Chute d'une fusée chinoise: où vont tomber les débris?

La fusée Long March 5B-Y2 le 29 avril 2021.
La fusée Long March 5B-Y2 le 29 avril 2021. VIA REUTERS - CHINA DAILY

Les Gaulois avaient peur que le ciel leur tombe sur la tête. Les Chinois, ce sont plutôt les fusées. Où vont retomber les débris de la fusée chinoise Long-March ce week-end ?

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De notre correspondant à Pékin,

Il y a un morceau de la fusée chinoise qui est en train de chuter en ce moment, de manière incontrôlée vers la Terre. Il s’agit d’un gros morceau puisqu’il s’agit de l’étage principal de la fusée Long March 5B-Y2. Un engin qu’on a vu décoller le 29 avril dernier de l’île de Hainan, au sud de la Chine. Un engin capable de grimper en orbite la cabine, l’espace de vie de la future station spatiale des Chinois. L’étage du bas de la fusée avec les réacteurs, 30 mètres de long, 5 mètres de diamètre, pesant plus de 20 tonnes et qui se trouve actuellement à 270 km en orbite au-dessus de nos têtes lancées à 27 790 km/h. On l’attend dans l’atmosphère dans la nuit du 8 au 9 mai, donc dimanche avant midi à l’heure de Pékin.

Quelle trajectoire ?

Les scientifiques regardent cela de près. Le problème, c’est qu’on ne sait pas où il va atterrir. Il est impossible de savoir avec précision quelle trajectoire prendra l’épave de la fusée une fois qu’elle sera entrée dans l’atmosphère. « Ce sera l’un des plus gros atterrissages de débris non contrôlés », a prévenu le site spécialisé Space News. La plupart des éléments devraient fondre. Ils vont brûler en se rapprochant de la surface, mais ils pourraient y avoir des survivants…. Des barres de fer, des éléments de titane tombant à une vitesse hypersonique. C’est arrivé l’année dernière, en mai 2020, en Côte d’Ivoire. Des habitants de N’Guessankro ont cru voir un énorme éclair et dans le village de Mahounou un grand tuyau de 12 mètres de long est tombé du ciel aussi. Un objet métallique bien identifié. Selon l’astrophysicien Jonathan McDowell du Harvard Smithsonian center for astrophysics il s’agissait ni plus ni moins que d’un débris de la fusée Long March. Et pour le décollage à partir de la base de Xichang dans l’ouest de la Chine, le village de Suining aussi dans la province du Hunan a vu lui aussi retomber les débris, rappelait en 2013 Libération.

Alors, le souci effectivement est qu’on ne sait pas où la traînée de débris va retomber cette fois. Et l’angle est assez large : depuis New-York, Madrid ou Pékin au nord, à Santiago et Wellington au sud, et tout ce qu’il y a entre les deux. Mais il y a aussi beaucoup d’eau, donc il y a de fortes chances que ce soit dans les eaux internationales.

C’est d’ailleurs ce qu’a rappelé le ministère chinois des Affaires étrangères ce vendredi. Pékin se veut rassurant. « La partie chinoise est très préoccupée par le retour de la roquette », a déclaré Wang Wenbin. « La plupart des composants seront détruits pendant le processus de rentrée dans l’atmosphère. La probabilité de nuire aux activités aériennes et au sol est extrêmement faible », a fait savoir le porte-parole de la diplomatie chinoise.

Compétition dans l'espace... et dans les mots

Ces propos sont intervenus après les déclarations du secrétaire américain de la Défense qui a reproché en quelque sorte à la Chine de ne pas agir « de manière sûre et réfléchie » en matière spatiale. Il y a une compétition dans l’espace, mais aussi dans les mots entre Washington et Pékin. C’est en tout cas ce qu’on mesure en lisant la propagande d’État. Le Global Times a immédiatement évoqué une « rumeur » propagée par des Occidentaux qui s’amuseraient à se faire peur, un peu jaloux aussi des réussites spatiales chinoises. Il dénonce « le battage médiatique occidental autour d’une menace chinoise » et répète que les risques sont minimes avec la destruction de la plupart des éléments en entrant dans l’atmosphère.

Toute la trajectoire de la fusée et de ses débris a soigneusement été étudiée, assure Wang Ya’nan, rédacteur du magazine Aerospace Knowledge cité par le tabloïd filial du Quotidien du Peuple. Selon Song Zhongping, expert en aérospatiale dans les colonnes du Global Times encore, la fusée Longue Marche utiliserait même un carburant « respectueux de l’environnement (...) qui ne causera pas de pollution si les débris tombent dans l’océan ». Il n’empêche qu’avec l’accélération du programme spatiale chinois, certains sont inquiets à plusieurs titres sûrement. « Le Parti communiste chinois a montré à plusieurs reprises un mépris flagrant pour la sécurité de l’espace, cette fois en ne prévoyant même pas où le corps de la fusée Long March 5 pourrait atterrir », écrit Jim Cooper, un membre démocrate du Congrès américain cité par le South China Morning Post.

Les États-Unis refusent de travailler avec la Chine en matière d’exploration spatiale, domaine considéré comme stratégique et militaire par Washington. Les programmes communs entre les Chinois et d’autres pays sont encore rares. L’un des rares exemples est celui du lancement d’un satellite franco-chinois en 2018.

En attendant, Pékin poursuit sa marche forcée vers le ciel malgré les critiques sur la sécurité. Onze lancements sont prévus dans les deux ans qui viennent. À ce rythme, la station spatiale chinoise Tianhe devrait opérationnelle d’ici à la fin 2022. 

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