, a raflé l'intégralité des sièges au Parlement, des résultats vivement contestés. Depuis, le régime multiplie les arrestations et les procédures à l'encontre de toute voix dissidente. Selon l'ONG Human Rights Watch, en 2020, le gouvernement cambodgien a emprisonné arbitrairement plus de 60 activistes, journalistes et militants de l'opposition.

Ainsi sont actuellement jugés dans la capitale 150 opposants, majoritairement liés au Parti du sauvetage national du Cambodge (PSNC). Ce mouvement avait réalisé une percée aux élections de 2013, remportant 55 sièges sur 123, avant d'être dissout quelques années plus tard par la Cour suprême du pays.

Ouvert en novembre, le procès à huis clos des 150 opposants a repris ce jeudi. Il est lié aux tentatives avortées de Sam Rainsy, co-fondateur du PSNC, en exil en France pour échapper à la prison, de retourner au Cambodge en 2019.

De nombreux accusés sont poursuivis pour avoir partagé des messages sur les réseaux sociaux soutenant sa volonté de rentrer dans le pays. Certains encourent jusqu'à trente ans de prison. Certains seront jugés en leur absence, ayant fui le royaume par crainte d'être arrêtés. Les audiences doivent se poursuivre en janvier et en mars.

« Violation des droits de mon client »

L'autre-co-fondateur du PSNC, Kem Sokha, est quant à lui poursuivi, dans une procédure séparée, pour « trahison », accusé d'avoir voulu renverser le régime. Placé en détention provisoire puis assigné à résidence, il a depuis été libéré mais ne peut pas quitter le pays. Son procès est reporté depuis mars, suscitant les critiques de son avocat et des ONG de défense des droits humains.

Les audiences de son procès qui s'est ouvert en janvier 2020 ont été reportées à cause du coronavirus. Se servir de la pandémie comme excuse est « une violation des droits de mon client », a relevé à l'AFP Chan Chen, l'un de ses avocats qui va déposer une nouvelle requête pour demander la reprise du procès.

► À lire aussi : Le procès du Cambodgien Kem Sokha, une bataille politique qui continue

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