Chine: un an après à Wuhan, Pékin entend contrôler le récit de la pandémie

Scène de l'exposition « le peuple d’abord, la vie d’abord » sur l’épidémie de Covid-19 à Wuhan, le 20 janvier 2021. Dans cette mémoire collective et ces « héros ordinaires » validés par l’état chinois, ne figurent pas d’autres lanceurs d’alerte comme le docteur Ai Fen.
Scène de l'exposition « le peuple d’abord, la vie d’abord » sur l’épidémie de Covid-19 à Wuhan, le 20 janvier 2021. Dans cette mémoire collective et ces « héros ordinaires » validés par l’état chinois, ne figurent pas d’autres lanceurs d’alerte comme le docteur Ai Fen. © RFI/Stéphane Lagarde
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Il y a un an, la ville de Wuhan était confinée. D'abord les 11 millions d’habitants, puis toute une province de 58 millions d’âmes en quarantaine stricte. Les Wuhanais ont été les premiers à subir la déferlante du Covid-19 et son lot de souffrance. Depuis octobre, une vaste exposition revient sur le confinement et le vécu des habitants. Elle met en scène le triomphe revendiqué du parti sur l'épidémie et remporte un franc succès. 

Publicité

Avec nos envoyés spéciaux à Wuhan, Simon Leplâtre et Stéphane Lagarde

Aujourd’hui, la Chine a presque mis l’épidémie sous contrôle. Les foyers sont isolés et les cas se comptent en centaines seulement. Mais à Wuhan, les cicatrices sont encore là. Ouverte le 15 octobre dernier, cette immense exposition sur les héros de la lutte contre la Covid à Wuhan était prévue pour durer trois mois. Elle a finalement été prolongée d’une semaine pour accompagner la célébration de l'an 1 du confinement de la mégapole de la province du Hubei.

Trente trois installations, des sculptures grandeur natures, des vidéos, des photos, l’événement est censé évoquer le quotidien des habitants et des hôpitaux pendant l’épidémie. Le ton est donné d’entrée. Son nom : « Le peuple d’abord, la vie d’abord ». Pour accueillir les visiteurs, une longue frise chronologique sur fond rouge rappelle les décisions prises par le président Xi Jinping. Puis un grand écran le montre prononçant discours après discours.

Mais les visiteurs ne semblent pas dérangés par la lourdeur de la propagande. Car, il faut le reconnaître, le reste de l’exposition est très bien fait, avec par exemple un camion-grue issu du chantier des hôpitaux construits en deux semaines.

« Il ne se souvient plus »

À la sortie, les visiteurs sont conquis. Wang Fang, 68 ans, a perdu sa belle-mère à cause du Covid-19 en février. Son beau-père, 88 ans, n’a survécu qu’après plus de 50 jours à l’hôpital, dont une partie dans le coma.

« Mon beau-père ne sait pas ce qui s’est passé, nous confie Wang Fang. Il me le disait encore hier : il ne se souvient plus. Alors un jour où il fait beau, je voudrais l’emmener voir cette exposition. Elle est très bien faite. Il faut vraiment venir la voir ! »

À la fermeture de l’exposition, un petit véhicule à trois roues vaporise du désinfectant sur l’esplanade à l’extérieur. Un rappel que la Chine n’en a pas tout à fait fini avec le Covid-19.

À lire et à écouter aussi: Un an après Wuhan, la Chine se reconfine

► À lire aussi : Covid-19: à Wuhan, «nous avons essayé de répondre au besoin d’information des citoyens»

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail