En Malaisie, la pandémie a accru la répression envers les Rohingyas

Si les soins médicaux prodigués aux migrants en Malaisie sont donc l’objet de nombreux débats, le lien entre les Rohingyas et le Covid demeure lui souvent présenté comme explicite.
Si les soins médicaux prodigués aux migrants en Malaisie sont donc l’objet de nombreux débats, le lien entre les Rohingyas et le Covid demeure lui souvent présenté comme explicite. REUTERS - LIM HUEY TENG

En Malaisie, les associations de défense des droits de l’homme s’inquiètent des répressions grandissantes contre les plus de 100 000 Rohingyas qui vivent dans le pays. Ces Birmans musulmans qui ont fui le nettoyage ethnique de l’armée birmane n’ont pas de statut légal en Malaisie, qui ne reconnaît pas les droits des réfugiés, mais leur présence était en pratique tolérée et ils n’étaient en principe pas arrêtés avant la pandémie. 

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Depuis l’apparition du Covid-19 en Malaisie, le pays a compté trois confinements stricts, mais Katrina Maliamauv, à la tête de l’antenne malaisienne d’Amnesty International, a du mal à énumérer le nombre d’actions et de discours anti-migrants en général, et anti-Rohingyas en particulier qu’elle a recensés. « Rien que ces deux dernières semaines, rapporte-t-elle, on a vu les services de l’Immigration poster sur les réseaux sociaux une affiche anti-Rohingyas où il était écrit : "Migrants rohingyas, votre arrivée n'est pas légale". Cette semaine Hamzah Zainudin, le ministre de l’Intérieur, a lui partagé sur Instagram des photos non floutées d’une arrestation en demandant en commentaire aux Malaisiens de transmettre aux autorités des informations sur les migrants. » 

Avant cela, le ministre avait déjà fait savoir que pour se faire vacciner les migrants sans statut légal devaient se rendre aux autorités. Pourtant en février, la Malaisie avait déclaré que tous les étrangers étaient éligibles aux programmes de vaccination auquel ils pouvaient participer sans crainte. 

Si les soins médicaux prodigués aux migrants sont donc l’objet de nombreux débats, le lien entre ces étrangers et la maladie de coronavirus demeure lui souvent présenté comme explicite, comme dans le discours du ministre de l’Intérieur qui a pu assurer en conférence de presse : « Ils sont très dangereux, car ils ne respectent pas les gestes barrières et ils peuvent propager le virus dans notre communauté ».

Une illusion de protection

Pour Katrina Maliamauv, « c’est comme si l’État disait : “On vous protégera, vous les Malaisiens, en nous attaquant à ce groupe de personne”. Cela donne l’impression d’un rassemblement contre un “ennemi commun”, qui donne l’illusion d’être protégé pendant la pandémie », analyse-t-elle.   

Pourtant, d’après divers observateurs de la situation actuelle en Malaisie, la politique répressive de l’immigration malaisienne ne ferait qu’empirer la crise sanitaire, car les prisons surpeuplées où sont envoyés migrants et Rohingyas demeurent des foyers réguliers de transmission du Covid. Des députés de l’opposition, l’ONG Lawyers for Liberty, le groupe consultatif malaisien sur la Birmanie ont notamment exprimé leur inquiétude à ce sujet dans la presse. 

Et lorsque des Rohingyas sont incarcérés, rapporte Hui Ying Tham, à la tête de l’ONG Asylum Access Malaisie, leur situation devient aussi inextricable qu’inquiétante : « Il y a actuellement 1998 Rohingyas dans les centres de détention de l’immigration d’après les autorités. Ils ne peuvent pas être expulsés vers la Birmanie, car la junte birmane ne veut pas d’eux, la Malaisie refuse de les faire sortir de prison, donc ils sont détenus indéfiniment. Et ce qui rend le sort des Rohingyas ici particulièrement terrible, c’est qu’ils sont déjà une des minorités ethniques les plus persécutées au monde et ce qui est fait ici en Malaisie, avec ces discours haineux et ces actions, les traumatise à nouveau. » 

Dans ce contexte de tension, la communauté rohingya, contactée par RFI, n'a pas souhaité s'exprimer.

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