Birmanie: une nouvelle journée meurtrière pour les manifestants

Les forces de l'ordre et les manifestants, face à face, à Mandalay,  le mercredi 3 mars 2021.
Les forces de l'ordre et les manifestants, face à face, à Mandalay, le mercredi 3 mars 2021. AP

Les forces birmanes ont de nouveau tiré à balles réelles et utilisé des gaz lacrymogènes, mercredi 3 mars, contre les manifestants pro-démocratie dans plusieurs villes du pays. On dénombre 38 morts ce mercredi, pour un total de 50 morts depuis le coup d'État le 1er février 2021, a indiqué l'émissaire de l'ONU pour la Birmanie

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La journée de mercredi 3 mars a été « la plus sanglante » en Birmanie depuis le coup d'État du 1er février, avec « 38 morts », a déclaré lors d'une visioconférence de presse l'émissaire de l'ONU pour ce pays, la Suissesse Christine Schraner Burgener. « Nous avons maintenant plus de 50 morts depuis le début du coup d'État, et de multiples blessés », a ajouté l'émissaire de l'ONU pour la Birmanie.

Parmi les nombreux manifestants tués par balles dans le pays, deux sont décédés ce 3 mars 2021 près de Mandalay, L’une des victimes a été tuée d’une balle à la tête, l’autre dans la poitrine, dont une jeune femme de 19 ans, avec un tee-shirt portant l'inscription « Everything will be okay ». Elle avait sur elle un bout de papier sur lequel elle avait écrit son groupe sanguin et son souhait de donner ses organes à ceux qui en auraient besoin. 

Les manifestations se sont poursuivies ce mercredi dans plusieurs villes du pays, notamment à Rangoun, la capitale économique, où les gens ont bloqué les routes avec des pneus et du fil barbelé pour empêcher la police de s’approcher d’eux. 

Près de la célèbre pagode Sule, dans le centre de la ville, les manifestants ont parsemé le sol de portraits imprimés de Min Aung Hlaing, le général responsable du coup d’État, une tactique pour ralentir les forces de sécurité qui font tout pour éviter de marcher sur ces portraits. 

Les militaires ont décidé d’adopter une nouvelle tactique meurtrière et les risques sont élevés que ça continue comme ça. Ce que ça démontre notamment, c’est que les militaires birmans ne craignent plus du tout les réactions de la communauté internationale.

Jean-François Rancourt, politologue au centre d'études asiatiques de l'université de Montréal et spécialiste de la Birmanie

Un homme et son fils, qui filmaient un passage de soldats dans la rue depuis leur appartement, se sont fait tirer dessus (aux dernières nouvelles, ils allaient bien). Une vidéo fait le tour des réseaux sociaux : on y voit des policiers en train de frapper le personnel médical d’une ambulance avant de détruire leur véhicule. Dans les rues, l’ambiance était électrique : les militaires ont tiré sur les gens sans raison. Il ne s’agissait plus du tout de disperser les manifestations.

Les journalistes visés

Six journalistes birmans, dont Thein Zaw, un photographe de l'agence américaine Associated Press (AP), ont été arrêtés et inculpés. On les accuse d’avoir « causé la peur dans la population, répandu de fausses informations ou incité des employés du gouvernement à la désobéissance », d'après leur avocate. Ils risquent trois ans de prison.

Jour après jour, la répression s'accroît : coupures d'internet, renforcement de l'arsenal répressif, vagues d'interpellations, recours à la force létale. La junte intensifie sa réponse aux rassemblements anti-coup d'État et devient de plus en plus meurtrière.

La tactique de répression utilisée n’est pas accidentelle. Les victimes, la plupart d’entre elles, ont reçu des tirs par balles réelles dans la tête ou la poitrine. Donc ce sont des tris très précis. On veut tuer les gens.

Jean-François Rancourt, politologue au centre d'études asiatiques de l'université de Montréal et spécialiste de la Birmanie

La journée de dimanche avait également été particulièrement meurtrière avec au moins 18 morts dans les rangs des manifestants, d'après les Nations unies. Une de ces victimes a été enterrée ce mercredi. Autour de son cercueil couvert de fleurs des centaines de personnes ont chanté « La démocratie est notre cause ».

 

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