L’Indonésie craint une explosion de cas de Covid-19 avec la fête de l'Aïd

L'Indonésie a restreint les déplacements peu avant la fête d'Aïd el-fitr, célébrant la fin du ramadan, pour éviter une explosion de cas de Covid-19. Ici, un policier contrôle un voyageur près de Makassar, le 7 mai 2021.
L'Indonésie a restreint les déplacements peu avant la fête d'Aïd el-fitr, célébrant la fin du ramadan, pour éviter une explosion de cas de Covid-19. Ici, un policier contrôle un voyageur près de Makassar, le 7 mai 2021. © Antara Foto/Abriawan Abhe, via REUTERS

Dans le pays qui compte le plus de musulmans au monde, la fin du ramadan génère des immenses mouvements de migrations intérieures. Nommé mudik, ce retour des travailleurs dans leur région natale fait craindre le pire aux épidémiologistes : une explosion de cas de Covid-19. Car malgré l’interdiction de circuler en vigueur depuis le 6 mai, le gouvernement s’attend à ce que 18 millions d'Indonésiens s'obstinent à voyager.

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De notre correspondante en Asie du Sud-Est,

Avec une musique menaçante et des vidéos filmées sur les barrages routiers, la police indonésienne rappelle l’interdiction de voyager sur son compte Instagram. Les règles sont rappelées, par une policière qui arrête un automobiliste : « Il faut une autorisation du ministère des Transports pour voyager, monsieur », dit-elle dans une vidéo.

Certains sont partis avant l’interdiction de voyager, d’autres ont emprunté des routes secondaires ou sont montés dans des camions de marchandises. Ces millions d’Indonésiens qui ont réussi à éviter les 166 000 policiers et militaires postés sur les routes sont aujourd’hui le cauchemar des épidémiologistes.

« C’est en en train de devenir une bombe à retardement, constate le Dr Dicky Budiman, épidémiologiste à l’Université de Griffith. Cela pourrait devenir comme l’Inde, ce qui s’est passé là-bas a été causé par des regroupements religieux. Et les nouveaux variants circulent déjà en Indonésie : l’indien, le britannique, le sud-africain… »

Déjà en 2020, les quelques jours fériés de la fin du ramadan - parfois les seuls chômés par de nombreux travailleurs du secteur informel - avaient affolé les courbes de contamination : le nombre de nouveaux cas quotidiens avait plus que doublé dans les deux semaines qui ont suivi l’Aïd.

Très peu de tests et de lits en soins intensifs, vaccination infime

Un an plus tard, l’Indonésie est toujours loin de maîtriser la circulation du virus et continue d’avoir un nombre de tests par jour extrêmement bas. Et avec seulement trois lits de soins intensifs pour 100 000 habitants, le quatrième pays le plus peuplé au monde n’a pas cessé d’être dépassé par le coronavirus. Depuis décembre 2020, de nouveaux cimetières doivent être construits à Jakarta, car tous les existants sont saturés par les morts du Covid-19.

Le taux de vaccination reste encore très bas, avec seulement 4 % d’Indonésiens qui ont reçu leur première dose, et la population n’est pas réputé pour avoir l’habitude de se signaler aux autorités sanitaires lorsqu’elle est souffrante, rappelle le Docteur Dicky Budiman : « 80 % des Indonésiens, lorsqu’ils tombent malades, se soignent par eux-mêmes, chez eux. »

Si tous les voyants étaient déjà au rouge, ces intenses mouvements de circulation à l’occasion de l’Aïd annihilent l’un des rares avantages dont disposaient l’Indonésie face au Covid-19, note enfin l’épidémiologiste : « Comme nous sommes un archipel, nous avons des barrières naturelles, les îles permettent des confinements géographiques. Donc il faudrait les utiliser, mais là, c’est trop tard, on a perdu cette opportunité. »

Un chiffre du gouvernement semble déjà confirmer son avertissement : sur 6 742 voyageurs testés au hasard, 61 % se sont révélés positifs au Covid-19, a révélé Airlangga Hartarto, le ministre en charge de la gestion de la pandémie.

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