«Révolution profonde» en Chine: le Parti resserre la vis idéologique avant le XXe congrès

Le président chinois Xi Jinping lors de la clôture de la session annuelle du parlement à Pékin, le 10 mars 2021.
Le président chinois Xi Jinping lors de la clôture de la session annuelle du parlement à Pékin, le 10 mars 2021. AP - Mark Schiefelbein

La pensée du président Xi Jinping enseignée dès le primaire pour la rentrée des classes en Chine, c’est l’une des manifestations de ce que les médias d’État chinois ont qualifié c’est derniers jours de « réforme profonde » et de retour aux « intentions initiales » du Parti communiste. Cette révolution culturelle a commencé par l’économie.

Publicité

De notre correspondant à Pékin,

C’est comme une longue liste de courses, à l’échelle de la deuxième économie du monde. Le gouvernement chinois régule à tout va depuis quelques mois. L'e-commerce, c’est fait ! On se souvient de la suspension de l’entrée en bourse de la filiale de paiement en ligne du groupe Alibaba, de l’ouverture d’une enquête anti-monopole et de la disparition de son ex-patron Jack Ma. Il y a eu ensuite les plateformes VTC, c’est fait ! Les livraisons de plats à emporter, c’est fait aussi !

Il s’agit d’abord de réformes structurelles. Comme aux États-Unis et en Europe, la Chine veut casser le monopole de ses GAFAM, les géants de la Tech, avec notamment la mise en place de nouvelles lois sur la protection des données personnelles en ligne par exemple.

Révolution numérique et « prospérité commune »

Mais ces nouveaux règlements dans le secteur internet s’accompagnent aussi de mesures plus sociétales. C’est le deuxième niveau de cette révolution numérique. On a parlé ces derniers jours de la rentrée scolaire chamboulée par la réforme dite de la « double réduction » : interdiction des cours privés - un secteur ultra lucratif jusqu’à aujourd’hui -, et fin des devoirs. C’est ce qui a le plus surpris les parents d’élèves : à la sortie des cours ce mercredi après-midi 1er septembre, une maman confiait à RFI qu’elle n’avait jamais vu le cartable de son fils aussi léger. Les horaires de présence dans les établissements ont été allongés au nom de l’égalité des chances.

Par ailleurs, les autorités ont limité à trois heures par semaine les jeux vidéo en ligne pour les mineurs, cela au nom de la lutte contre l’addiction aux écrans chez les plus jeunes. L’économie n'est donc pas seule concernée : la classe moyenne est visée, elle qui est confrontée à l’explosion des loyers dans les mégapoles chinoises, aux ralentissements de l’économie aussi dans une Chine qui vieillit. Les réformes sont difficilement contestables : sortir de la dépendance aux écrans, « alléger le fardeau des parents et des élèves », « aider les étudiants les plus pauvres », disent les médias d’État.

Dernière cela se cache une révolution politique : le président chinois parle de « prospérité commune », affichée comme un retour aux sources du parti. Là aussi, cela part d’une bonne intention. « Gongtong fuyu », la « prospérité commune » est un appel aux plus fortunés et aux grandes compagnies à contribuer davantage à la redistribution des richesses. La faucille sous la gorge ou en tous cas sous la pression, ces derniers jours des dizaines de milliardaires chinois, tout d’un coup, ont fait preuve de générosité et fait des dons à la collectivité.

C’est le troisième niveau de cette vague de réformes. On est plus dans le slogan « enrichissez-vous » de Deng Xiaoping, le père de l’ouverture de la Chine au capitalisme rouge il y a 40 ans. La « nouvelle ère » de Xi Jinping est marquée par un retour en arrière aux origines du parti. On l’a vu dans les références à Mao au début de l’été lors des commémorations des 100 ans du PCC où il s’agissait aussi d’ancrer le numéro un chinois dans cette histoire originelle.

« Révolution profonde » et congrès de 2022

En arrière-fond de ces directives à répétition, cette lame de fond idéologique qui tient là aussi, comme beaucoup de slogans en Chine, en quatre caractères repris par la presse officielle : 深刻变革, shenkè biange en mandarin, « révolution profonde » ou « changement profond » en français. Ces termes ont été employés par Li Guangman, ancien rédacteur en chef dans un média d’État qui affirme que le marché chinois « n’est plus un paradis permettant aux capitalistes de s’enrichir du jour au lendemain », et qu’il faut se méfier d’un soi-disant « culte de la culture occidentale » ou encore de « célébrités efféminées » qui amollissent le cerveau de la jeunesse.

Le contexte compte : ce resserrage de vis idéologique intervient à la veille du XXe congrès du PCC à l’automne prochain. Les signes ne trompent pas là aussi. Il y a deux jours, Xi Jinping a prononcé un discours lors de la rentrée des jeunes cadres à l’école centrale du Parti, mettant l’accent sur la « loyauté absolu à l’égard du Parti », le « rejet des illusions » et « oser affrontés les défis », insistant sur le fait qu’il ne fallait « pas bouger d’un pouce » sur les principes.

La pensée du président est désormais étudiée dès l’école primaire. C’était déjà le cas dans certaines universités. Une réunion du politburo ces jours-ci pourrait donner lieu à une résolution historique pour établir davantage la légitimité de Xi Jinping. Le chef de l’État est donc seul maître à bord avant le XXe congrès national du Parti communiste chinois, où il pourrait grâce à une modification de la constitution en 2018, voir son mandat prolongé.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Suivez toute l'actualité internationale en téléchargeant l'application RFI