Malaisie: de nombreuses questions après l’expulsion controversée d'un millier de birmans

En Malaisie, un camion d'immigration transportant des migrants birmans se dirige vers la base navale de Lumut, près de Kuala Lumpur, le 23 février 2021.
En Malaisie, un camion d'immigration transportant des migrants birmans se dirige vers la base navale de Lumut, près de Kuala Lumpur, le 23 février 2021. © AFP - MOHD RASFAN

En Malaisie, il est encore très difficile de savoir comment un millier de birmans ont pu être expulsés ce mardi soir. La Haute Cour de Kuala Lumpur avait demandé la suspension de cette opération massive, suite au recours en justice de plusieurs ONG, pour qui cette opération en partenariat avec la junte birmane viole le droit international. 

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De notre correspondante à Kuala Lumpur

Les navires de l’armée birmane sont partis, mais les questions, elles, demeurent. En Malaisie, elles sont notamment posées par Katrina Jorene Maliamauv, directrice d’Amnesty International, qui dénonce la culture du secret de l’immigration malaisienne. La Malaisie a refusé l’accès de ses centres de détention au Haut-Commissariat pour les Réfugiés de l’ONU (HCR), et elle refuse de donner aujourd’hui plus d’information sur l’identité de ce millier de personnes qu’elle a expulsée au nez et à la barbe de la demande de la Haute cour de Kuala Lumpur, qui exigeait mardi 23 février, une suspension de l’opération. 

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« Avec le peu d’information dont nous disposons actuellement, développe Katrina Jorene Maliamauv, on peut déjà dire qu’il y avait parmi eux des réfugiés, des demandeurs d’asile, des mineurs séparés d’un de leurs parents mais nous sommes encore dans l’obscurité. Nous n’avons pas les chiffres exacts, tous les détails les concernant. » Lorsque l’on regarde du côté de la Birmanie, il est aussi difficile de savoir quel sort attend ce millier de personnes expulsées, mais Phil Robertson à la tête de Human Rights Watch Asia s’attend au pire. 

S'attendre à des interrogatoires musclés

« La junte birmane est connue pour persécuter ceux qui ont quitté leur pays sans autorisation, rappelle-t-il. Dans le passé par exemple on a pu voir des réfugiés birmans expulsés arriver en Birmanie et être condamnés pour être parti sans demander, car d’après la loi en Birmanie, il faut une autorisation pour quitter le pays. » Il poursuit : « Donc on peut s’attendre à ce que ce millier de personnes soit interrogé de manière musclée. On leur demandera qui ils sont, d’où ils viennent, pourquoi ils sont partis en Malaisie, leur position vis-à-vis du gouvernement par le passé. Et il est bien important de se rappeler que les militaires sont paranoïaques en Birmanie, et n’importe quelle personne qui est exilée est vue comme suspecte pour eux. »  

Quant aux motivations de la junte, dont l’empressement à rapatrier des exilés moins d’un mois après leur coup d'État du 1er février peut interroger, elles sont certainement géopolitiques pour Phil Robertson . « Cyniquement je pense qu’elle essaie de rendre un service à la Malaisie, analyse-t-il, en espérant que la Malaisie sera un possible allié de la junte après ça. Ils savent que la Malaisie a des prisons surpeuplées, et que le pays veut donc se débarrasser de ces prisonniers étrangers. » 

Des prisonniers rendus aux mains des militaires birmans, dont le plus jeune, assure l’ONG Asylum Access dans une conférence de presse ce mercredi, avait tout juste 3 ans. 

 

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