Taïwan: les bateaux de haute-mer pointés du doigt pour la maltraitance des marins migrants

Pêcheur triant des filets dans l'Est de Taïwan, le 26 septembre 2016 (Image illustration).
Pêcheur triant des filets dans l'Est de Taïwan, le 26 septembre 2016 (Image illustration). © AFP - SAM YEH

Taïwan, archipel situé au large de la Chine, est le deuxième pays au monde en termes de nombre de bateaux de pêche en haute-mer, les hauturiers. Ces navires qui peuvent passer plusieurs mois en mer embauchent essentiellement des travailleurs pauvres migrants, venus d'Asie du Sud-Est. Il s’agit d’une industrie très lucrative. Mais depuis l'an dernier, Taïwan est sous le feu des critiques pour des atteintes aux droits de l’homme répétées sur ces navires de pêches.

Publicité

Avec notre correspondant à TaïwanAdrien Simorre

Depuis son retour à Taïwan, Jaka* n’en finit plus de faire des cauchemars. Ce ressortissant philippin de 38 ans était jusqu’à l’an dernier pêcheur sur un chalutier dirigé par un capitaine Taïwanais. Il est aujourd’hui abrité par une association dans le sud de Taipei.

« Sur le bateau, nous ne pouvions dormir qu’entre trois et cinq heures par jour. La nourriture était insuffisante et nous étions tous très affaiblis. Le patron était très violent avec nous. Un soir, il a frappé dans la nuque un de mes collègues indonésiens. Le lendemain, nous l’avons retrouvé mort », témoigne-t-il.  

Les entreprises taïwanaises possèdent plus de 1 000 bateaux de pêches en haute mer, sur lesquels travaillent au moins 20 000 ouvriers migrants. Violences physiques et verbales, rétentions de passeports ou de salaires... Autant d’abus qui ont conduit en 2020 le département du Travail américain, à considérer le produit de leur pêche comme étant issu du travail forcé.

« Exclus du Code du travail taïwanais »

« Taïwan se présente toujours comme un pays qui respecte les droits de l’homme. Mais en ce qui concerne les pêcheurs migrants, ce n’est absolument pas le cas. Quand les bateaux accostent à Taïwan, les autorités font très rarement des contrôles. Il faut une vraie volonté politique pour changer cela. Ces pêcheurs sont exclus du Code du travail taïwanais », explique Lennon Ying-Dah Wong, le directeur de l’association qui héberge Jaka.   

La semaine dernière, l’organe de contrôle du système politique taïwanais a pour la première fois exhorté les autorités à s’attaquer sérieusement au problème. Un espoir pour les ONG comme pour Jaka, qui espère que son ancien capitaine sera un jour jugé.

* Surnom

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail