Le président chinois Xi Jinping en discrète visite au Tibet

Le président chinois Xi Jinping
Le président chinois Xi Jinping © AFP

Le président chinois Xi Jinping est en déplacement au Tibet depuis mercredi. Il doit rester sur place jusqu’à dimanche. C’est la première fois qu’un chef d’État chinois se rend au Tibet depuis 31 ans.

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C’est en toute discrétion que le président chinois s’est rendu sur le toit du monde. Pour preuve, l’agence Chine nouvelle a annoncé ce déplacement 48 heures après l’arrivée de Xi Jinping au Tibet.

Cette visite coïncide avec le 70e anniversaire de l'invasion du Tibet par les troupes communistes, un événement célébré à Pékin comme une « libération pacifique ». Le numéro un chinois a reçu « un accueil chaleureux de la part des cadres et des masses populaires de tous les groupes ethniques », a commenté la chaîne publique CCTV.

Selon un compte-rendu de la visite, Xi Jinping a appelé à renforcer au Tibet « l'unité nationale » et le « patriotisme ». « Il est primordial de renforcer les interactions et les échanges entre les différents groupes ethniques », a dit l'homme fort de Pékin, selon des propos rapportés par CCTV.

« Je crains pour le Tibet »

En tout cas, le séjour de l’homme fort de Pékin dans cette région hautement stratégique inquiète les Tibétains.« Plus un sujet est délicat et important, plus les autorités chinoises gardent le secret, souligne Tenam, un tibétain exilé en France et membre de l’ETL, l’association des étudiants pour un Tibet libre. Moi, je suis vraiment inquiet car, si on regarde quand un président chinois visite les régions des soi-disant minorités, il n’y a rien de bon qui se passe. Je me rappelle la visite de Xi Jinping en 2014 au Xinjiang. Après, il y a eu un durcissement des politiques chinoises. Donc je crains pour le Tibet. Ils vont essayer de vraiment mettre en place les soi-disant pensées de Xi Jinping par rapport à l’unité ethnique ».

Selon le mouvement pro-tibétain Campagne internationale pour le Tibet, des habitants de Lhassa « ont fait état d'une activité et de contrôles inhabituels de leurs mouvements » avant la visite, évoquant des routes barrées et une surveillance policière renforcée. « Il y a eu pas mal d’annonces officielles par rapport à l’interdiction de mouvements des Tibétains dans la capitale, Lhassa. Ils ont fermé beaucoup d’usines et on dit que tous les mouvements sont très contrôlés en ce moment »,rajoute Tenam.

Un message pour l’Inde

Ce séjour est aussi l’occasion pour le président chinois d’adresser un message à l’Inde, plus d'un an après un accrochage meurtrier autour de la frontière commune dans l’Himalaya. Il a par exemple appelé la population à « défendre le territoire national » puis a visité des zones assez « sensibles ».

« Ce n’est pas anodin que Xi Jinping ait visité un aéroport qui n’est pas très loin de l'Arunachal Pradesh en Inde. La Chine a toujours réclamé cette partie de l’Inde. Il a aussi pris le train de Nyingchi jusqu’à Lhassa. Tout cela, ce n’est pas anodin, surtout avec tout ce qui se passe avec l’Inde et la Chine depuis l’année dernière. Puis peut-être aussi qu'il y a un lien avec le fait qu’il y a eu une conversation téléphonique, pour la première fois, entre le Premier ministre indien, Narendra Modi, et le dalaï-lama pour son anniversaire », avance l’exilé tibétain.

Depuis les émeutes antichinoises en 2008, Pékin a investi massivement au Tibet dans l'espoir de lutter contre l'influence du dalaï-lama. La contestation est toujours épisodiquement présente, sous la forme d'immolations par le feu de moines bouddhistes fidèles au dalaï-lama.

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