Pakistan: pour le Premier ministre, insulter Mahomet doit être puni comme nier la Shoah

Le Premier ministre pakistanais Imran Khan, à Islamabad le 16 mars 2020.
Le Premier ministre pakistanais Imran Khan, à Islamabad le 16 mars 2020. AP - B.K. Bangash

Les pays occidentaux doivent punir ceux qui insultent le prophète Mahomet comme ceux qui nient la Shoah, a déclaré samedi le Premier ministre pakistanais Imran Khan. 

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Mettre sur un pied d'égalité le blasphème et le négationnisme de la Shoah. Imran Khan n'en est pas à sa première provocation, mais il n'était pas allé si loin. « Nous, Musulmans, avons le plus grand amour et respect pour notre Prophète, a-t-il tweeté. Nous ne pouvons pas tolérer ce genre de manque de respect et d'abus. » C'est là que le chef du gouvernement pakistanais franchit un cap : « J'appelle les gouvernements occidentaux qui ont interdit tout commentaire négatif sur l'Holocauste à utiliser les mêmes règles pour punir ceux qui diffusent délibérément leurs messages haineux contre les musulmans en insultant notre Prophète. »

Nier la Shoah est illégal dans plusieurs pays d'Europe - dont l'Allemagne et la France - et peut être puni par une peine de prison.

Rassemblements anti-français

Imran Khan s'exprimait après une semaine de violentes manifestations anti-françaises dans son pays à l'instigation d'un parti islamiste radical, le Tehreek-e-Labbaik Pakistan (TLP). Une agitation intense en réaction à l'arrestation lundi à Lahore de son chef Saad Rizvi pour avoir appelé à une marche destinée à réclamer l'expulsion de l'ambassadeur français.

Le TLP a été à l'origine de plusieurs rassemblements anti-français depuis l'automne dernier, après que le président Emmanuel Macron eut défendu le droit à la caricature au nom de la liberté d'expression, au cours de l'hommage rendu à à Samuel Paty. L'enseignant avait été tué le 16 octobre après avoir montré des dessins satiriques à sa classe, dans la foulée de la republication des caricatures du prophète Mahomet par l'hebdomadaire Charlie Hebdo.

Le 26 octobre dernier, Imran Khan avait déjà accusé le président français « d'attaquer l'islam ». « Il est regrettable qu'Emmanuel Macron ait choisi d'encourager l'islamophobie en s'attaquant à l'islam plutôt qu'aux terroristes qui pratiquent la violence », avait-il écrit sur Twitter. 

L'ambassade française à Islamabad a recommandé jeudi à ses ressortissants et aux entreprises françaises de quitter provisoirement le Pakistan, en raison des « menaces sérieuses » qui y pèsent sur les intérêts français, un appel qui semble être resté largement lettre morte.

► À lire également : Pakistan: le blocage critiqué des réseaux sociaux après des manifestations anti-françaises

Désaccord sur les méthodes, non les motivations du TLP

Après des jours de manifestations durant lesquelles quatre policiers ont été tués, le gouvernement d'Imran Khan a annoncé mercredi que le TLP serait désormais interdit, le qualifiant de groupe terroriste.

Imran Khan a suggéré que le gouvernement n'avait pas décidé d'interdire le TLP parce qu'il était en désaccord avec ses motivations, mais plutôt avec ses méthodes.

« Laissez-moi être clair avec les gens ici et à l'étranger, a voulu ainsi préciser le Premier ministre : notre gouvernement a pris de mesures contre le TLP en accord avec notre loi antiterroriste, car ils ont défié l'autorité de l'État, en utilisant la violence de rue et en attaquant les forces de l'ordre. Personne ne peut être au-dessus de la loi et de la Constitution. »

► À lire aussi : Manifestations anti-Français: « Le Pakistan ne veut pas apparaître comme un pays qui abrite des partis extrémistes »

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