Ces Malaisiennes qui dénoncent le «contrôle des règles» et la culture du viol

Des piétons dans le centre de Kuala Lumpur, le 29 décembre 2020 (image d'illustration).
Des piétons dans le centre de Kuala Lumpur, le 29 décembre 2020 (image d'illustration). SOPA Images/LightRocket via Gett - SOPA Images

En Malaisie, les réseaux sociaux permettent aux lycéennes d’aujourd’hui et d’hier de dénoncer le sexisme et les agressions sexuelles qu’elles subissent depuis plusieurs décennies. 

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De notre correspondante à Kuala Lumpur,

Si les Malaisiens sont aujourd’hui de nouveau confinés, sur Internet et dans la presse les langues, elles, se délient, et ce sont des dizaines et des dizaines de témoignages qui circulent avec une grande viralité. Certains sont récents, d’autres datent d’il y a 20 ans. Si le cadre du lycée est invariable, les régions de provenances sont, elles, diverses, comme le statut des établissements, pensionnats publics ou écoles privées.

Toutes ces histoires débutent de la même manière : par une mise en doute de la parole des lycéennes qui assurent avoir leur règle, et donc ne pas pouvoir assister au cours de sport ou aux sessions de prières. Car selon l’islam, la religion d’État en Malaisie, pratiquée par la majeure partie de la population, une femme ne peut pas prier lorsqu’elle a ses règles. Les témoignages racontent alors comment les adolescentes se retrouvent à devoir, parfois publiquement, montrer leur sang menstruel sur un mouchoir, un coton tige ou bien leur doigt, ou bien comment le personnel éducatif leur agrippe parfois l’entrejambe pour vérifier qu’elles portent une protection hygiénique. 

Une expression anglaise apparaît rapidement pour décrire ce phénomène : period spot check, que l’on pourrait traduire par « contrôle des règles ». D’après Google Trends, ces trois mots n’avaient jamais été recherchés dans le moteur de recherches avant avril 2021 en Malaisie. 

Le mal est désormais nommé, mais s’il fait la Une de nombreux médias nationaux, du côté des autorités, c’est d’abord le silence qui est de mise, puis un certain embarras. Lorsque le ministre de l’Éducation prend enfin la parole le 26 avril, il assure, qu’aucune des académies n’a confessées pratiquer le « contrôle des règles », et ajoute : « Si cela s’est produit, dites-moi dans quelles écoles ». Le média indépendant Malaysiakini, un des plus prolixes depuis les premières révélations, lui, a alors fournila liste (en anglais) des établissements à travers tout le pays qu’il avait recensé lors de son investigation, et des enquêtes sont en cours. 

« Faisons de l'école un endroit sûr »

Mais depuis cette première libération de la parole, un autre mouvement a vu le jour sur les réseaux sociaux, et il parle cette fois-ci de la façon dont est traité le viol dans les lycées malaisiens. Le 23 avril dernier, Ain Husniza Saiful Nizam, une lycéenne de 17 ans, rentre de l’école et poste cette vidéo sur TikTok qui sera visionnée plus d’un million quatre cent mille fois. Face caméra, à visage découvert, elle y raconte comment cet après-midi-là, un professeur a fait un cours d’éducation sexuelle.

« Il faisait d’abord des blagues qui semblaient normales, raconte l’adolescente depuis sa chambre, et puis ses blagues ont commencé à être bizarres et obscènes. Il parlait du fait qu’il y a des lois qui protégeaient les mineurs contre les agressions sexuelles et les viols. Et là vous savez ce qu’il a dit ? "Si vous voulez violer quelqu’un, violez donc un majeur, pas un mineur". »

D’autres propos que le professeur aurait ensuite prononcés sont ensuite rapportés, où il assurerait par exemple que les garçons ne se font pas violer car ils éprouvent toujours du plaisir. Dans la foulée, l'adolescente lance un hashtag « Faisons de l'école un endroit sûr » et déchaîne immédiatement les passions des internautes. 

Mais alors que divers membres de l’opposition et associations apportent son soutien à Ain Husniza, que le ministère de l’Éducation promet une enquête sur le professeur incriminé, les critiques se font, elles aussi, nombreuses. Et dans la petite ville de la banlieue de Kuala Lumpur où vit Ain Husniza, les événements ne tournent pas en faveur de la jeune fille. Certains de ces camarades l’accusent de ternir l’image de leur établissement, et l’adolescente reçoit même des menaces de viol.

Depuis la médiatisation de cette affaire, Ain Husniza demeure également menacée d’expulsion pour avoir manqué des jours d’école alors qu’elle dit craindre pour sa sécurité, informent plusieurs médias malaisiens (en anglais) Et sur son compte Facebook, la proviseure du lycée s’en prend, elle aussi, à l’adolescente qu’elle traite « d’enfant de Satan ». 

Les parents de Ain, eux, considèrent leur fille comme une lanceuse d’alerte et soutiennent sa démarche, qui, assurent-t-ils, a permis à de nombreuses femmes et adolescentes d’exprimer leur harcèlement qu’elles subissaient. 

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