Climat: États-Unis et Chine prêts à «coopérer», à quelques jours du sommet

L'envoyé spécial américain pour le climat John Kerry lors d'une conférence de presse à Paris, le 11 mars 2021.
L'envoyé spécial américain pour le climat John Kerry lors d'une conférence de presse à Paris, le 11 mars 2021. AP - Christophe Ena

Opposés sur de nombreux sujets, Américains et Chinois se sont à l'inverse engagés samedi à « coopérer » sur le changement climatique, avant le sommet international organisé par Joe Biden les 22 et 23 avril prochains.

Publicité

Avec notre correspondant à Pékin, Stéphane Lagarde

Ce n’est qu’une déclaration de principe, mais qui est très applaudie par les défenseurs de l’environnement en Chine. D’abord parce qu’un tel texte semblait inenvisageable sous la précédente Maison Blanche. Le communiqué publié par le ministère chinois de l’Écologie et le département d’État américain « souligne la nécessité d’actions ambitieuses de court terme, se félicite le bureau de Greenpeace pour l’Asie de l’Est. Il devrait permettre de relancer la dynamique mondiale sur le climat. »

Comme au moment de l’Accord de Paris, Pékin et Washington pourraient renouveler leurs engagements communs lors de la 26e conférence des parties des Nations Unies sur le changement climatique (COP26) prévue en novembre prochain à Glasgow. Les deux pays promettent également de discuter des actions concrètes permettant de réduire leurs émissions carbones.

Ne pas aller plus vite que la musique

C’est enfin une bonne nouvelle pour le dialogue stratégique sino-américain. John Kerry est le premier haut responsable de l’administration Biden à se rendre en Chine. La lutte contre le réchauffement climatique est pour l’instant le seul point d’entente susceptible de réchauffer les relations entre les deux premières puissances mondiales. Des relations surtout dominées par des tensions criantes sur plusieurs dossiers allant de Hong Kong aux traitement des Ouïghours, de la guerre commerciale à la question de Taïwan.

Une coopération précieuse, mais fragile. La diplomatie chinoise répète régulièrement aux Américains comme aux Européens de ne pas aller plus vite que la musique jouée par Pékin, qui voit d’un mauvais œil les critiques contre son modèle de développement boulimique en énergie. La Chine a ainsi annoncé qu’elle atteindrait un pic d’émissions de carbone avant 2030 et la neutralité en 2060. Pas question pour l’instant, d’accélérer la cadence.

La partiicpation de Xi Jinping au sommet de Biden pas encore confirmée

« Les États-Unis et la Chine s'engagent à coopérer entre eux et avec d'autres pays pour affronter la crise climatique, qui doit être traitée avec le sérieux et l'urgence qu'elle exige », précise le communiqué conjoint signé à Shanghai par John Kerry, l'émissaire américain pour le climat, et son homologue chinois Xie Zhenhua.

Les deux pays « attendent avec impatience » le sommet environnemental international virtuel organisé par le président Joe Biden jeudi 22 et vendredi 23 avril prochains, même si le texte ne dit pas si le président chinois Xi Jinping y participera.

Le démocrate a invité 40 dirigeants mondiaux à cet événement. Il s'agit d'une réunion d'une ampleur rare pour un président au pouvoir depuis tout juste trois mois, même si elle se fera par visioconférence, pandémie de coronavirus oblige.

Ligne commune

L'administration américaine ouvrira le bal en dévoilant ce qu'elle annonce comme d'ambitieux nouveaux objectifs pour la réduction des gaz à effet de serre.

En attendant, elle affiche une ligne commune avec son grand rival chinois. Le texte publié samedi énumère les multiples voies de coopération entre les deux premières économies mondiales qui, ensemble, représentent près de la moitié des émissions de gaz à effet de serre responsables du changement climatique.

Washington et Pékin y affirment « le renforcement de leurs actions respectives et la coopération dans les processus multilatéraux, y compris la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et l'Accord de Paris ».

Stratégies à long terme

Alors que le monde n'est pas dans les temps pour atteindre l'objectif, Joe Biden espère que son sommet se traduira par des engagements plus forts avant les pourparlers sur le climat chapeautés par l'ONU à Glasgow à la fin de l'année.

Selon la déclaration de samedi, Washington et Pékin « ont l'intention de développer » leurs stratégies à long terme pour atteindre la neutralité carbone d'ici le sommet écossais. Parmi elles, la réduction des émissions de l'industrie et de la production d'électricité, l'intensification des énergies renouvelables, des transports propres et une agriculture résistante au variations du climat.

Des mesures à court terme comprennent le renforcement des « investissements et financements internationaux » pour soutenir la transition vers l'énergie verte dans les pays en développement, ainsi que l'élimination progressive de la production et de la consommation d'hydrofluorocarbures, gaz principalement utilisés dans la réfrigération, les climatiseurs et les aérosols.

► À lire aussi : États-Unis, Chine: les ambitions climatiques redeviennent d'actualité

Le retour du « mauvais élève » américain, raille Pékin

Dès son premier jour dans le Bureau ovale, Joe Biden a décrété le retour des États-Unis dans l'Accord de Paris, revenant sur la décision de son prédécesseur climatosceptique Donald Trump d'en sortir. Cet accord avait été négocié par John Kerry, alors secrétaire d'État du président Barack Obama. Il engage les nations signataires à prendre des mesures pour maintenir les hausses de température à moins de deux degrés au-dessus des niveaux préindustriels.

En l'absence des États-Unis pendant la présidence Trump, la Chine a pris un rôle majeur aux côtés de l'Union européenne dans la lutte contre le changement climatique, le président Xi Jinping s'engageant notamment l'an dernier à parvenir à la neutralité carbone d'ici 2060.

La diplomatie chinoise a raillé cette semaine le nouveau ton donné par Washington, en affirmant que plus qu'un « retour glorieux », il s'agissait d'un « mauvais élève qui revient sur les bancs de l'école après avoir séché les cours ».

► À lire égaelement : Le président chinois Xi Jinping contre le projet de la taxe carbone de l'UE

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail