Chine: une comédie musicale pour contrer les critiques au Xinjiang

Image tirée de la bande annonce de «The Wings of Songs». Le film raconte l’histoire de trois jeunes, Ouïghour, Kazakh et Han chinois qui tentent de percer dans la musique.
Image tirée de la bande annonce de «The Wings of Songs». Le film raconte l’histoire de trois jeunes, Ouïghour, Kazakh et Han chinois qui tentent de percer dans la musique. © YouTube/The Wings of Songs/Capture d'écran

Loin de la répression des minorités musulmanes dans l’ouest de la Chine, le film sorti fin mars dépeint la région autonome ouïghoure comme un havre de tranquillité. Il s’inscrit dans le cadre d’une vaste campagne de propagande lancée par les autorités chinoises suite aux sanctions occidentales.

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Avec notre correspondant à Pékin, Stéphane Lagarde

De magnifiques oasis sur fond de monts du ciel immaculés, des Ouïghours et des Kazakhs qui dansent et chantent dans des vêtements colorés, bienvenue dans The Wings of Songs que l’on pourrait traduire par « Des chants qui donnent des ailes », la comédie musicale censée offrir une vision alternative au Xinjiang. Le film raconte l’histoire de trois jeunes, Ouïghour, Kazakh et Han chinois qui tentent de percer dans la musique. Ici les barbelés, les caméras à reconnaissance faciale, les barrages routiers ont disparu du paysage.

Bière, barbes rasées et chansons

Dans ce récit officiel, il n’est pas question de camps de rééducation ou d’influence islamique, mais au contraire d’une « harmonie » entre l’ethnie majoritaire et les minorités musulmanes conduisant ces dernières à se raser la barbe, à boire de la bière et à ne pas porter le foulard. Cette version apaisée, pour ne pas dire aseptisée de la réalité, fait échos aux propos de la diplomatie chinoise qui depuis plusieurs semaines dénonce ce qu’elle qualifie de « rumeurs » propagées par des institutions, des personnalités et des médias « anti-chinois ».

Un message repris en plusieurs langues par une armée de vloguers, tel un Canadien de Shenzhen ou un Britannique qui se sont rendus au Xinjiang.

Grand orchestre de la propagande

Tout l’orchestre est de sortie : « Les professeurs d’anglais, les cyclistes boomers, les barmans avec VPN (pour contourner la grande muraille informatique chinoise, NDLR) et les paumés de retour à la maison sont désormais tous d’accord : il n’y a pas de génocide au Xinjiang », écrit ainsi Nathan Atrill, chercheur à l’Institut australien des politiques stratégiques (ASPI).

Les médias d’État produisant des programmes à destination de l’étranger ont également détaché leurs reporters et présentateurs vedettes sur le terrain qui, eux aussi, décrivent des paysages beaucoup plus souriants, et en tout cas loin de la réalité vécue par ces minorités sous surveillance. Sans parler des ambassadeurs des « pays amis de la Chine » qui ont aussi été invités à faire un tour au Xinjiang, comme celui du Pakistan ou celui d'Iran.

Une vision qui pour l’instant n’a pas retenu l’attention du public, les recettes au box office de The Wings of Songs étant pour l’instant loin de celles espérées par les producteurs, selon les chiffres des ventes de billets rapportés par le New York Times.

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