Tiananmen: la mémoire du 4 juin 1989 toujours interdite en Chine

Des policiers chinois sur la place Tiananmen, à Pékin, le 4 juin 2021, trente-deux ans après la répression sanglante des manifestants.
Des policiers chinois sur la place Tiananmen, à Pékin, le 4 juin 2021, trente-deux ans après la répression sanglante des manifestants. AFP - GREG BAKER

Ce vendredi marque le 32e anniversaire de la répression du printemps de Pékin, le 4 juin 1989. Pour la deuxième année consécutive, la cérémonie en mémoire des victimes est interdite à Hong Kong. Interdiction de se rassembler, interdiction de parler de ce qu'il s'est passé, alors que la Chine s’apprête à célébrer les cent ans du Parti communiste chinois. Trente-deux ans après Tiananmen, c’est toujours le silence radio dans les médias et sur les réseaux sociaux.

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Avec notre correspondant à Pékin, Stéphane Lagarde

Foulards rouges des pionniers raccord avec les drapeaux rouges de la Chine populaire agités sur des chants à la gloire du Parti communiste chinois. Ce vendredi 4 juin, les répétitions pour les cérémonies du centenaire battent leur plein dans les écoles de Pékin.

Répétitions à Pékin pour les cérémonies des 100 ans du Parti communiste chinois
Des pionniers répètent pour les cérémonies du centenaire du Parti communiste chinois, le 4 juin 2021 dans une école de Pékin.
Des pionniers répètent pour les cérémonies du centenaire du Parti communiste chinois, le 4 juin 2021 dans une école de Pékin. © RFI / Stéphane Lagarde

Les cent ans du parti qui a façonné la Chine moderne seront célébrés en juillet prochain. Des grandes dates, des succès, mais aussi des oublis, comme en témoignent les Unes des journaux ce vendredi matin.

Mémoire sélective

Pas un mot à la radio ou dans le journal de la télévision centrale de Chine sur le 4 juin 1989 et les étudiants rassemblés sur la plus grande place du monde il y a trente-deux ans pour exiger la fin de la corruption et une plus grande liberté de parole. Pas un caractère qui dépasse, pas un chiffre rappelant la date de l’événement politique le plus important de l’après-Révolution culturelle.

Cette mémoire sélective, cette obsession à bâillonner le souvenir peut surprendre trente-deux ans après. Après trois décennies de censure et de propagande, une partie de la jeunesse chinoise n’a jamais entendu parler de « tank man » et des dirigeants réformistes sanctionnés après le Printemps de Pékin. Une partie de ceux qui savent se sont rangés à la version officielle de la répression « nécessaire ».

Le «tank man» de la place Tiananmen, un homme seul face aux chars de la répression le 4 juin 1989 (capture vidéo).
Le «tank man» de la place Tiananmen, un homme seul face aux chars de la répression le 4 juin 1989 (capture vidéo). Getty Images - CNN

Émoticône bougie

Le « 4 juin » ou le « 35 mai », comme l’ont surnommé ceux qui souhaitent contourner l’amnésie collective imposée par les filtres de la censure, n’est pas non plus sur les réseaux sociaux. Comme chaque année au début du mois de juin, les VPN permettant de contourner la grande muraille informatique patinent dans les pixels et le symbole « chandelle » a disparu de la liste des émoticônes proposés par les messageries chinoises WeChat et QQ.

« Mon compte Weibo a été supprimé », explique un internaute sur Twitter – censuré en Chine –, après que ce dernier a osé poster l’image d’une bougie avec les mots « bonne nuit ».

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► Sur RFI Savoirs : Le massacre de Tiananmen

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