Les Birmans pleurent la jeune Kyal Sin et redescendent dans la rue

Une foule importante s'est rassemblée le 4 mars 2021 à Mandalay, deuxième ville du pays, pour les funérailles de Kyal Sin, une jeune femme de 19 ans, devenue un symbole de la contestation.
Une foule importante s'est rassemblée le 4 mars 2021 à Mandalay, deuxième ville du pays, pour les funérailles de Kyal Sin, une jeune femme de 19 ans, devenue un symbole de la contestation. AP - STR

En Birmanie, malgré la répression sanglante de mercredi 3 mars – qui ont fait au moins 38 morts, selon l'ONU –, les manifestants pro-démocratie continuent à défier la junte militaire. Ce 4 mars, plusieurs centaines de personnes sont à nouveau descendues dans la rue, notamment à Rangoun, la capitale économique.  

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« Nous sommes unis », ont scandé certains manifestants ce matin à Rangoun. Ils sont jeunes, pour la plupart, et se protègent derrière des barricades de fortune qu'ils ont construites avec de vieux pneus, des briques et des sacs de sable. Les antennes paraboliques de leur télévision leur servent de bouclier pour ne pas être reconnus par les forces de l'ordre.

Des sites d'informations indépendants comme Eleven Myanmar font aussi état de manifestations dans d'autres villes du pays. Preuve que malgré la répression violente avec l'usage d'armes létales, les Birmans continuent à défier la junte militaire.

Ce jeudi matin une foule importante s'est rassemblée à Mandalay, deuxième ville du pays, pour assister aux funérailles d'une jeune femme de 19 ans.

Kyal Sin a été tuée hier, mercredi 3 mars, d'un tir à balle réelle. Elle est devenue un symbole de la contestation : sur une photo qui fait le tour des réseaux sociaux, on la voit, peu de temps avant sa mort, porter un t-shirt avec le slogan « Tout ira bien ». 

Shwe Hlaing,  étudiant de 24 ans,  a pris part aux manifestations qui se sont déroulées à Mandalay mercredi 3 mars. Il admire le courage de Kyal Sin.

Elle avait pris la décision d’aller en première ligne, entièrement équipée, pour ces manifestations à Mandalay. Elle était très courageuse. Elle a risqué sa vie pour la démocratie. Je m’attends à ce que les militaires poursuivent leur répression et ces tueries vont continuer car leur tactique pour nous faire peur marche très bien. Ce dont ils ont le plus peur, c’est se retrouver coincés. Et ils sont prêts à tout pour garder le pouvoir. Donc ce genre de choses va continuer, avec autant de morts que mercredi, qui était une journée chaotique et on en souffre énormément. Mais nous avons pourtant encore deux possibilités : soit on va gagner soit on perd, avec beaucoup de morts à la clé. Mais je crois que les gens ne vont pas laisser tomber facilement, car nous craignons vraiment un règne militaire donc je pense que les gens sont encore prêts à risquer leur vie.

Shwe Hlaing, 24 ans, étudiant

« Nous sommes horrifiés et révulsés par les violences », a déclaré, mercredi 3 mars, le gouvernement américain qui demande à la Chine d'user de son influence auprès de la junte. Le président français Emmanuel Macron, pour sa part, appelle à mettre un terme à la répression. 

La riposte sanglante des militaires est également vivement condamnée par l'ONU, qui demande des sanctions fortes contre le régime. L'émissaire de l'organisation pour la Birmanie, Christine Schraner Burgener, indique qu'elle a « eu une discussion avec l'armée et l'ai avertie que les États membres de l'ONU et le Conseil de sécurité pourraient prendre des mesures importantes, fortes. Leur réponse était : "Nous sommes habitués à des sanctions et nous y avons survécu dans le passé". Et lorsque j’ai averti les militaires qu’ils pourraient se trouver isolés sur le plan international, ils m’ont répondu que, dans ce cas, il faudra apprendre à "marcher avec quelques amis seulement". Je pense que les États membres des Nations unies doivent prendre des sanctions fortes. Mais mon rôle, en tant qu'émissaire de l'ONU, sera de continuer le dialogue avec l'armée. Je pense que seul un dialogue peut aboutir à une solution. Sinon, on l’a vu dans le passé, l'armée est toujours déterminée à poursuivre l'agenda qu'elle s'était fixé ».

La Haute Commissaire de l’ONU pour les droits de l’Homme Michelle Bachelet appelle l’armée à « arrêter les assassinats » de protestataires pacifiques. Mais les mots ne suffisent plus, aux yeux du militant Thet Swe Win qui appelle de ses vœux l’envoi de casques bleus en Birmanie.

Je ne m’attends à aucun geste positif de l’armée. Ce sont des assassins. Ce n’est pas une armée digne de ce nom, ce sont des terroristes. Ils terrorisent la population. Je n’arrête pas d’échanger avec tous les représentants de la communauté internationale et les diplomates. Nous avons besoin de plus d’actions. Les mots ne suffisent plus. On continue à nous dire qu’on s’inquiète pour nous et qu’on condamne telle ou telle action militaire. Mais ces terroristes, ces assassins – ils s’en fichent. Ils continuent d’abattre des gens. Peu importe les réactions et les critiques de tel ou tel pays. Il faut donc des actions concrètes. Des sanctions auraient un effet, mais cela prendra du temps. Et nous, nous avons besoin d’une action immédiate. L’ONU ne reconnait que le gouvernement précédent, celui d’Aung San Suu Kyi. Les Nations unies devraient donc nous envoyer des casques bleus qui garantiront notre droit de manifester. C’est cela que beaucoup parmi nous espérons. Mais moi, j’ai des doutes, je me demande ce qui se passera si l’ONU ne fait rien. Pour moi, la réponse internationale n’est en tout cas pas encore satisfaisante.

Thet Swe Win, militant

Demain, vendredi 5 mars, le Conseil de sécurité se réunira à huis clos pour discuter. Jusqu'à présent, la Chine et la Russie ont refusé de condamner le putsch des généraux. 

Depuis le coup d'État du 1er février, 54 personnes ont été tuées et plus de 1 700 arrêtées, selon l'ONU.

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