La dictature nord-coréenne durcit le ton contre les influences culturelles étrangères

Réunion autour de de Kim Jong Un à Pyongyang, le 4 juin 2021.
Réunion autour de de Kim Jong Un à Pyongyang, le 4 juin 2021. AP

À Pyongyang, depuis décembre 2020, une loi vise à lutter plus fermement contre ce que les autorités nord-coréennes appellent les « influences étrangères ». Les musiques et séries sud-coréennes, ainsi que des coupes de cheveux ou des mots venus de l’étranger sont la cible du régime. 

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De notre correspondant régional,

Désormais, c'est quinze ans de camp de travail contre cinq auparavant pour ceux qui posséderaient ou regarderait des divertissements sud-coréens. Mais ceux qui les transmettent risquent la peine de mort. Cette loi prévoit aussi deux ans de prison pour les citoyens qui parleraient « à la manière » des voisins du sud. Par exemple, il est courant que les femmes appellent leur petit ami « oppa » ici à Séoul, ce qui signifie grand-frère, alors qu’à Pyongyang, c'est le terme « camarade » qui est de rigueur. Kim Jong-un a qualifié ce langage de pervers et l’invasion culturelle sud-coréenne de « poison vicieux ». Le régime semble inquiet de l’influence de son voisin notamment sur les plus jeunes générations. Les médias d’État s’attaquent ces derniers mois à toutes les influences qu’ils qualifient d’anti-communistes.

Pyongyang plus isolé que jamais

Il est toujours compliqué de trouver des explications concernant les actions du régime des « Kim », mais ce changement de ton intervient alors que le pays vit plus fermé que jamais depuis le début de la pandémie. Cela fait de très nombreuses années que les divertissements sud-coréens sont populaires au Nord, Kim Jong-Un lui-même avait assisté à un concert de K-Pop à Pyongyang en 2018. De manière générale, à son arrivée au pouvoir, sa politique était plus ouverte sur l’extérieur, notamment sur le plan économique.

Désormais la stratégie de Pyongyang est axée sur l’auto-dépendance, de l’économie, mais aussi de la culture, ce qui risque d’affecter le niveau de vie des citoyens. « Je pense que Kim Jong-un comprend que cette politique a deux aspects. D’un côté, il rend son régime moins vulnérable économiquement, mais politiquement, sa population va être mécontente de ce changement de stratégie, donc en augmentant le niveau de répression, il s’assure que tout le monde reste dans le droit chemin. », analyse Go Myung-Hyun chercheur à l’Asean Institute à Séoul.

Des produits sud-coréens qui circulent de toute façon

Il est encore plus difficile d’obtenir des informations fiables depuis la fermeture quasi-totale de la frontière avec la Chine et le départ de la plupart des étrangers. Mais le Daily NK une publication basée à Séoul avec des sources en Corée du Nord, a rapporté une exécution pour vente de divertissements sud-coréens en avril. Plus récemment, six étudiants auraient été envoyés en camp de rééducation pour avoir consommé des séries. Des informations impossibles à vérifier. Difficile toutefois d’imaginer que cette répression ait une efficacité totale. Selon une étude de l’université de Séoul, en 2018, 40% des Nord-coréens ayant quitté leur pays déclarait avoir consommé des produits culturels sud-coréens lorsqu’ils étaient de l’autre côté de la frontière.

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