Enlèvement de Mia: Rémy Daillet-Wiedemann peut-il être extradé de la Malaisie vers la France?

Rémy Daillet-Wiedemann, ici devant l'usine Molex de Villemur-sur-Tarn, le 2 février 2009 (Photo illustration).
Rémy Daillet-Wiedemann, ici devant l'usine Molex de Villemur-sur-Tarn, le 2 février 2009 (Photo illustration). AFP - REMY GABALDA

Rémy Daillet-Wiedemann est soupçonné d’avoir contribué à l’enlèvement en France par sa mère de la jeune Mia, dont elle n’avait plus la garde. La justice a lancé un mandat d’arrêt contre cet homme qui vit en Malaisie. La police malaisienne a annoncé qu’elle était prête à coopérer, mais une possible extradition vers la France demeure un parcours juridique laborieux.

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De notre correspondante à Kuala Lumpur, 

C’est une affaire qui passionne les Français mais qui apparaît à peine dans les journaux malaisiens. Entre l’inquiétude d’une nouvelle vague de contamination au Covid-19, le lancement de la phase 2 de vaccination et les énièmes rebondissements d’une longue crise politique, le nom de Rémy Daillet-Wiedemann se fait encore rare dans les titres de la presse locale.

La France a lancé un mandat d'arrêt cette semaine à l'encontre de cet homme qui aurait aidé à organiser l'enlèvement de la petite Mia le 13 avril dans l'est de la France. La police malaisienne n’a pour l’instant pas fait savoir qu’elle reprochait quoi que ce soit à l’homme sur son sol, et la France et la Malaisie n’ont pas de traité d’extradition. Rémy Daillet-Wiedemann, également connu pour ses vidéos et propos complotistes sur internet, est donc libre actuellement, et il pourrait l’être encore un petit moment. 

Extradition impossible pour un délit de « nature politique ».

Si, après examen d’un dossier fourni par la France, la Malaisie juge qu’il est impliqué dans une affaire criminelle, elle pourra alors l’arrêter. Mais à ce moment-là, il pourra encore contester cette décision. L’autre particularité du droit malaisien, c’est que l’extradition ne serait pas possible s’il est considéré que l’homme est recherché pour un délit de « nature politique ».

Cette expression est sujette à diverses analyses qui pourrait avoir son importance dans l’affaire présente. Rémy Daillet-Wiedemann n’a certes pas voulu commenter ou nier les faits dont il est accusé, mais il ne se cache pas de s’opposer, de manière générale, à certaines actions des autorités françaises qu’il considère comme des « placements abusifs d’enfants ». Dans certaines de ces vidéos, il assure également être habité d’un projet politique pour le moins ambitieux, celui de vouloir renverser l'État français.

►À lire aussi : Affaire Mia: une figure du mouvement complotiste recherchée par la justice française

Mais si l’homme n’a pour l’instant pas été interrogé ou arrêté sur le sol malaisien pour les faits qui lui sont reprochés en France, d’après un officiel interviewé par l’AFP jeudi 22 avril, la Malaisie ne reste pas pour autant une terre où règne une impunité pour les personnes émettant des théories complotistes, bien au contraire. 

Décret anti-fake news

Le pays, qui a décrété en janvier 2021 un État d’urgence alors que la recrudescence des cas de Covid-19 inquiétait a, dans la foulée, mis en place un nouveau décret censé punir très durement les fake news autour de la pandémie. Toute personne qui « par quelque moyen que ce soit, est susceptible de provoquer la peur ou l’inquiétude du public, ou qui a l’intention de provoquer cela » peut être condamnée à jusqu’à trois ans de prison.

Or, sur divers réseaux sociaux ou plateformes, Rémy Daillet-Wiedemann demeure très bavard sur le sujet. Dans une vidéo intitulée « Après la fin des Temps, partie 2 » et postée sur Odysee – plateforme connue pour être bien plus laxiste sur les questions complotistes et les fake news que YouTube –, il assure par exemple, à propos des masques de protection contre le Covid-19 : « Tout ce qu’il réussit à faire, c’est à diminuer le taux d’oxygène dans votre organisme et donc votre immunité. Le masque est donc fait pour vous empoisonner ». Avant d’enjoindre ses sympathisants à « refuse(r) le masque qui est un outil discret d’euthanasie ». 

Le décret ne précise cependant pas comment cette nouvelle mesure s’applique pour des vidéos postées depuis son territoire en langue étrangère et vraisemblablement plutôt destinées à un public au-delà des frontières du pays. Selon l'avocat malaisien Sankara Nair, interrogé par RFI, elle s'appliquerait aux propos en français postés depuis la Malaisie qui diffusent des fake news alarmantes remettant en cause de manière globale le port d'un masque ou d'une mesure de confinement.

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