Thaïlande: «Quittons le pays» ou quand les jeunes préfèrent partir face aux dérives de l’État

Manifestation de jeunes Thaïlandais devant le tribunal de Bangkok. Ils protestent contre l'arrestation d'activistes politiques. Le 2 mai 2021.
Manifestation de jeunes Thaïlandais devant le tribunal de Bangkok. Ils protestent contre l'arrestation d'activistes politiques. Le 2 mai 2021. AFP - JACK TAYLOR

En Thaïlande, un groupe sur le réseau social Facebook, créé il y a quelques jours, rassemble déjà près d’un million de jeunes Thaïlandais. Son nom : « Quittons le pays », il appelle la jeunesse à émigrer et sert de plate-forme d’expression au ras-le-bol envers le gouvernement.

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De notre correspondante en Thaïlande,

« Sortez-moi de là ! », c’est le cri du cœur que poussent beaucoup de ces jeunes sur cette page Facebook. En cause, les récents manquements du gouvernement thaïlandais notamment la quasi-absence de programme de vaccination en Thaïlande, un pays qui avait pourtant bien géré le début de la crise sanitaire mais se retrouve aujourd’hui largement à la traîne en Asie sur les vaccins.

Les jeunes dénoncent la corruption

Ce que les jeunes dénoncent aussi la corruption endémique des élites. L’élément déclencheur qui a abouti à la création de ce groupe est une décision de la Cour constitutionnelle. Il y a quelques jours, elle a décidé de maintenir dans ses fonctions le vice-ministre de l’Agriculture malgré le fait qu’il a été condamné pour trafic d’héroïne en Australie dans les années 90, sous une autre identité, des faits révélés par la presse. La Cour a décidé que des condamnations à l’étranger n’entachaient pas le casier judiciaire en Thaïlande. Une pilule d’autant difficile à avaler que la justice refuse depuis des mois de libérer sous caution avant leur procès, une dizaine d’étudiants emprisonnés pour lèse-majesté, dont le seul crime est d’avoir organisé des manifestations. Deux sont aujourd’hui en grève de la faim. « Ras-le-bol que les élites aient toujours raison et le peuple toujours tort, c’est le moment de partir », écrit une jeune femme qui souhaite émigrer au Japon.

Le Japon et la Corée, dont la culture est attrayante aux yeux des Thaïlandais sont des choix répandus. En Europe, la Suisse, la Finlande ou encore la Norvège se distinguent. Les jeunes font appel aux entreprises locales pour les embaucher et se disent prêts à effectuer n’importe quelle tâche. De jeunes expatriés viennent partager leur expérience, ils mettent en avant le niveau élevé des salaires, la sécurité sociale et le fait que dans ces pays « tout le monde se parle d’égal à égal ».

L'Australie souvent mentionnée

L’Australie est aussi souvent mentionnée car elle combine des standards de vie européens à une forte présence des communautés asiatiques et donc, préoccupation majeure, une gastronomie thaïlandaise authentique. Le niveau des impôts européens, le climat et la difficulté des langues locales est une source d’inquiétude pour ces jeunes, mais leur volonté de voyager est vive. C’est un véritable tournant car jusqu’ici la jeunesse thaïlandaise était considérée par les multinationales comme étant l’une des plus rétives à l’expatriation.

Le groupe Facebook met à jour la fracture générationnelle qui existe dans le pays. Ce fracture qui a poussé des dizaines des milliers de jeunes Thaïlandais dans les rues il y a quelques mois. Un mouvement étudiant qui exigeait le départ du gouvernement, une réforme de l’institution monarchique et du système éducatif ; aujourd’hui la majorité des leaders de ce mouvement sont en prison. Leur champion politique, Thanathorn Juangroongruangkit, qui avait triomphé aux élections de 2019 en se présentant comme le candidat de la jeunesse, a été banni de la vie politique pour dix ans. Aujourd’hui, le ras-le-bol de la jeunesse thaïlandaise, tenue soigneusement hors des cercles du pouvoir, s’accumule dangereusement.

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