Le Vietnam renouvelle ses dirigeants sur fond de répression accrue

Du 26 janvier au 2 février 2021, le Congrès du Parti communiste vietnamien doit renouveler les dirigeants et fixer l'orientation politique dans cinq prochaines années.
Du 26 janvier au 2 février 2021, le Congrès du Parti communiste vietnamien doit renouveler les dirigeants et fixer l'orientation politique dans cinq prochaines années. AP - Hau Dinh
Texte par : RFI Suivre
4 mn

Le congrès du Parti communiste vietnamien s'ouvre ce lundi 25 janvier à Hanoï, l'occasion pour le pays de renouveler ses dirigeants et de définir ses grandes orientations pour les cinq années à venir, sur fond de répression accrue de l'opposition et de tensions avec Washington et Pékin.

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Dans les rues de Hanoï, des affiches géantes montrent le marteau et la faucille sur fond de tournesols bien gras et de tracteurs qui labourent les champs. Les Vietnamiens ne sauront pas beaucoup plus de cette grand-messe communiste, note Heike Schmidt, du service International de RFI.

Réunis jusqu'au 2 février sous les grands portraits d'Ho Chi Minh, de Marx et de Lénine, 1 600 délégués vont choisir le secrétaire général du Parti communiste vietnamien (PCV), le président de la République, le Premier ministre et le président de l'Assemblée nationale, les quatre piliers du régime.

Tout est en principe conclu en amont de cette grand-messe quinquennale, mais dans ce pays où les médias sont entièrement contrôlés par le PCV au pouvoir depuis la fin de la guerre du Vietnam en 1975, le grand public n'a pas accès aux tractations.

Les analystes tablent sur la continuité, contrairement au dernier congrès de 2016 qui avaient vu s'affronter la vieille garde et les réformateurs.

Gestion saluée de la pandémie 

Nguyen Phu Trong, 76 ans, conservateur pro-Pékin, pourrait exercer un troisième mandat au poste de secrétaire général du PCV et poursuivre sa campagne anti-corruption qui lui a permis de faire le ménage dans les rangs du parti, de l'armée et de la police.

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Nguyen Phu Trong abandonnerait en revanche le poste de président de la République au profit du Premier ministre actuel Nguyen Xuan Phuc, 66 ans, salué pour sa gestion de la pandémie de coronavirus et son bilan économique.

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Doublement des prisonniers politiques

Dans les mois qui précèdent les grandes messes du parti communiste, les autorités ont l'habitude d'intensifier leur répression. Ce treizième congrès ne déroge pas à la règle. Début janvier, trois journalistes ont été condamnés à des peines de 11 à 15 ans de prison pour avoir critiqué le régime.

Au final, le nombre de prisonniers politiques a doublé depuis 2016 passant de 84 à 170, d'après Amnesty International. 

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Performance économique

Au cœur des débats sous les portraits de Ho Chi Minh, de Marx et de Lénine : la croissance économique. Le pays a enregistré une croissance de 2,9 % en 2020, la plus basse en deux décennies. Mais cette performance reste très solide face à une économie mondiale en pleine récession avec la crise du coronavirus.

Les quarantaines de masse, un traçage des contacts à grande échelle et un strict contrôle des mouvements ont permis au Vietnam de contrôler la pandémie - moins de 1 600 cas et 35 décès recensés - et de maintenir le plus souvent ses usines ouvertes.

Les geants de la tech, comme Samsung et Apple, se sont désormais installés ici. Le Vietnam a su tirer profit de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, qui a réorienté les échanges mondiaux. Le pays est en train de devenir un grand pôle technologique.

Tensions à l'international

Reste à équilibrer ses relations avec Pékin et Washington, sur fond de tensions avec les deux grandes puissances. Les Etats-Unis ont récemment accusé le Vietnam d'avoir délibérément dévalué sa devise face au dollar pour en tirer un avantage commercial indu. Washington n'a prononcé aucune sanction pour le moment et l'administration Biden devra trancher.

En parallèle, le Vietnam reste très dépendant de la Chine, la plus grande source de matériaux et d'équipements pour son industrie manufacturière florissante. Mais les désaccords sont nombreux sur la mer de Chine méridionale, Pékin accentuant ses prétentions sur cette zone stratégique en y déployant des navires de guerre et en y installant des avant-postes, au grand dam de Hanoï qui en revendique une partie.

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