Birmanie: l'ambassadeur à Londres limogé, un célèbre acteur interpellé à Rangoun

Kyaw Zwar Minn, l'ambassadeur de la Birmanie au Royaume-Uni, parle à son équipe devant l'ambassade de son pays à Londres, le 6 avril 2021.
Kyaw Zwar Minn, l'ambassadeur de la Birmanie au Royaume-Uni, parle à son équipe devant l'ambassade de son pays à Londres, le 6 avril 2021. AP - Alberto Pezzali

L'ambassadeur de Birmanie à Londres a été limogé par la junte ce jeudi 8 avril. La veille, il avait accusé l'attaché militaire, proche des militaires, d'« occuper » son ambassade, lui en interdisant l'accès. À Rangoun, l'acteur Paing Takhon, l'une des célébrités les plus populaires de Birmanie à s'être opposée au coup d'État du 1er février, a été arrêté ce jeudi par la junte, qui traque des dizaines de personnalités du pays.

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Avec notre correspondante à Londres, Muriel Delcroix

L'ambassadeur qui vient d'être désavoué sans ménagement dénonce un coup d'État en plein cœur de Londres et appelle le gouvernement britannique à ne pas se plier à ce fait accompli. Kyaw Zwar Minn avait été nommé à ce poste en 2014 par la dirigeante Aung San Suu Kyi et il a toujours affiché, depuis, son soutien à son gouvernement civil, déchu par les militaires en février.

Accusé de trahison, il avait d'ailleurs été rappelé par la junte le mois dernier après avoir demandé la libération de celle qui était jusqu'au putsch la Première ministre birmane de facto. Kyaw Zwar Minn avait encore déclaré que la Birmanie était divisée et au bord d'une guerre civile.

Debout devant le bâtiment dont l'entrée lui est désormais refusée, Kyaw Zwar Minn a, par l'intermédiaire d'un porte-parole, demandé aux autorités britanniques de ne pas reconnaître l'ambassadeur nommé par la junte militaire et de le renvoyer en Birmanie.

Mais Londres se dit impuissant : si Dominic Raab, son chef de la diplomatie, a condamné sur Twitter les tactiques « d'intimidation » de la junte et loue le courage de l'ambassadeur déposé, il dit n'avoir d'autre choix que de respecter la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques et doit donc accepter le changement décidé par Rangoun.

La nuit dans sa voiture

Kyaw Zwar Minn avait passé la nuit dans sa voiture, à quelques mètres de son ambassade, dans le quartier de Mayfair après s’en être vu refuser l’accès. L’ambassadeur avait expliqué qu’un attaché militaire proche de la junte birmane avait ordonné au personnel diplomatique de quitter les lieux tandis que lui s’était vu signifier qu’il n’était plus le représentant du pays au Royaume-Uni.

L’ambassadeur avait redit sur Twitter que la diplomatie était « la seule issue à l’impasse actuelle ». Une manifestation de protestation contre le putsch s'était déroulée en fin de journée mercredi devant l'ambassade. 

► À écouter : Birmanie: « Nous implorons la communauté internationale de faire front »

« Rendez-nous notre héros »

Dans le même temps, à Rangoun, Paing Takhon, mannequin, acteur et chanteur très célèbre en Birmanie et en Thaïlande voisine, a été interpellé au domicile de sa mère à Rangoun et placé en détention, selon des médias locaux. « J'ai le cœur brisé », « Rendez-nous notre héros » : les condamnations ont fleuri sur internet où le jeune homme de 24 ans était suivi par un million de fans avant que ses pages Facebook et Instagram soient fermées.

Tantôt en habits de moine rouge carmin qui laissent entrevoir son épaule tatouée d’un serpent, tantôt en chemise blanc immaculé, un petit caniche dans ses bras... Les photos de Paing Thakhon pullulent sur les réseaux sociaux. Puis, il y a celle qui lui a été fatale : elle le montre les trois doigts en l’air, en signe de résistance.

Regard doux et torse musclé, le bel acteur, adulé par un million de fans sur Facebook et Instagram, avait participé à plusieurs manifestations et posté des photos de « la dame de Rangoun », Aung San Suu Kyi, chassée du pouvoir, pour exiger sa libération. Paing Thakhon a été l'une des premières personnalités du pays à condamner le coup d'État du 1er février.

« Aidez-nous à arrêter les crimes contre l'humanité », avait-il écrit sur les réseaux sociaux pour condamner la répression sanglante des forces de sécurité qui a déjà fait quelque 600 victimes, dont une cinquantaine d'enfants et d'adolescents.

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2 800 personnes interpellées

Paing Thakhon est la dernière vedette en date à disparaître dans les geôles de la junte. En début de semaine, l’acteur birman le plus connu du pays, Zarganar, a été arrêté. Paing était sur une liste de 120 célébrités – chanteurs, mannequins, journalistes – visées par un mandat d'arrêt. Elles sont accusées par le régime d'avoir diffusé des informations susceptibles de provoquer des mutineries dans les forces armées.

Plus de 2 800 personnes ont été interpellées depuis le 1er février. Beaucoup, sans accès à un proche ou à un avocat, sont portées disparues.

La mobilisation pro-démocratie se poursuit avec de très nombreux travailleurs en grève et des secteurs entiers de l'économie paralysés. Mais les foules sont moins nombreuses à manifester dans les villes par peur des représailles.

La répression « se concentre désormais dans les zones rurales », relève l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP). Plus de 12 civils ont été tués mercredi par les forces de sécurité, selon l'ONG.

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