Inde: polémique autour d'un chantier gouvernemental maintenu en pleine crise du Covid-19

Un ouvrier sur le chantier de Central Vista. New Delhi, le 9 mai 2021.
Un ouvrier sur le chantier de Central Vista. New Delhi, le 9 mai 2021. AFP - SAJJAD HUSSAIN

L’Inde subit depuis environ un mois par une violente deuxième vague de contaminations du Covid-19 qui a frappé en premier lieu sa capitale, New Delhi. Cette ville est à l’arrêt, mais un chantier continue : celui destinée à remplacer les principaux bâtiments publics du centre de la ville. Un projet extrêmement politique et le maintien de ces travaux fait polémique.

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De notre correspondant en Inde,

L’objectif de ce gigantesque chantier est de complètement redessiner une zone de 35 hectares au cœur de New Delhi, appelée Central Vista, et qui accueille les plus importants bâtiments du pouvoir indien : le palais présidentiel, le parlement, les ministères, etc… Le gouvernement justifie ce méga chantier par le fait que ces structures sont anciennes, certaines sont centenaires, d’autres seraient trop petites, vétustes ou inadaptées aux besoins de climatisation, par exemple.

Plusieurs dizaines de bâtiments doivent donc être construits, dont un nouveau Parlement et une nouvelle résidence pour le Premier ministre, pour un coût total de plus de deux milliards d’euros sur sept ans. Ce projet phare permettra au Premier ministre, Narendra Modi, de laisser son empreinte historique sur la capitale et il en a donc fait un projet prioritaire : il a annoncé que tout doit être prêt avant la fin de son mandat en 2024.

Chantier « essentiel »

Aujourd’hui, rien ne semble arrêter ce chantier, pas même les ravages du coronavirus. Mais cela commence à faire polémique : la contamination est fulgurante dans la capitale, les malades ne trouvent pas de lit ni d’oxygène, le gouvernement régional a déclaré un confinement général, a interdit toutes les activités pour freiner la propagation, mais ce chantier, lui, a été déclaré comme « essentiel » par le gouvernement fédéral. Ce dernier assure que la centaine d’ouvriers dorment sur le site, ce qui éviterait la contagion en dehors, mais les travailleurs interrogés par un média local disent le contraire. Ils sont bien emmenés tous les jours en bus depuis leur maison.

La priorité du gouvernement de Narendra Modi semble être de finir rapidement, coûte que coûte. Cela en choque beaucoup, car la santé des ouvriers est mise ainsi en danger. Mais plus généralement aussi : en quoi la construction d’une nouvelle résidence pour le Premier ministre est prioritaire au moment où les gens meurent devant les hôpitaux car le gouvernement ne peut leur fournir de l’oxygène ? Cela offre une image de vanité princière et de déconnection, qui est largement exploitée par l’opposition qui demande la suspension de ces travaux.

Une demande de suspension devant la cour d’appel

Du côté du gouvernement, on répond d’abord, que ce chantier offre de l’emploi et des revenus à ces ouvriers. Ensuite, que le gouvernement a alloué cette année deux fois plus d’argent pour la vaccination contre le Covid-19, que ce qui sera dépensé pendant 7 ans pour cette construction. « Nous connaissons nos priorités », rétorque un ministre. Deux résidents de New Delhi ont tout de même déposé une demande de suspension des travaux devant la cour d’appel de la capitale, et les juges doivent se prononcer ce lundi 10 mai.

 

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