En Indonésie, le vaccin Sinovac se heurte au sentiment anti-chinois

Une Indonésienne reçoit une dose du vaccin chinois Sinovac lors d'une vaccination de masse d'employés d'un centre commercial à Tangerang, le 1er mars 2021.
Une Indonésienne reçoit une dose du vaccin chinois Sinovac lors d'une vaccination de masse d'employés d'un centre commercial à Tangerang, le 1er mars 2021. AP - Tatan Syuflana

Il vient d'être homologué par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), mais en Indonésie, le pays qui a acheté le plus de doses à la Chine pour l'instant, le vaccin chinois suscite beaucoup de méfiance. Malgré 92 millions de doses reçues, en grande majorité de Sinovac, moins de 4 % d'Indonésiens ont été à ce jour vaccinés. Selon une étude récente, le sentiment anti-chinois est un des freins à la vaccination dans le pays. 

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Avec notre correspondante régionale en Asie du Sud-Est, Gabrielle Maréchaux

Que ce soit à travers des vidéos du ministre de la Santé sur Instagram, ou bien des amendes pour ceux qui refusent de se faire vacciner, l’Indonésie fait tout depuis janvier pour inciter sa population à la vaccination, sans grand succès. Une méfiance qui a interpellé Sharyn Graham Davies, anthropologue et directrice du Herb Feith Indonesia Engagement Centre. « Ce qui me surprenait, c’est que les Indonésiens se font massivement vacciner normalement, contre la rougeole, les oreillons et la rubéole, et ne se soucient pas de la provenance du vaccin d’habitude. On a également constaté qu’il y avait de nouvelles défiances envers la vaccination, comme l’idée que la Chine a de mauvaises intentions. » 

Parmi les arguments évoqués chez les personnes sondées par l’équipe de chercheurs de Sharyn Graham Davies, le fait que la Chine importe des vaccins européens. Ce qui serait pour eux la preuve que le vaccin chinois n’est pas efficace. Autre argument : le manque de transparence dans la composition du vaccin, qui ne serait pour eux pas halal.

Méfiance historique et peurs actuelles

Si la méfiance envers la Chine est donc récurrente lorsqu’il s’agit du vaccin Sinovac, elle n’est pas inédite en Indonésie, rappelle l'anthropologue : « Elle remonte au moins à 1965, quand des prétendus communistes ont été accusés d’avoir fomenté un coup d’État. Depuis, le communisme est interdit dans le pays et la Chine inspire la méfiance. »

« Vous combinez cela aujourd’hui à la peur que les Chinois volent les emplois des Indonésiens, poursuit Sharyn Graham Davies, à la peur des délocalisations vers la Chine, et puis enfin au fait que le coronavirus vienne de Chine, que les Indonésiens ne peuvent aujourd’hui pas voyager, mais qu’ils ont vu depuis le début de la pandémie des travailleurs chinois arriver chez eux, et vous avez la recette du sentiment anti-chinois actuel. » 

Utiliser un autre vaccin pour les sceptiques

Pour Najmah (1), maîtresse de conférence à la faculté de santé publique de l’université de Sriwijaya, cette actuelle défiance envers le vaccin Sinovac peut avoir des conséquences qui dépassent largement le programme de vaccination contre le Covid-19. Elle cite pour cela notamment, le cas de cette personne interrogée qui refuse désormais de vacciner son enfant contre la rougeole, de peur que ce soit une occasion pour les autorités sanitaires de le vacciner également contre le Covid-19.

« On constate que la confiance est rompue entre la population et les autorités sanitaires, analyse la chercheuse, et c’est vraiment très triste. Le gouvernement doit prendre ce problème à bras le corps et le résoudre avec plus de transparence et moins de mesures coercitives. Car on constate une sorte de résistance collective si le gouvernement essaie de résoudre cela avec plus de sanctions. » 

Pour le Dr Dicky Budiman, épidémiologiste à la Griffith University, la réponse pourrait également être pragmatique : « Une stratégie pourrait être d’utiliser un autre vaccin que le Sinovac pour ceux qui sont sceptiques. Quand on fait face à des croyances aussi fortes, il faut trouver une autre voie et ne pas essayer de les combattre frontalement. » 

► À lire aussi : Covid-19: la diplomatie du vaccin de Pékin en Asie du Sud-Est

(1) Comme beaucoup d’Indonésiens, elle n’a qu’un prénom. 

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