Sri Lanka: les défenseurs des droits dénoncent une loi antiterroriste «draconienne et abusive»

Le président sri-lankais Gotabaya Rajapaksa a promulgué des dispositions dans le cadre de la loi antiterroriste autorisant l'arrestation de toute personne soupçonnée d'être responsable «d'actes de violence ou de conflits inter-religieux, inter-ethniques ou inter-communautaires, ou de sentiments d'animosité ou d'hostilité entre différentes communautés».
Le président sri-lankais Gotabaya Rajapaksa a promulgué des dispositions dans le cadre de la loi antiterroriste autorisant l'arrestation de toute personne soupçonnée d'être responsable «d'actes de violence ou de conflits inter-religieux, inter-ethniques ou inter-communautaires, ou de sentiments d'animosité ou d'hostilité entre différentes communautés». AFP - ISHARA S. KODIKARA

Les défenseurs des droits ont vivement critiqué, mercredi 17 mars, la loi antiterroriste élargie du Sri Lanka et appelé une nouvelle fois à son abrogation. Ils craignent qu'elle ne serve à réprimer la dissidence politique et les minorités religieuses.

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Un peu moins de deux ans après les attentats de Pâques 2019 qui avaient fait 279 morts, le président sri lankais Gotabaya Rajapaksa a promulgué vendredi 12 mars des dispositions élargissant la loi sur la prévention du terrorisme (PTA) en autorisant l'arrestation de toute personne soupçonnée d'être responsable « d'actes de violence ou de conflits interreligieux, inter-ethniques ou intercommunautaires, ou de sentiments d'animosité ou d'hostilité entre différentes communautés ». La loi prévoit également jusqu’à deux ans de prison pour les personnes soupçonnées de ce genre de violences.

Des mesures que l'organisation Human Rights Watch a jugé « draconiennes et abusives » ce mercredi 17 mars. L'ONG de défense des droits de l'homme réitère ainsi son appel au retrait immédiat de ces dispositions et exhorte la communauté internationale à contraindre le Sri Lanka à protéger ses minorités religieuses et ethniques ainsi qu'à veiller à ce que les responsables des crimes commis par le passé rendent des comptes.

Faire taire les opposants

Pour Bhavani Fonseka, avocat spécialiste des droits de l'homme, la nouvelle réglementation, qui permet de détenir des suspects jusqu'à deux ans sans procès, est inquiétante car elle pourrait être utilisée pour réprimer la dissidence politique. « Les dispositions sont formulées d'une manière suffisamment large pour permettre de cibler les opposants politiques entre autres », a déclaré la juriste à l'AFP.

Quatre jours après l'adoption de la nouvelle réglementation, la police a arrêté Azath Salley, homme politique musulman de premier plan et critique virulent de l'administration de Rajapaksa. Selon la police, il a été arrêté, dans le cadre de la loi antiterroriste, en connexion avec les attentats de 2019, mais le procureur général avait auparavant demandé à la police de le placer en détention en raison d'un discours critique sur les lois de l'île.

Cette arrestation très médiatisée et ces nouvelles règles interviennent avant un débat au Conseil des droits de l'homme des Nations unies, qui doit se tenir la semaine prochaine à Genève, sur une motion exhortant Colombo à garantir les droits religieux des minorités et à enquêter sur les atrocités commises pendant la guerre civile.

Le gouvernement sri-lankais envisage également d’interdire définitivement le port de la burqa, dont l’usage était temporairement proscrit depuis les attentats de 2019, ainsi que la fermeture de plus d'un millier d'écoles coraniques non déclarées. Dans le sillage des attentats qui avaient visé des églises et des hôtels de luxe, Colombo avait fait de la lutte contre l'islamisme radical l'une de ses priorités.

(avec AFP)  

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