Coup d'État en Birmanie: l'heure des sanctions économiques?

L'armée birmane détient des intérêts puissants dans une grande partie de l'économie du pays.
L'armée birmane détient des intérêts puissants dans une grande partie de l'économie du pays. AP - Aung Shine Oo
Texte par : RFI Suivre
4 mn

Le constructeur automobile japonais Suzuki a suspendu sine die sa production dans ses deux usines en Birmanie, après le coup d'État militaire survenu lundi dans le pays. Faut-il s’attendre à d’autres conséquences économiques contre Naypyidaw ?

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« La communauté internationale doit s'unir d'une seule voix pour pousser l'armée birmane à renoncer immédiatement au pouvoir qu'elle a pris, à relâcher les activistes et dirigeants qu'elle a arrêtés. » La déclaration est d'un Joe Biden attendu au tournant par une partie de la communauté internationale, après le coup d'État militaire à Naypyidaw et l'arrestation d'Aung San Suu Kyi, la Première ministre birmane de facto.

Le nouveau président américain rétablira-t-il les sanctions économiques contre la junte putschiste ? « Les États-Unis ont supprimé leurs sanctions contre la Birmanie au cours de la décennie écoulée sur la base des progrès accomplis vers la démocratie, poursuit le nouveau locataire de la Maison Blanche dans son communiqué. L'annulation de ces progrès va nécessiter un examen immédiat de nos lois et compétences en matière de sanctions, suivi par une initiative appropriée. »

Par la suite, un représentant américain s'exprimant sous couvert d'anonymat a fait savoir à Reuters que l'administration Biden avait rapidement entamé des discussions internes à haut niveau afin de préparer une réponse « pangouvernementale » au putsch, et qu'elle prévoyait de consulter le Congrès à Washington. 

Ce mardi, les États-Unis considèrent officiellement que l'armée birmane a perpétré un « coup d'État » contre le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi, ce qui va déclencher une réduction de l'aide américaine, a annoncé mardi une responsable du département d'État américain. « Après un examen attentif des faits et des circonstances, nous sommes parvenus à la conclusion qu'Aung San Suu Kyi, la cheffe du parti au pouvoir en Birmanie, et Win Myint, le président du gouvernement élu, avaient été déposés dans un coup d'État militaire le 1er février », a-t-elle dit à des journalistes.

Derrière la Birmanie, l'Asie

En revanche, la musique est fort différente du côté de Pékin. La Chine, qui a de nombreux intérêts économiques en Birmanie, appelle la communauté internationale, à ne pas « compliquer davantage la situation »

Autre difficulté qui pourrait limiter les sanctions à une portée symbolique : derrière la Birmanie, il y a l’Asie, souligne Myriam Berber, du service Économie de RFI. Singapour est le premier investisseur étranger dans le pays, suivi par Hong Kong. Les autres investisseurs étrangers sont la Corée du Sud, la Thaïlande, l’Inde et la Malaisie. 

► À écouter : Coup d'État en Birmanie: «La communauté internationale ne va pas faire bloc»

Opacité qui permet d'échapper à toute surveillance

Il faut donc frapper l’armée au portefeuille. Sa puissance n’est pas seulement militaire, elle est aussi économique. Selon un rapport de l’ONU publié en 2019, l’armée birmane a des intérêts dans tous les secteurs du pays. 

Les militaires birmans détiennent également deux conglomérats avec de nombreuses entreprises, dans le commerce des matières premières, l’immobilier et le tourisme, ainsi que les plus grandes banques du pays. 

Reste qu’aucune de ces sociétés ne publie de résultats financiers. Une opacité qui permet d’échapper à toute surveillance, et qui rend toute sanction difficile.

► À écouter : Birmanie: les conséquences de ce coup d’État

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