Birmanie: le coup d'État militaire ne dissuade pas les entreprises japonaises

Le brasseur Kirin est la seule entreprise japonaise à avoir réagi depuis le coup d'État en Birmanie, en rompant avec un conglomérat lié aux militaires.
Le brasseur Kirin est la seule entreprise japonaise à avoir réagi depuis le coup d'État en Birmanie, en rompant avec un conglomérat lié aux militaires. REUTERS - ISSEI KATO

Le coup d'État militaire en Birmanie ne parvient pas à dissuader les centaines d’entreprises japonaises de renoncer à investir dans l'un des derniers marchés frontières de forte croissance en Asie. Très présentes dans le pays où elles ont investi massivement depuis l'ébauche d'une démocratisation en 2011, elles  maintiennent leurs activités en dépit des manifestations et du mouvement de désobéissance civile.

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Le brasseur Kirin, indique notre correspondant à Tokyo, Frédéric Charles, est le seul groupe japonais à avoir réagi depuis le coup d'État du 1er février en Birmanie. Il rompt un partenariat avec un conglomérat lié aux militaires birmans, mais il ne se retire pas de la Birmanie et de son marché de la bière.

Kirin était sous pression de l'ONU depuis le génocide de la minorité musulmane par l'armée et la police birmanes. Une enquête de l'ONU avait prouvé qu'une partie des revenus verses par Kirin au conglomérat servait à financer des opérations militaires.

Un marché de 54 millions de consommateurs

Pour les entreprises japonaises, la Birmanie est un marché de 54 millions de consommateurs. Et la majorité d'entre elles ne font pas affaire avec l'armée. En tout cas pas directement. Les grandes maisons de commerce japonaises investissent dans les matières premières, les infrastructures. Des groupes comme Toyota, Sumitomo, KDDI, Suzuki Motor sont présents dans l'automobile, les produits alimentaires, les vêtements, les télécoms. La maison de titres Daiwa a participe a la création de la première bourse a Rangoun.

Ces dix dernières années, le Japon a accordé 10 milliards de dollars de prêts à la Birmanie, ses entreprises y ont investi deux milliards de dollars.

La crainte de la Chine

Le Japon craint que des sanctions internationales ne poussent la Birmanie à se rapprocher un peu plus de la Chine. Et renforce l'influence de Pékin en mer de Chine orientale et dans l'océan Indien. Mais, pour le militant Thet Swe Win, directeur de l'ONG Synergy, une réponse internationale plus ferme au putsch est nécessaire, et doit viser justement le secteur industriel : « Il faut aussi viser les entreprises contrôlées par l’armée. Si on veut vraiment mettre l’armée sous pression, il faut aussi mettre plus de pression sur les investisseurs étrangers, comme Singapour, la Chine, le Japon ou encore la Corée qui ont énormément investi dans le pays ». 

 

 

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